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Le monde du côté de Gaza – Antonio Pita

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Publié le 2025-10-03 17:59:00. Israël se retrouve de plus en plus isolé sur la scène internationale, confronté à un sentiment croissant d’indignation mondiale suite aux événements à Gaza. Cette montée de la pression se manifeste dans divers domaines, de la politique aux arts, ébranlant même ses alliances traditionnelles.

La fin septembre 2025 a marqué un tournant, voyant une vague de réprobation internationale déferler sur Israël. Les experts, à l’instar de Michael Milshtein du Dayan Center, évoquent un « tsunami diplomatique », dont les premières secousses ont semblé prendre Jérusalem par surprise. Ces « vagues » prennent des formes diverses et gagnent en intensité, reflétant une exaspération mondiale grandissante face aux actions menées à Gaza.

Le discours du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant une Assemblée générale des Nations Unies peu remplie, où des centaines de diplomates ont quitté la salle avant la fin de son allocution, a constitué un moment symbolique fort. Cet épisode s’est déroulé peu après la publication d’un rapport d’une commission d’enquête de l’ONU accusant Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza. Bien qu’Israël bénéficie encore du soutien des États-Unis et de certains alliés européens, une défiance palpable s’est cristallisée ces derniers jours dans les sphères politique, économique, culturelle et sportive.

La Slovénie a été parmi les nations à exprimer publiquement son désaccord, qualifiant Benjamin Netanyahu de « personne non sérieuse ». Le pays, qui a reconnu l’État de Palestine en 2024 aux côtés de l’Espagne, de la Norvège et de l’Irlande, a même interdit l’entrée sur son territoire au Premier ministre israélien. Cette décision fait écho à la demande d’arrestation lancée en novembre 2024 par la Cour pénale internationale (CPI) contre Netanyahu, le ministre de la Défense de l’époque Yoav Gallant, et trois dirigeants du Hamas, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis à Gaza.

Depuis cette mise en cause par la CPI, Benjamin Netanyahu n’a voyagé qu’aux États-Unis et en Hongrie. Son récent déplacement à New York pour s’adresser à l’ONU a nécessité un détour significatif par la Méditerranée. L’avion officiel, « Wings of Sion », a évité de survoler l’espace aérien français et espagnol par crainte d’une éventuelle interpellation, entraînant un trajet prolongé et un coût supplémentaire. Cette mesure souligne l’isolement croissant de l’État hébreu.

Lors de ses précédents voyages aux États-Unis, l’avion de Netanyahu avait déjà contourné l’espace aérien espagnol, le gouvernement de Pedro Sánchez s’étant toujours montré disposé à appliquer les mandats d’arrêt de la CPI. Cette fois, le Premier ministre israélien a également décidé de ne pas survoler la France, manifestant une tension accrue avec le président français Emmanuel Macron, qui vient de reconnaître l’État palestinien.

« Netanyahu a montré qu’il ne voulait pas de dialogue avec d’autres pays »

Parallèlement, la France et l’Arabie saoudite ont organisé une conférence en faveur de la solution à deux États, une position soutenue par la communauté internationale depuis des décennies mais aujourd’hui confrontée à des obstacles majeurs. La construction continue de colonies israéliennes illégales, les appels à l’annexion de la Cisjordanie et la posture du gouvernement Netanyahu, niant l’existence même d’un État palestinien, compliquent considérablement le processus de paix.

La reconnaissance de l’État de Palestine par une douzaine de pays, dont le Royaume-Uni, le Canada et la Belgique, entre le 22 et le 23 septembre, témoigne d’une évolution significative de l’attitude internationale. Ces actes politiques visent à signaler un soutien aux Palestiniens et à affirmer un engagement envers la paix et un État indépendant.

Benjamin Netanyahu a réagi à ces développements en accusant ses détracteurs de « promouvoir le terrorisme » et le message selon lequel « tuer des Juifs apporte des récompenses ». Le commentateur politique palestinien Mohammad Ayesh, interrogé par le journal QuDS, estime que le monde, à l’exception notable de Donald Trump, peine à comprendre la stratégie israélienne, notamment face à la question palestinienne.

Le ton change également parmi les alliés traditionnels d’Israël. L’Italie a dépêché un navire militaire pour soutenir une flottille de militants se dirigeant vers Gaza, un geste symbolique inhabituel. La Première ministre italienne Giorgia Meloni, pourtant proche d’Israël, a exprimé son malaise devant l’ONU, qualifiant la réaction israélienne aux attaques du Hamas de « guerre à grande échelle » ayant conduit à un « massacre de civils » et à des violations du droit humanitaire. Le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez a quant à lui franchi un tabou européen en parlant de génocide.


Liza Rozovsky, correspondante diplomatique au journal israélien Haaretz, a souligné que le Premier ministre israélien semble focaliser ses efforts et ses espoirs sur la Maison Blanche, devenant ainsi particulièrement dépendant de l’administration américaine.

L’isolement d’Israël ne se limite pas à la sphère diplomatique. Le géant technologique Microsoft a annoncé avoir suspendu la fourniture de services de cloud et d’intelligence artificielle à une unité d’élite israélienne chargée de la surveillance des civils palestiniens. Dans le monde du spectacle, l’actrice américaine Jennifer Lawrence a qualifié les événements à Gaza de « génocide », un terme de plus en plus utilisé par des personnalités hollywoodiennes, tandis que 4 500 acteurs ont signé un manifeste dénonçant le « racisme » et « l’inhumanisation ».

L’Eurovision pourrait également voir Israël exclu. L’Union européenne de radiodiffusion (UER) a convoqué une réunion extraordinaire suite aux menaces de boycott de plusieurs pays, dont l’Espagne, les Pays-Bas, l’Irlande, la Slovénie et l’Islande. Plus de 50 eurodéputés ont par ailleurs demandé l’exclusion d’Israël, sur le modèle de celle de la Russie en 2022.

Le débat s’étend également au monde du sport. L’UEFA et la FIFA examinent la possibilité d’exclure les équipes nationales et les clubs israéliens des compétitions internationales, suite à une demande formelle de la Fédération turque. Selon l’agence Associated Press, une majorité des membres du comité exécutif de l’UEFA serait favorable à une telle exclusion.

Enfin, le sponsoring sportif est également affecté. Premier Tech, sponsor principal de l’équipe cycliste Premier Tech, a exigé un changement de nom en raison de l’association avec un pays dont l’image serait en chute libre, jugeant la situation « non durable » après que des manifestations contre la participation de l’équipe aient conduit à un changement de nom lors de la Vuelta a España.

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