Publié le 7 février 2024 11h38. L’enquête sur le suicide de trois sœurs à Ghaziabad, dans l’Uttar Pradesh, révèle un contexte familial complexe marqué par l’isolement, la détresse émotionnelle et la polygamie du père. De nouveaux éléments mettent en lumière les tensions au sein du foyer et l’attachement des jeunes filles à la culture coréenne.
- Le père des victimes, Chetan Kumar, était marié à trois sœurs, Sujata, Heena et Tina, qui sont toutes mères de ses enfants.
- Les adolescentes se sont suicidées après que leur père leur ait confisqué leurs téléphones portables, les empêchant d’accéder à des jeux en ligne et de communiquer avec des amis rencontrés en ligne.
- Un journal intime retrouvé révèle un profond attachement à la culture coréenne et des tensions familiales liées à cet intérêt.
L’affaire prend une tournure de plus en plus sombre à Ghaziabad, où la police enquête sur la mort de Nishika (16 ans), Prachi (14 ans) et Pakhi (12 ans), retrouvées sans vie après une chute du neuvième étage de leur immeuble. Les premières investigations révèlent un tableau familial troublant et des facteurs de détresse psychologique chez les jeunes filles.
Selon le DCP (Trans Hindon) Nimish Patil, le père des victimes, Chetan Kumar, avait déjà été confronté à un drame familial en 2015 avec le décès de sa compagne, survenu dans des circonstances suspectes après une chute du toit d’un appartement à Rajendra Nagar. L’affaire avait alors été classée comme un suicide.
Les policiers ont établi que Chetan Kumar avait épousé trois sœurs : Sujata, mère de Nishika, Heena, mère de Prachi et Pakhi, et Tina. Les filles semblaient entretenir un lien émotionnel plus fort avec leur père qu’avec leur mère, comme en témoigne la note de suicide qui était adressée uniquement à lui.
L’élément déclencheur du drame semble être la confiscation des téléphones portables des adolescentes par leur père, qui craignait un attachement excessif à la culture coréenne. Cette décision les privait de leurs jeux en ligne et de leurs contacts virtuels. Les téléphones ont ensuite été vendus, selon la police.
Le soir du drame, les sœurs auraient tenté d’accéder à une application coréenne sur le téléphone de leur mère, sans succès. Les enquêteurs ont saisi l’appareil, mais n’ont trouvé aucune trace de connexion à l’application. Les empreintes digitales, la note de suicide manuscrite et les messages numériques récupérés sur les lieux ont été envoyés au laboratoire médico-légal pour analyse.
Un journal intime de neuf pages, découvert dans la chambre des sœurs, témoigne d’un intérêt passionné pour la culture coréenne, notamment la musique K-pop, les séries télévisées et le contenu BL (boy love). Les filles exprimaient également leur colère envers leur père pour avoir restreint leurs activités en ligne.
« Comment as-tu osé nous en priver ? »
Extrait du journal intime des sœurs
Selon les sources policières, cet incident pourrait faire référence à un événement survenu il y a environ 15 jours, lorsque Chetan Kumar aurait pris le téléphone portable de l’aînée et l’aurait vendu. Le père, un négociant en bourse apparemment endetté, aurait également confisqué les téléphones de ses filles.
Chetan Kumar a reconnu l’intérêt de ses filles pour la culture coréenne :
« Elles écoutaient de la musique coréenne, regardaient des films, des séries et des dessins animés coréens. Elles voulaient même aller en Corée. »
Chetan Kumar, père des victimes
Il a ajouté que leur comportement avait changé lorsqu’il avait refusé de cautionner cet intérêt.
Les enquêteurs tentent de retracer les acheteurs des téléphones portables vendus grâce à leurs numéros IMEI afin de récupérer les données relatives aux applications coréennes. L’enquête se poursuit sous différents angles, notamment la vérification des affirmations du père concernant l’activité en ligne des filles et l’examen de la situation familiale.
Les sœurs passaient la plupart de leur temps ensemble et semblaient s’être isolées du monde extérieur. Elles se référaient les unes aux autres en utilisant des noms tirés d’émissions de télévision et se considéraient comme vivant dans un univers à part. Leur journal intime liste 19 activités désapprouvées par leurs parents, allant des drames et de la musique coréens aux divertissements chinois, japonais, thaïlandais, américains et britanniques.
Le journal révèle également des tensions concernant une jeune sœur de quatre ans, surnommée « Devu ». Les sœurs souhaitaient lui faire découvrir leurs centres d’intérêt, mais leurs parents s’y sont opposés, préférant l’orienter vers les films de Bollywood.
« Vous avez fait d’elle une fan de Bollywood, ce que nous détestions plus que tout. »
Extrait du journal intime des sœurs
Des références à des châtiments corporels ont également été retrouvées dans le journal, sans que l’on sache à qui les filles faisaient allusion.
« Avons-nous vécu dans ce monde pour être battues par toi ? La mort serait préférable aux coups. »
Extrait du journal intime des sœurs
Une mention du mariage a également suscité des tensions. Les trois sœurs ont été incinérées au Nigam Bodh Ghat de Delhi mercredi soir.