Publié le 2025-11-06 23:34:00. Lima a déclaré « persona non grata » la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, dénonçant une « ingérence inacceptable dans ses affaires intérieures ». Cette décision fait suite à l’octroi de l’asile politique par Mexico à l’ancienne cheffe de cabinet péruvienne, Betssy Chávez, recherchée pour sa participation à une tentative de coup d’État.
- Le Congrès péruvien a voté pour déclarer Claudia Sheinbaum « persona non grata ».
- Le Pérou a rompu ses relations diplomatiques avec le Mexique et expulsé le chef de la représentation diplomatique mexicaine.
- Mexico qualifie cette réaction péruvienne de « disproportionnée » et défend sa décision d’accorder l’asile.
Le Parlement péruvien a formellement exprimé son désaccord avec la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, la déclarant « persona non grata ». Ce geste est une réponse directe à l’octroi par Mexico de l’asile politique à Betssy Chávez, ancienne cheffe de cabinet du Pérou. Lima considère cet acte comme une « ingérence inacceptable dans ses affaires intérieures ».
La résolution, soutenue par les partis de droite, a recueilli 63 voix pour et 33 contre, avec deux abstentions. Le Congrès estime que la présidente mexicaine a adopté une attitude hostile envers le Pérou depuis son entrée en fonction. Cette escalade diplomatique survient peu après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays, annoncée lundi dernier, suite à l’asile accordé à Mme Chávez. Cette dernière est poursuivie pour son rôle présumé dans la tentative de coup d’État de décembre 2022 par l’ex-président Pedro Castillo. Elle se trouve actuellement dans la résidence de l’ambassade mexicaine à Lima.
Suite à la rupture diplomatique, le président par intérim du Pérou, José Jerí, a annoncé via son compte X que le responsable de l’ambassade du Mexique au Pérou, Karl Ornel, avait été informé par le ministre des Affaires étrangères de l’obligation de quitter le territoire dans un délai imparti.
Le gouvernement mexicain a vivement critiqué la décision de Lima, la qualifiant d’« excessive et disproportionnée ». Mexico a réaffirmé que l’octroi de l’asile à Mme Chávez était un « acte légitime » et conforme au droit international, n’impliquant aucune interférence dans les affaires intérieures péruviennes.
Bien que le Pérou et le Mexique aient déjà des relations tendues, sans ambassadeurs depuis début 2023 en raison du soutien du gouvernement mexicain à l’ex-président Castillo, les événements récents marquent une nette détérioration des liens bilatéraux. Cette situation survient quelques semaines seulement après la prise de fonction de José Jerí en tant que président par intérim, suite à la destitution de Dina Boluarte.
Le gouvernement péruvien a indiqué qu’une décision concernant un éventuel passage en toute sécurité pour l’ancienne Première ministre serait prise cette semaine. L’objectif est de limiter les répercussions potentielles sur les échanges commerciaux bilatéraux suite à la rupture des relations diplomatiques.
En mars dernier, le procès de Betssy Chávez et de l’ancien président Pedro Castillo a débuté, les accusant de rébellion. Le ministère public requiert 25 ans de prison à l’encontre de Mme Chávez, en sa qualité d’ancienne présidente du Conseil des ministres, pour sa participation présumée au complot ourdi par Castillo. Tandis que Chávez est poursuivie en liberté, Castillo est en détention préventive depuis décembre 2022.
Le 7 décembre 2022, Pedro Castillo avait annoncé la dissolution du Congrès et la convocation d’une Assemblée constituante, alors qu’il s’apprêtait à faire face à une procédure de destitution pour corruption présumée. Privé du soutien de l’armée, il a finalement été démis de ses fonctions par un vote du Congrès et arrêté par la police alors qu’il se dirigeait avec sa famille vers l’ambassade du Mexique à Lima. Depuis, sa femme et ses deux enfants bénéficient de l’asile dans ce pays.
Le ministre péruvien des Affaires étrangères, Hugo de Zela, a précisé mercredi soir qu’une équipe d’experts juridiques étudiait le dossier afin de parvenir à une « décision d’État » concernant un éventuel sauf-conduit pour Betssy Chávez. « Il s’agit d’une analyse que nous avons demandé d’accélérer, tout en veillant à ce qu’elle soit menée rigoureusement. Nous espérons que cette étude sera achevée d’ici la fin de la semaine », a déclaré M. De Zela depuis le ministère des Affaires étrangères à Lima.
Le ministre des Affaires étrangères espère se rendre en Colombie le samedi 8 novembre pour participer à un sommet de la CELAC (Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes) et de l’Union européenne.
Hugo de Zela a indiqué que les juristes du ministère des Affaires étrangères examinaient les dispositions de la « Convention de Caracas de 1954 », invoquée par le Mexique pour accorder l’asile diplomatique à Mme Chávez. « Nous souhaitons maintenir de bonnes relations avec tous les pays de la région, et le Pérou a toujours cette volonté, à condition qu’il soit clairement établi qu’il ne peut y avoir d’ingérence dans les affaires intérieures », a souligné le ministre. Il a ajouté que « le Mexique a construit une sorte de réalité parallèle où existerait une persécution politique qui n’est pas fondée ».
Le chef de la diplomatie péruvienne a assuré que le gouvernement mettrait tout en œuvre pour « minimiser les effets négatifs » de la rupture des relations entre deux pays membres de l’Alliance du Pacifique, un bloc économique qui comprend également le Chili et la Colombie. « Nous déployons tous les efforts possibles pour contenir cette situation dans la sphère politique et faire en sorte qu’elle n’affecte ni la sphère commerciale, ni le tourisme, et surtout qu’elle n’impacte pas les services consulaires des deux pays », a déclaré le ministre.
Les échanges commerciaux bilatéraux entre le Pérou et le Mexique ont atteint environ 2,507 milliards de dollars l’année dernière. Le Mexique a exporté pour 1,620 milliard de dollars, tandis que ses importations en provenance du Pérou se sont élevées à 888 millions de dollars, selon les données officielles du gouvernement péruvien.