Publié le 05/11/2025 03:00:00. L’économie péruvienne, malgré une croissance de surface, révèle des failles structurelles profondes qui menacent son avenir. Entre une productivité en berne et des « bombe à retardement » budgétaires, le pays navigue en eaux troubles, loin des performances de ses voisins asiatiques.
- Le Pérou affiche une croissance de 3 %, inférieure à son potentiel historique, alors que les fondamentaux économiques se dégradent.
- La « photo » actuelle masque une réalité préoccupante, où les piliers de la croissance s’effritent, notamment la productivité.
- Des initiatives populistes, comme l’augmentation des pensions des enseignants, représentent une menace sérieuse pour les finances publiques.
Alors que le Pérou se présente sous un jour favorable en Amérique latine avec une croissance de 3 %, un déficit budgétaire contenu et une dette publique maîtrisée, une analyse plus approfondie révèle une image moins reluisante. Cette performance, qualifiée de « gonflée » par les termes de l’échange exceptionnellement favorables des dernières décennies, ne reflète pas une vigueur économique intrinsèque. La Banque Centrale de Réserve du Pérou (BCRP) alerte sur une contribution négative de la productivité à la croissance économique, un indicateur clé de la détérioration des fondamentaux.
Cette situation est d’autant plus alarmante que, comparé à des économies émergentes asiatiques comme l’Indonésie, la Malaisie ou le Vietnam, le Pérou se retrouve dans une autre catégorie. L’ancien ministre de l’Économie et des Finances, David Tuesta, président du Conseil de compétitivité privée, exprime une préoccupation marquée par ce décalage, s’interrogeant sur la stratégie à long terme du pays pour échapper au piège des revenus intermédiaires.
Le gouvernement actuel est confronté à un défi budgétaire de taille : endiguer la « boule de neige » des dépenses publiques. Le Conseil Budgétaire met en garde contre un possible passage de la dette publique de 30 % à 70 % du PIB en une décennie si les lois populistes continuent d’être votées. Cette pression budgétaire est exacerbée par les initiatives émanant du Congrès de la République, qui bénéficie d’une marge de manœuvre accrue suite à une décision récente de la Cour Constitutionnelle.
La question de l’augmentation des pensions des enseignants à 3 300 soles (environ 800 euros), qualifiée de « bombe à retardement » par David Tuesta, illustre parfaitement ce dilemme. Cette mesure, couplée à une indexation potentielle sur les futures augmentations de salaires des enseignants, risque d’entraîner des effets domino sur d’autres régimes spéciaux et sur les retraités en général. L’ancien ministre appelle à une réaction forte du gouvernement, jugeant cette initiative « aberrante ». Il souligne l’importance des signaux envoyés par le gouvernement dans ce contexte de « bataille de signaux ».
Sur le plan de l’investissement, la ministre de l’Économie et des Finances, Denisse Miralles, semble privilégier les Partenariats Public Privé (PPP) pour les grands projets, estimant que c’est la méthode la plus efficace pour assurer la fourniture de services aux citoyens, contrairement à une vision purement axée sur les coûts de construction.
La politique et ses turbulences répétées – changements présidentiels, dégradation institutionnelle – n’ont pas réussi à ébranler les trois piliers fondamentaux de l’économie péruvienne jusqu’à présent : la politique monétaire, les accords de libre-échange, et le volet fiscal, bien que ce dernier montre des signes de fragilité. La municipalité de Lima (MML) fait également l’objet d’inquiétudes, notamment concernant sa dette, jugée risquée et s’étalant sur une période trop courte de quatre ans.
L’insécurité croissante au Pérou est une autre préoccupation majeure. L’illégalité est devenue une source d' »emploi », créant des chaînes économiques qui prospèrent sur des activités clandestines. David Tuesta estime qu’une stratégie globale et convaincante pour lutter contre la criminalité fait défaut, et que les solutions ne peuvent se limiter à des actions policières.
Enfin, à l’approche des élections de 2026, cinq points cruciaux devraient figurer au débat présidentiel : le respect de l’État de droit, le plan de productivité, les programmes sectoriels, la politique fiscale, et la composition des listes électorales.
Concernant Petroperú, David Tuesta, qui siégeait précédemment au conseil d’administration, rappelle qu’un plan était déjà élaboré pour la vente ou la concession d’actifs non stratégiques, y compris la vente du bâtiment de la compagnie à San Isidro. Il regrette que ces mesures n’aient pas été mises en œuvre avant la fin de l’année 2025.