Publié le 6 octobre 2025 à 11h47. La France traverse une crise politique profonde, marquée par la démission du Premier ministre Sébastien Lecornu à peine un mois après sa nomination. Cette instabilité gouvernementale, qui voit se succéder les chefs de gouvernement, survient dans un contexte économique tendu et une division politique accentuée.
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu a annoncé sa démission ce lundi, moins d’un mois après sa prise de fonction. Le gouvernement qu’il tentait de former, et dont la composition a été révélée dimanche soir, a immédiatement suscité des critiques, portant un coup sévère à la stabilité politique du pays. Ce nouvel épisode d’instabilité intervient alors que la France peine à trouver une majorité parlementaire stable.
À seulement 39 ans, Sébastien Lecornu est le cinquième Premier ministre nommé en moins de deux ans, illustrant la difficulté actuelle à former et maintenir un gouvernement fonctionnel. Sa tentative de rupture avec le cabinet précédent s’est heurtée à la réalité politique : douze des dix-huit ministres nommés étaient déjà issus de l’équipe sortante. Cette absence de renouvellement a immédiatement engendré des critiques au Parlement, faisant craindre une motion de censure.
Nommé début septembre pour tenter de sortir la France de l’ornière politique, Lecornu succédait à François Bayrou. Ce dernier avait été contraint à la démission après neuf mois à Matignon, faute de soutien suffisant pour ses propositions de coupes budgétaires massives. L’objectif de Bayrou était de réduire la dette publique française, qui dépasse les 3 300 milliards d’euros, par le biais d’augmentations d’impôts, dans un contexte où les dépenses publiques continuent de croître.
Le nouveau Premier ministre avait pourtant déclaré, lors de son discours de nomination, être ouvert au compromis. « Il était nécessaire de faire fonctionner les choses, en faisant preuve d’altruisme et d’humilité. Il faut toujours faire passer son pays avant son parti », avait-il affirmé. Des paroles qui résonnent aujourd’hui avec une ironie amère.
Dès la présentation de son équipe, les critiques ont fusé. Jordan Bardella, président du Rassemblement National, a notamment accusé Lecornu d’être trop malléable, affirmant que c’était Emmanuel Macron qui dirigeait réellement le nouveau gouvernement. « Cela est une grande surprise », commente Frank Renout, notre correspondant en France. « Nous savions que Lecornu avait du mal et qu’il serait difficile pour lui de gouverner, mais de démissionner si rapidement, un mois après sa nomination, est très rapide. »
« Hier soir, il a annoncé l’équipe de son ministre et est devenu clair avec qui il voulait gouverner, avec les partis. Seulement quelques heures plus tard, il a offert tout son licenciement. »
Frank Renout, Correspondant en France
Selon le correspondant, la raison principale de cette démission réside dans une lutte intestine au sein du parti de centre-droit. Le parti Les Républicains, en particulier, aurait exprimé son mécontentement quant à la composition du gouvernement, et LeCornu n’aurait pas consulté ses alliés en amont. Cette absence de consensus a provoqué la colère.
« Les perspectives de Lecornu ont également été très mauvaises, car lui et sa coalition de centre-droit n’ont aucune majorité au Parlement. C’était aussi la raison pour laquelle les deux gouvernements précédents se sont arrêtés. Ce sort semblait être en perspective pour lui », ajoute Frank Renout.
La situation politique actuelle n’est pas nouvelle pour la France. « Personne ne sait comment procéder. Le scénario est le même depuis un an », analyse le correspondant. « Des élections ont eu lieu l’été dernier et un Premier ministre a été nommé : Michel Barnier. Il a été renvoyé par l’opposition parce qu’il n’avait aucune majorité. Puis François Bayrou a suivi, mais il a également été renvoyé parce qu’il n’avait toujours pas de majorité. Et la même chose s’est produite avec Lecornu. La grande question est la suivante : comment cela peut-il être résolu ? »
Les partis d’opposition explorent diverses pistes. La gauche plaide pour la démission du président Macron et de nouvelles élections présidentielles. Le Rassemblement National, quant à lui, réclame de nouvelles élections législatives pour « renvoyer ce parlement divisé chez lui » afin de permettre l’émergence d’une majorité stable.
La France fait également face à une crise économique, avec un déficit budgétaire de 5 % du produit intérieur brut (PIB), le plus élevé de l’Union européenne. Ces déficits et les réductions de dépenses annoncées ont déjà provoqué d’importantes troubles sociaux ces derniers mois.
Sébastien Lecornu n’était pas exempt de controverse avant même sa nomination. Des informations erronées figuraient sur son curriculum vitae, notamment une maîtrise en droit de l’Université de Paris qu’il n’avait jamais obtenue. L’opposition, tant à gauche qu’à droite, avait donc exprimé d’emblée un manque de confiance à son égard.
Depuis son arrivée à l’Élysée en 2017, le président Macron a connu sept Premiers ministres. Son gouvernement actuel ne dispose plus de majorité au Parlement. La Bourse de Paris a d’ailleurs réagi négativement à la démission de Lecornu.