L’armée, dernier rempart de la démocratie américaine face à Trump, selon un expert
WASHINGTON D.C. – Donald Trump aurait déjà placé les agences de renseignement et le système judiciaire américain sous son contrôle, et testerait désormais la résilience de l’armée. C’est l’analyse alarmante de Tom Nichols, spécialiste des questions de sécurité nationale, qui craint une instrumentalisation des forces armées à des fins politiques.
Dans une récente tribune, Tom Nichols, également professeur émérite des affaires de sécurité nationale au US Naval War College, pointe du doigt ce qu’il considère comme une stratégie autoritaire visant à maîtriser trois piliers du pouvoir : les services de renseignement, la justice et l’armée. Selon lui, le président américain aurait déjà réussi à neutraliser les deux premiers, laissant l’institution militaire comme ultime contre-pouvoir potentiel.
Une présence militaire jugée inquiétante
L’expert s’appuie notamment sur le déploiement de troupes fédérales dans des villes et des États dont les autorités locales n’avaient pas sollicité leur intervention. Pour Nichols, cette démonstration de force vise à habituer la population américaine à voir l’armée déployée dans les rues, transformant potentiellement cette présence en un outil de pouvoir personnel.
« Je pense que tout ce que vous avez à faire est de regarder la manière dont il envoie des troupes dans des villes qui ne veulent pas de lui, des troupes dans des villes et des États où les gouverneurs et les maires ont dit non, merci. Nous n’avons pas besoin de votre aide », explique-t-il.
Les juristes écartés, un signal d’alarme ?
Le spécialiste relève également le limogeage de hauts responsables de l’armée, y compris des juristes. Il interprète cette démarche comme un signe avant-coureur de décisions potentiellement illégales. « Si vous licenciez tous vos meilleurs avocats, cela devrait faire soupçonner que vous êtes sur le point de rendre des ordonnances qui ne sont pas légales », commente Nichols.
Il cite en exemple les propos du général John Hyten, alors à la tête du commandement stratégique américain, interrogé en 2017 sur la gestion d’un ordre illégal. Hyten avait alors affirmé qu’il aurait simplement signalé l’illégalité de l’ordre au président. Pour Nichols, la réaction de Donald Trump pourrait être différente, surtout après la décision de la Cour suprême lui accordant une forme d’immunité présidentielle.
« Je n’imagine pas qu’il dirait : eh bien, oh, merci, général, de m’avoir dit ce qui n’est pas légal. S’il vous plaît, dites-moi ce que je peux faire de légal. Je pense qu’il va dire, je t’ai donné un ordre, fais-le, et je te soutiens. Je vais te couvrir », anticipe Tom Nichols.
La notion de « terroristes » élargie
L’expert s’inquiète également de la récente déclaration du président suggérant la possibilité de mener des frappes militaires contre les cartels de la drogue, qu’il qualifie de « narcoterroristes ». Pour Nichols, cette rhétorique pourrait ouvrir la porte à une utilisation de l’armée contre des citoyens américains, en assimilant toute personne ciblée à un « terroriste » justifiant une élimination discrétionnaire.
Le défi de l’indépendance militaire
Alors que les agences de renseignement et le système judiciaire sont jugés plus susceptibles d’être influencés par des nominations politiques, l’armée présente une structure plus complexe. Remplacer des généraux et amiraux chevronnés par des officiers moins expérimentés risquerait de compromettre gravement la sécurité nationale.
« C’est plus difficile à faire si vous essayez de remplacer des généraux et des amiraux trois et quatre étoiles, car les organisations militaires commandées par des officiers deux, trois ou quatre étoiles comptent sur ces officiers pour avoir 25 ou 30 ans d’expérience », précise Nichols. Il souligne que l’absence d’expérience militaire avérée chez de potentiels dirigeants pourrait mener à des « désastres » pour la défense du pays.