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Le prix d’un manuel scolaire

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Publié le 2024-02-16 10:52:00. Le suicide d’un écolier dans l’est de l’Indonésie met en lumière les failles des indicateurs de pauvreté traditionnels, qui ne rendent pas compte des privations multidimensionnelles subies par les enfants, même dans les foyers considérés comme non pauvres.

  • Un garçon de 10 ans s’est donné la mort après que sa famille n’ait pu payer les frais scolaires et les fournitures nécessaires.
  • Les données montrent que les privations affectent les enfants de manière disproportionnée, touchant leur accès à l’éducation, aux soins de santé et aux services essentiels.
  • L’Indonésie dispose des données nécessaires pour une approche plus globale de la pauvreté, mais leur utilisation reste limitée à des fins administratives.

La tragédie survenue dans la province de Nusa Tenggara Timur (NTT) révèle les limites d’une évaluation de la pauvreté basée uniquement sur le revenu des ménages. L’enfant, élève d’une école primaire, a mis fin à ses jours après que sa famille s’est retrouvée incapable de financer les 1,2 million de roupies (environ 75 €) exigées annuellement pour les frais de scolarité et l’achat de manuels et de stylos. Cet incident souligne la vulnérabilité croissante de nombreuses familles indonésiennes, qui se dégradent progressivement avant même d’être officiellement classées comme pauvres.

Selon des données multidimensionnelles récentes issues de l’Enquête socio-économique nationale (Susenas 2025), 12,0 % des individus vivent dans des foyers où au moins un enfant de 0 à 18 ans n’est pas scolarisé. 7,7 % n’ont pas réellement accès à une assurance maladie, malgré la mise en place d’une couverture santé universelle via le programme Jaminan Kesehatan Nasional (JKN) ou BPJS BPJS. De plus, 13,6 % manquent d’accès à l’eau potable, 19,7 % sont privés d’installations sanitaires adéquates, 12,7 % n’ont pas accès à l’électricité sur le réseau, 7,5 % sont confrontés au travail des enfants et 9,9 % n’ont pas accès à l’école maternelle.

Ces chiffres, corroborés par l’Indice mondial de pauvreté multidimensionnelle (IPM) et l’Analyse des privations superposées multiples (MODA) pour l’Indonésie, démontrent que les difficultés, en particulier pour les enfants, sont rarement isolées. Elles se cumulent, créant un cercle vicieux où un enfant privé d’éducation est souvent également confronté à d’autres privations dans des domaines essentiels de sa vie. La pauvreté monétaire, seule, ne suffit pas à saisir cette complexité.

L’UNICEF a souligné que les enfants sont confrontés à des privations plus sévères et plus variées que les adultes, même lorsque leurs familles dépassent le seuil de pauvreté. Ils peuvent ainsi être privés d’une identité légale, d’une éducation, d’un assainissement adéquat, d’électricité ou d’autres services de base. L’analyse de l’UNICEF met en évidence la nécessité d’une approche plus holistique pour évaluer et combattre la pauvreté infantile.

L’Indonésie dispose déjà des données nécessaires pour mettre en œuvre des outils de lutte contre la pauvreté multidimensionnelle, grâce à l’Agence centrale des statistiques qui collecte des informations détaillées sur l’éducation, la santé, le logement, l’assainissement, l’eau et les actifs via l’Enquête socio-économique nationale (Susenas). De plus, des données sur le potentiel des villages sont disponibles via Podes.

Cependant, l’utilisation de ces données reste principalement administrative, se limitant à la classification des ménages et à la détermination de leur éligibilité aux programmes sociaux. Il est crucial de passer d’une approche purement catégorielle à une action proactive et préventive, capable d’identifier et de traiter la vulnérabilité avant qu’elle ne s’aggrave. Comme le souligne Genika L. Natih, chef du groupe de recherche sur la pauvreté et le bien-être à l’Université d’Indonésie, « la privation peut survenir bien avant qu’une famille ne soit officiellement classée comme pauvre ».

Les mécanismes de planification participative à l’échelle locale, tels que les Musrenbang (délibérations villageoises), pourraient jouer un rôle essentiel dans l’identification des besoins spécifiques de chaque communauté et dans la mise en œuvre de solutions adaptées. L’Indice de pauvreté multidimensionnelle pourrait servir de pont entre les données nationales et les réalités locales, permettant d’orienter le développement vers des résultats concrets en matière de bien-être.

Ce changement de perspective aurait des implications directes sur les programmes de protection sociale de l’Indonésie, tels que les transferts monétaires pour les familles pauvres et les aides à l’éducation. Une approche multidimensionnelle permettrait d’affiner le ciblage de ces programmes et de réduire les erreurs d’inclusion et d’exclusion.

Au-delà des chiffres, la tragédie de Nusa Tenggara Timur rappelle que la pauvreté est une question de dignité, d’opportunités et de droits civils. Comme l’a souligné le vice-président indonésien Mohammad Hatta, l’économie doit placer les individus au centre du développement. Un manuel scolaire n’est pas un luxe, mais un droit fondamental qui ouvre la voie à la citoyenneté et à un avenir meilleur.

Genika L. Natih est chef du groupe de recherche sur la pauvreté et le bien-être à l’Institut de recherche sur l’économie et la société – Faculté d’économie et de commerce, Université d’Indonésie (LPEM FEB UI). Elle est également associée de recherche spécialisée dans la mesure de la pauvreté à l’Université d’Oxford.

Rina Karlin, analyste politique au ministère indonésien des Finances, est co-auteur de cet article. Elle se spécialise dans le bien-être et le capital humain et s’intéresse à la recherche sur la démographie économique pour optimiser et améliorer le bien-être public.

Publié initialement sous Creative Commons par 360infos™.

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