Publié le 10 octobre 2025. Un juge américain a rejeté la plainte en diffamation déposée par le rappeur Drake contre Universal Music Group, concernant les paroles de la chanson « Not Like Us » de Kendrick Lamar. La justice a statué que les accusations tenues pour diffamatoires relevaient de l’opinion et du débat artistique, et non d’allégations factuelles vérifiables.
Un juge californien a statué que les paroles accusant le rappeur Drake d’être un « pédophile certifié » dans le titre « Not Like Us » de Kendrick Lamar ne constituaient pas une diffamation, car elles relèvent de l’opinion et du contexte d’une « guerre des mots » dans le milieu du rap. Drake avait poursuivi Universal Music Group (UMG), le label des deux artistes, estimant que la publication et la promotion de cette chanson propageaient un « récit faux et malveillant ». Le rappeur canadien a annoncé son intention de faire appel de cette décision.
Une bataille de mots deemed non diffamatoire
La chanson « Not Like Us », sortie en mai 2024, est largement considérée comme un moment clé dans la rivalité musicale entre Drake et Kendrick Lamar. Ce titre a connu un succès retentissant, devenant l’un des plus grands succès de Lamar et un moment marquant de sa performance à la mi-temps du Super Bowl en février 2025.
Dans une ordonnance de 38 pages, la juge Jeannette Vargas a qualifié la querelle entre les deux artistes de « bataille de rap la plus infâme de l’histoire du genre ». Elle a souligné que ce conflit, impliquant sept titres au total, a été largement couvert par les médias et a suscité d’intenses débats en ligne.
« Même si l’accusation selon laquelle le plaignant est pédophile est certainement sérieuse, le contexte plus large d’une bataille de rap houleuse, avec des propos incendiaires et des accusations offensantes lancées par les deux participants, n’inciterait pas l’auditeur raisonnable à croire que ‘Not Like Us’ communique des faits vérifiables sur le plaignant. »
Juge Jeannette Vargas
La juge a également noté que Drake avait lui-même invité Kendrick Lamar à répondre à de telles accusations dans un titre précédent, « Taylor Made Freestyle ». Sur ce dernier, Drake avait utilisé une voix générée par intelligence artificielle de Tupac Shakur pour conseiller Lamar sur sa stratégie dans leur « diss track battle », suggérant notamment : « Parlez de lui qui aime les jeunes filles, c’est un cadeau de ma part. » La cour a ainsi interprété que les paroles de Lamar, telles que « Dis, Drake, j’entends que tu les aimes jeunes », étaient une référence directe aux propos antérieurs de Drake.
Une victoire pour la liberté d’expression artistique
Dans sa plainte, Drake, dont le nom légal est Aubrey Graham, n’avait pas nommé Kendrick Lamar, ciblant plutôt UMG pour avoir, selon lui, orchestré « une campagne visant à créer un succès viral » à partir d’une chanson contenant « de fausses allégations factuelles selon lesquelles Drake est un pédophile criminel, et de suggérer que le public devrait recourir à une justice d’autodéfense en réponse ».
La juge Vargas a rejeté ces arguments, affirmant que les auditeurs ne s’attendraient pas à des « rapports factuels précis » dans un morceau de rap « rempli de grossièretés, de propos trash, de menaces de violence et de langage figuratif et hyperbolique ». Elle a rappelé que Drake lui-même avait utilisé un langage similaire, faisant allusion à des paroles dans lesquelles le rappeur suggérait fortement que Lamar était un agresseur domestique, ou remettant en question la paternité de l’un des fils de Lamar.
« Même des déclarations de fait apparentes peuvent prendre le caractère de déclarations d’opinion… lorsqu’elles sont faites dans le cadre d’un débat public, d’un conflit de travail houleux ou d’autres circonstances dans lesquelles un public peut anticiper l’utilisation d’épithètes, d’une rhétorique enflammée ou d’une hyperbole. »
Juge Jeannette Vargas
Suite à cette décision, un porte-parole d’UMG s’est déclaré satisfait, qualifiant le procès d' »affront à tous les artistes et à leur expression créative ». Il a ajouté que le label se réjouissait de « poursuivre son travail avec succès pour promouvoir la musique de Drake et investir dans sa carrière ».
Un représentant de Drake a confirmé l’intention de faire appel, déclarant : « Nous attendons avec impatience que la Cour d’appel l’examine. » Kendrick Lamar n’a pas encore commenté cette décision.