Publié le 26 février 2026 12h00. Un nouvel accord commercial entre l’Indonésie et les États-Unis, incluant 15 milliards de dollars pour l’importation de combustibles fossiles, suscite des inquiétudes quant aux objectifs climatiques de Jakarta et aux droits humains dans le secteur minier.
- L’Indonésie et les États-Unis ont conclu un accord commercial axé sur les importations de combustibles fossiles et les investissements américains dans le secteur minier indonésien.
- Des experts environnementaux craignent que cet accord ne compromette les engagements internationaux de l’Indonésie en matière de climat et de droits de l’homme.
- L’accord intervient alors que l’Indonésie augmente sa production de charbon et son importation de Gaz Naturel Liquéfié (GNL).
Un accord commercial d’une valeur de 15 milliards de dollars a été conclu le 20 février entre l’Indonésie et les États-Unis, avec une part importante dédiée aux importations de combustibles fossiles – pétrole, gaz de pétrole liquéfié (GNL) et charbon métallurgique. Cette entente s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus large menée par l’administration américaine, le « Programme de dominance énergétique », visant à accroître la production nationale de combustibles fossiles et à stimuler les exportations. L’accord prévoit également de favoriser les investissements américains dans le secteur minier indonésien, suivant ainsi une tendance observée récemment avec des accords similaires conclus avec la République démocratique du Congo et d’autres pays.
Cette initiative a immédiatement soulevé des critiques de la part des organisations environnementales. Atina Rizqiana, de CELIOS, un groupe de recherche basé à Jakarta, a déclaré :
« Cet accord représente un revers important dans le programme de transition énergétique. »
Atina Rizqiana, CELIOS
Les dispositions relatives aux importations de combustibles fossiles mettent en question l’engagement de l’Indonésie à réduire progressivement sa dépendance à ces énergies. Malgré des promesses antérieures de supprimer progressivement le charbon dans le cadre du Partenariat pour une transition énergétique juste, un mécanisme de financement international doté de 20 milliards de dollars, le gouvernement du président Prabowo Subianto a récemment approuvé une augmentation significative de la production de charbon.
L’accord intervient à un moment où les pays d’Asie du Sud-Est, dont l’Indonésie, renforcent considérablement leurs capacités d’importation de Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Selon un rapport récent, l’arrivée de nouveaux investisseurs dans des projets de GNL pourrait ancrer l’Indonésie dans une dépendance aux combustibles fossiles pour les décennies à venir. Parallèlement, les efforts du gouvernement indonésien pour promouvoir les énergies renouvelables dans la production d’électricité et le traitement des minéraux restent limités, et il n’a pas suffisamment agi pour prévenir les violations des droits de l’homme dans les communautés proches des mines de charbon et des fonderies de nickel.
L’accord expose également les entreprises indonésiennes et américaines à des risques en matière de devoir de diligence en matière de droits de l’homme. Les investisseurs américains sont appelés à la prudence lorsqu’ils envisagent des investissements dans le secteur indonésien du nickel, qui a été marqué par de graves violations des droits. De même, les exportations américaines de charbon métallurgique vers l’Indonésie pourraient entraîner des conséquences humaines et environnementales supplémentaires, d’autant plus que l’administration de Donald Trump a déréglementé l’industrie des combustibles fossiles, annulant des protections clés en matière de climat et de santé publique.
Les pays qui concluent des accords énergétiques avec les États-Unis doivent prendre conscience des implications plus larges de ces partenariats. Ils risquent de perdre leur crédibilité en matière de climat et de droits de l’homme, et de compromettre l’accès aux financements nécessaires pour une transition énergétique juste et durable.