Home Économie Le rallye du dollar américain n’est pas un incident, mais il aura du mal à s’accélérer

Le rallye du dollar américain n’est pas un incident, mais il aura du mal à s’accélérer

0 comments 214 views

Le dollar américain reprend des couleurs, l’Europe sous tension politique

Les marchés financiers semblent reconsidérer leurs paris contre le dollar américain, tandis que l’incertitude politique en France maintient l’euro sous pression. Une éventuelle baisse des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait néanmoins rendre la remontée du billet vert plus difficile à soutenir.

Le dollar, valeur refuge retrouvée ?

Après une semaine marquée par des turbulences au Japon et en France, le dollar américain affiche une tendance haussière qui semble transcender les simples spéculations contre la devise. Le regain de la confiance dans le dollar comme valeur refuge est un facteur clé. Cette dynamique est d’autant plus marquée que d’autres destinations traditionnelles pour les capitaux en quête de sécurité rencontrent leurs propres défis. Bien que le yen japonais ait enregistré une performance remarquable face à la plupart des grandes devises, à l’exception du dollar, cette force relative ne signifie pas encore une réorientation massive des stratégies de portage (carry trades) financées par le dollar vers des opérations similaires financées par le yen.

La situation de « shutdown » gouvernemental aux États-Unis, bien que potentiellement négative, pourrait paradoxalement servir le dollar en limitant la diffusion de mauvaises nouvelles économiques américaines. Néanmoins, la récente appréciation du dollar pourrait être jugée excessive, rendant toute progression supplémentaire plus ardue. Les mouvements observés récemment sont davantage interprétés comme des réactions classiques à l’aversion au risque.

Concernant la crise budgétaire aux États-Unis, aucune issue n’est encore en vue. Cependant, le Bureau of Labor Statistics préparerait la publication du rapport sur l’indice des prix à la consommation (IPC) pour le mois de septembre, attendu mercredi prochain. Les économistes anticipent une hausse de 0,3 % sur un mois, ce qui pourrait conforter la perspective d’une baisse des taux d’intérêt de la Fed le 29 octobre.

À court terme, le dollar pourrait consolider ses gains, mais un risque de correction demeure. Une poursuite de la hausse présenterait le risque d’éloigner le billet vert de sa juste valorisation intrinsèque, compte tenu des différentiels de taux d’intérêt à court terme.

Focus sur le Canada et le Japon

Outre-Atlantique, les chiffres de l’emploi canadien publiés aujourd’hui retiendront l’attention. Le taux de chômage devrait continuer sa progression pour atteindre 7,2 %, renforçant les attentes d’une nouvelle réduction des taux d’intérêt d’ici la fin de l’année. Si une baisse de 25 points de base est déjà intégrée pour la réunion de décembre, la probabilité d’une coupure en octobre est actuellement jugée à 50/50. Une publication décevante des données sur l’emploi pourrait alimenter les spéculations sur une action de la Banque du Canada en octobre et exercer une pression sur le dollar canadien (CAD). Le huard s’est bien tenu cette semaine, reflétant sa corrélation avec le dollar américain, mais sa position reste précaire tant que les récents efforts de désescalade entre le Canada et les États-Unis ne se traduisent pas par des avancées concrètes.

L’Europe dans l’attente d’un nouveau Premier ministre

L’euro ne parvient à bénéficier que d’un répit éphémère face à la volatilité politique française. Malgré un retour des écarts entre les taux d’intérêt des obligations souveraines françaises et allemandes à dix ans à des niveaux bas inédits depuis des décennies, les marchés des changes restent mesurés quant aux perspectives d’optimisme.

L’annonce du nom du nouveau Premier ministre français est attendue aujourd’hui. Cependant, le sentiment dominant est celui d’un soutien politique toujours fragile. L’engagement du Premier ministre sortant à respecter les contraintes budgétaires offre une marge de manœuvre limitée pour évaluer le risque français.

Les implications à moyen terme pour l’euro semblent pour l’instant contenues. L’annonce du nouveau chef de gouvernement pourrait apporter un léger soutien à la devise. Si les données de l’emploi américain s’avèrent plus faibles que prévu, et si les chiffres de l’IPC de la semaine prochaine confortent la perspective d’une baisse des taux de la Fed, alors les tensions politiques françaises pourraient potentiellement se propager à d’autres marchés obligataires européens, exercant une pression à la baisse sur leurs rendements. Les conditions actuelles ne semblent pas propices à un tel scénario. Malgré la complexité de la situation budgétaire française, la prudence des marchés incite généralement les acteurs politiques à des négociations plus mesurées sur les questions budgétaires, comme l’ont montré les exemples du Royaume-Uni et de l’Italie.

En cas de nouvelle faiblesse de la paire EUR/USD, des achats significatifs sont attendus autour de 1,1500, un niveau qui représenterait une correction importante pour les modèles à court terme, à moins que cet affaiblissement ne soit accompagné d’un élargissement des écarts de rendement en faveur du dollar. Un retour vers 1,1700, bien que potentiellement mouvementé, reste l’objectif privilégié.

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.