Publié le 2025-10-29 16:31:00. Le cinéaste Radu Jude divise avec son dernier film, qui explore la figure de Dracula à travers des images générées par intelligence artificielle, suscitant des débats enflammés sur la place de cette technologie dans le septième art.
- Le film, d’une durée de près de trois heures, utilise massivement des images créées par IA, représentant notamment des versions de Dracula et de Vlad l’Empaleur.
- Cette démarche artistique, en pleine controverse sur l’impact de l’IA générative sur les industries créatives, divise le milieu du cinéma.
- Jude, connu pour ses œuvres provocatrices explorant des sujets sensibles, semble délibérément pousser les limites de la représentation.
Radu Jude se retrouve au cœur d’une tempête médiatique avec son dernier opus, un film de près de trois heures qui s’attaque à la légende de Dracula. L’originalité – et la controverse – résident dans l’utilisation intensive d’images générées par intelligence artificielle. Ces créations visuelles, allant du comte Dracula à Vlad Tepes, inspirent de nombreux commentaires, certains qualifiant le film de « presque délibérément énervant ». Dans un contexte où la créativité humaine et les carrières artistiques sont perçues comme menacées par l’essor de l’IA générative, le choix de Jude d’intégrer cette technologie de manière aussi frontale ne manque pas de susciter le débat.
Lors d’une projection au récent Festival du film de New York, une intervention sur Zoom a résumé le scepticisme ambiant. Un internaute, visiblement peu impressionné, a commenté que le cinéaste était désormais officiellement « sous surveillance contre la fraude », une pique faisant écho aux préoccupations sur l’authenticité et la paternité des œuvres produites à l’aide d’IA. Ce commentaire, relayé sur les réseaux sociaux, témoigne de la polarisation des opinions. L’arrière-plan de Jude lors de cette apparition, lui-même généré par IA, n’a fait qu’alimenter les moqueries.
Radu Jude n’en est pas à son coup d’essai en matière de provocation artistique. Ses précédents films ont déjà exploré des territoires sensibles : simulations d’exécutions pour aborder la mémoire historique, pornographie pour dénoncer l’hypocrisie culturelle autour de la sexualité, ou encore postures misogynes pour en critiquer l’attrait. Avec ce film sur Dracula, il semble franchir un nouveau cap en militant « l’IA au diable », ou du moins en l’utilisant de manière critique. La question centrale demeure : s’abaisser à utiliser la technologie de l’IA est-il une trahison de l’art cinématographique et de la créativité humaine, comme le craignent certains puristes, ou une nouvelle forme d’exploration artistique ?
Pour éclaircir ces interrogations, WIRED s’est entretenu avec le réalisateur. Apparu depuis la France lors d’une conversation vidéo, Radu Jude avait pour toile de fond une image générée par IA représentant Donald Trump armé d’un fusil AR-15, chevauchant un chaton cartoon. Une image qui, à elle seule, résume l’esthétique et la démarche souvent satirique de son travail.
WIRED : Qui est derrière vous ? Le président Trump ?
Radu Jude : J’ai utilisé cette image lors d’un festival européen, où j’étais invité à donner une conférence en ligne. Maintenant que j’ai été convié à discuter de mon film avec des amis américains, j’ai pensé leur proposer quelque chose qui pourrait les intéresser. Cette image a été partagée par Trump lui-même, lorsqu’il faisait campagne en se présentant comme un défenseur des chats et des chiens.