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Le romantisme de l’Europe s’arrête à « 1 euro »

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Un couple français, lassé de la routine, a radicalement changé de vie en mai 2024, quittant son emploi pour un voyage à travers l’Europe. Leur périple, loin de l’idéalisation de la « retraite anticipée », les confronte à une réalité surprenante : un accès limité et payant aux toilettes publiques, un problème culturel persistant sur le Vieux Continent.

Flâner dans les ruelles pavées d’une ville historique européenne, avec ses toits rouges et sa mer azur, peut donner l’impression que le temps s’est arrêté. Mais dès que l’on s’aventure dans les ruelles étroites, une odeur désagréable se fait sentir : celle de l’urine. Ce parfum tenace, qui émane des abords des cathédrales et des sites historiques, témoigne d’un problème séculaire lié à la gestion des toilettes en Europe.

Contrairement à la Corée du Sud, où les toilettes sont omniprésentes, gratuites et généralement propres, les voyageurs européens découvrent vite que les sanitaires sont souvent un « service payant » et une « ressource rare ». Il arrive même qu’ils soient introuvables, même en cas d’urgence. Cette situation, particulièrement problématique pour les femmes pendant leurs règles, conduit parfois à des pratiques inciviques dans les ruelles.

Cette réalité inconfortable a des racines historiques profondes. Au XIVe siècle, les villes européennes manquaient d’infrastructures d’assainissement adéquates. Les habitants se débarrassaient de leurs déchets en les jetant par la fenêtre, d’où l’avertissement courant : « Gare à l’eau ! » (Attention à l’eau !). Une théorie suggère même que le port de talons hauts et des parasols, aujourd’hui associés à l’élégance, trouve son origine dans la nécessité de se protéger des saletés tombant d’en haut. Les accessoires de mode européens seraient donc, en réalité, le fruit d’une lutte contre la crasse.

Aujourd’hui, bien que les systèmes d’égouts se soient améliorés, l’accès aux toilettes reste un défi. Dans certaines vieilles villes, il faut débourser un euro pour utiliser des sanitaires publics, un système qui rappelle celui du métro. L’acte d’insérer une pièce de monnaie et de pousser le tourniquet procure un sentiment étrange, un mélange de honte et de soulagement d’avoir « acheté le droit de faire ses besoins ».

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Tout d’abord, les réseaux d’égouts vieillissants des villes historiques, comme celles de Croatie ou du Monténégro, sont difficiles à moderniser en raison des contraintes architecturales et des réglementations strictes liées au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il est souvent plus simple de limiter le nombre d’utilisateurs en facturant l’accès aux sanitaires existants.

Ensuite, en Europe, les toilettes sont considérées comme un service dont l’utilisateur doit assumer le coût, plutôt que comme un bien public. Les coûts de main-d’œuvre élevés liés au nettoyage et à l’entretien justifient cette approche. Enfin, le paiement de l’accès aux toilettes est également perçu comme un moyen de dissuader les comportements indésirables et de garantir la sécurité.

Le couple de retraités a vécu une expérience particulièrement marquante à Ohrid, en Macédoine du Nord. L’urgence d’un besoin pressant, combinée à l’absence de toilettes accessibles, les a contraints à parcourir un kilomètre avec leurs courses, dans un état de stress extrême. Ils ont finalement réalisé que le véritable luxe n’était pas l’art ou la philosophie, mais la simple disponibilité de toilettes personnelles.

Cette expérience a mis en évidence la qualité de l’infrastructure sanitaire en Corée du Sud, où les toilettes publiques sont propres, bien entretenues et gratuites, y compris dans les aires d’autoroute. Le couple a pu apprécier ce confort après avoir découvert les toilettes gratuites et modernes d’un centre commercial à Zadar, en Croatie, un véritable paradis après les difficultés rencontrées à Ohrid et au Monténégro.

Le voyage a permis au couple de prendre conscience de la valeur des toilettes coréennes, un « joyau caché de l’infrastructure K ». L’État et les collectivités locales investissent massivement dans l’entretien des sanitaires, considérant cela comme un indicateur du respect de la dignité humaine. La Corée du Sud est, selon eux, un pays avancé, simplement parce qu’il est possible de trouver facilement des toilettes propres en cas de besoin.

Le couple a tiré une leçon importante de cette aventure : avant de se lancer dans une nouvelle exploration, il est essentiel de repérer l’emplacement des toilettes et de toujours avoir quelques pièces d’un euro à portée de main. La salle de bain nous rappelle que, quelles que soient nos aspirations, nous sommes soumis aux besoins fondamentaux du corps, et qu’il est nécessaire de trouver un moyen de les satisfaire.

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