Publié le 2025-11-05 12:23:00. L’Institut de Santé Carlos III (ISCIII) a accueilli la 9e Conférence sur les Vaccinations de la Société Espagnole d’Épidémiologie (SEE), axée sur la poliomyélite et la rougeole. Cet événement visait à faire le point sur les programmes d’élimination et d’éradication de ces maladies, tout en abordant les défis actuels tels que la désinformation.
- La rougeole a causé trois décès aux États-Unis au cours de la dernière année, avec 1 544 cas confirmés jusqu’en septembre, attribués à une baisse des dépenses de santé dans ce domaine.
- L’indépendance de la recherche et la lutte contre la désinformation ont été des thèmes centraux, soulignant le rôle crucial des vaccins comme outil de santé publique.
- Des « alertes » de détection du poliovirus dans les eaux usées ont conduit à des stratégies de surveillance « chirurgicales » pour traquer les origines.
L’ISCIII fut le théâtre d’un débat épidémiologique majeur avec la 9e Conférence sur les Vaccinations de la Société Espagnole d’Épidémiologie (SEE). Sous le thème « Maladies soumises à des programmes d’élimination et d’éradication, situation actuelle et perspectives », la rencontre s’est focalisée sur deux maladies historiques : la poliomyélite et la rougeole. Cette dernière est tristement associée à trois décès survenus aux États-Unis durant l’année écoulée, conséquence d’une diminution des investissements dans la santé, et comptabilisait 1 544 cas confirmés en Espagne jusqu’en septembre.
La table inaugurale a réuni des figures importantes du monde de la santé publique : Juan Forz, président de la SEE ; José Luis Peñalvo, directeur du Centre National d’Épidémiologie (CNE) ; Isabel Jado, directrice générale adjointe de l’ISCIII ; et Pedro Gullón, directeur général de la Santé Publique et de l’Équité en Santé du ministère de la Santé.
Une collaboration essentielle face aux défis
Juan Forz a salué la collaboration « de longue date » entre la SEE, l’ISCIII et le CNE. Il a particulièrement tenu à souligner l’indépendance du groupe de travail sur la vaccination de la SEE, groupe « très productif » ayant œuvré au sein de la commission du ministère de la Santé pour le suivi de l’infection MEPOX. « Nous sommes indépendants et ne recevons aucun soutien de l’industrie pharmaceutique », a-t-il précisé.
José Luis Peñalvo (CNE) a rappelé l’importance de ces retrouvailles dans un contexte où « des mouvements négationnistes et beaucoup de désinformation refont surface ». Il a réaffirmé que les vaccins sont « l’un des outils les plus sûrs, les plus efficaces et les plus favorables pour protéger la santé collective ». La lutte contre la désinformation, a-t-il ajouté, « nécessite de l’empathie, nécessite de la transparence et une communication fluide entre tous les agents ».
Isabel Jado a quant à elle souligné que les défis actuels exigent de tester « nos systèmes de surveillance, la coopération internationale et l’équité en santé ».
Pedro Gullón : « Il faut de la fraîcheur pour reparler de ces programmes »
Pedro Gullón, dont la formation s’est déroulée à l’ISCIII et qui est un partenaire de la SEE, a reconnu l’existence d’une « surproduction de journées dédiées aux vaccins, motivée par l’intérêt pour la prévention et par les nombreux intérêts commerciaux autour des nouvelles formes vaccinales ». Cependant, il a salué l’approche de la SEE qui « se concentre sur les maladies que nous avons le potentiel d’éradiquer et pour lesquelles nous disposons déjà d’un outil extrêmement puissant comme la vaccination ».
Il a insisté sur l’importance de « regarder un peu en arrière, sans se laisser emporter par les étapes à venir », mais plutôt en s’attaquant aux « étapes en attente ».
Concernant la rougeole, Pedro Gullón a noté que, malgré sa médiatisation, la maladie ne reçoit pas l’attention qu’elle mérite, alors que l’on observe « une augmentation des cas dans le monde ». Cela pousse les autorités sanitaires à s’interroger sur les schémas d’incidence en Espagne : « Quel type de personnes attrapent la rougeole et quel rôle jouent les déterminants sociaux de la santé ? », s’est-il interrogé, soulignant l’impératif d’atteindre l’ensemble de la population.
La mondialisation impose également de considérer que les cas « ne restent pas confinés à l’intérieur d’une frontière », ce qui génère de nouveaux défis pour la santé publique dans sa mission de protéger la population.
Poliomyélite : une surveillance accrue après des alertes dans les eaux usées
Au sujet de la poliomyélite, Pedro Gullón a reconnu que, bien que l’Espagne soit sur une trajectoire claire vers l’élimination, le pays a connu « de petites frayeurs ». « Nous avons détecté de la polio dans les eaux usées, ce qui nous a amenés à nous interroger sur l’origine de ces détections et à mettre en place des stratégies très chirurgicales pour remonter la source », a-t-il expliqué, insistant sur la nécessité pour le pays de rester vigilant face à la diversité des situations.
« Nous avons également besoin de cette fraîcheur pour reparler de ces programmes, avancer à nouveau dans leur mise en œuvre et identifier les défis, non seulement liés aux innovations technologiques, mais aussi aux programmes de santé publique que nous avons déjà en place pour la polio et la rougeole », a conclu M. Gullón.
La journée, organisée en deux tables rondes, a bénéficié de la participation de spécialistes reconnus.
La Table Ronde 1, consacrée aux défis de la poliomyélite, a vu des présentations sur la surveillance du virus dans les eaux usées (par Rosa María Pintó, Université de Barcelone), dans les échantillons cliniques (par María Cabrerizo, Centre National de Microbiologie), et une analyse du syndrome post-polio (par José Tuells, Université d’Alicante).
La Table Ronde 2, axée sur l’élimination de la rougeole, a abordé la situation actuelle du programme en Espagne (par Noemí López Perea, CNE), le rôle essentiel de la surveillance virologique (par Aurora Fernández García, CNM) et l’expérience pratique lors d’une épidémie au Pays Basque (par Pello Latasa, Gouvernement Basque).