Munich, 17 février 2026. Un simple accessoire, une casquette bleue, a suffi à lancer un avertissement clair de la part des États-Unis : l’ONU pourrait subir des changements radicaux sous la nouvelle administration Trump, avec des conséquences potentielles pour les ambitions du Chili à la tête de l’organisation.
- L’ambassadeur américain auprès des Nations Unies, Mike Waltz, a arboré une casquette portant l’inscription « Make UN Great Again », une référence directe au slogan de campagne de Donald Trump.
- Ce geste, effectué lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, est interprété comme un signal de la volonté de Washington de réformer en profondeur l’ONU et de réduire son autonomie.
- La candidature de Michelle Bachelet au poste de secrétaire général de l’ONU pourrait être compromise par le veto américain, compte tenu de la nouvelle orientation de la politique étrangère américaine.
L’incident, survenu devant un parterre de chefs d’État, de ministres et de hauts responsables du monde entier, n’était pas un discours formel, mais un message direct et sans ambiguïté. L’ambassadeur Waltz a délibérément présenté cette casquette comme un symbole de la vision stratégique de Washington, selon plusieurs observateurs. Le journal espagnol El Mundo a souligné que l’objet n’était pas décoratif, mais porteur d’un message politique fort.
Ce message s’inscrit dans la continuité du mouvement MAGA (« Make America Great Again »), qui prône la restauration de la primauté américaine. L’administration Trump semble déterminée à appliquer cette philosophie à l’ONU, en cherchant à réformer l’organisation et à la recentrer sur les intérêts stratégiques des États-Unis. Selon des sources diplomatiques européennes, une telle démarche pourrait menacer les aspirations de pays comme le Chili.
L’ambassadeur Waltz a précisé lors de la Conférence de Munich que les États-Unis souhaitent que l’ONU « revienne à l’essentiel », en réduisant sa bureaucratie et en se concentrant sur des objectifs concrets. Les diplomates européens y voient un signe clair de la volonté américaine de reprendre le contrôle politique du fonctionnement de l’organisation.
L’élection du prochain secrétaire général de l’ONU, dont le mandat actuel, António Guterres, se termine le 31 décembre 2026, est au cœur de cette nouvelle donne géopolitique. Bien que formellement l’Assemblée générale dispose du pouvoir de décision, le Conseil de sécurité, et notamment le droit de veto des membres permanents, joue un rôle prépondérant. Les États-Unis, en tant que membre permanent, peuvent bloquer toute candidature qu’ils jugent contraire à leurs intérêts.
La candidature de Michelle Bachelet, ancienne présidente chilienne et Haut-Commissaire aux droits de l’homme, suscite donc des inquiétudes. Elle avait été officiellement présentée le 2 février 2026 et bénéficiait d’un soutien régional et d’une expérience internationale reconnue. Cependant, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en 2025 a profondément modifié le contexte.
La situation est d’autant plus complexe que Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a également été évoqué comme un candidat potentiel. Son profil technique et son expérience en matière de négociations multilatérales pourraient lui valoir un soutien transversal. L’émergence de deux candidats latino-américains divise le capital politique régional et affaiblit les chances de succès de la région.
Des experts en politique internationale interrogés par Bío Bío s’accordent à dire que la campagne américaine aura un impact sur les chances de Michelle Bachelet. Edgardo Riveros, ancien sous-secrétaire aux Affaires étrangères, a souligné que les candidatures au Secrétariat général de l’ONU doivent être évaluées en tenant compte de l’évolution de l’organisation et des perspectives à long terme. Il a ajouté :
« Tous les faits doivent être évalués, ils doivent être incorporés comme éléments de contexte (…) nous savons que l’un des éléments sur lesquels il faut compter pour réaliser une analyse est l’incertitude suscitée par les actions du gouvernement des États-Unis, constitué par le président Trump, car elles génèrent de l’incertitude en raison précisément d’un comportement variable, notamment dans les déclarations. »
Edgardo Riveros, avocat et ancien sous-secrétaire aux Affaires étrangères
Paz Zárate, avocate spécialisée en questions internationales, a quant à elle précisé qu’il était encore trop tôt pour spéculer sur la position des grandes puissances. Elle a toutefois souligné que les interventions des représentants américains lors de la Conférence de Munich sur la sécurité étaient en accord avec la politique étrangère américaine, telle qu’exposée dans le document intitulé « Stratégie de sécurité nationale ». Elle a également noté que
« les faits valent plus que les mots, et Trump sape en fait l’ONU en créant une organisation alternative, le soi-disant « Conseil de la paix », qui ne rassemble pour l’instant que des dictateurs et des gouvernements autoritaires et populistes. »
Paz Zárate, avocate experte en questions internationales
Malgré ce contexte défavorable, le Chili ne mène pas cette candidature seul. Elle s’inscrit dans une stratégie diplomatique soutenue par le Mexique et le Brésil, visant à positionner la région à la tête de l’organisation multilatérale. La pression croissante en faveur d’une femme au poste de secrétaire général pourrait également jouer en faveur de Michelle Bachelet, compte tenu de son expérience et de son parcours.