Publié le 2024-02-29 10:00:00. Une nouvelle méthode de dépistage du cancer du col de l’utérus, basée sur l’analyse du sang menstruel, pourrait rendre le diagnostic plus accessible et moins invasif pour les femmes, selon une étude chinoise prometteuse.
- Un test sur une simple serviette hygiénique pourrait détecter le virus du papillome humain (VPH), principal responsable du cancer du col de l’utérus.
- L’étude démontre une précision comparable aux méthodes de prélèvement classiques réalisées par un professionnel de santé.
- Cette approche pourrait encourager les femmes qui ne participent pas aux dépistages actuels à se faire tester.
Le dépistage du cancer du col de l’utérus repose actuellement sur un prélèvement réalisé par un médecin, une procédure qui peut décourager certaines femmes. Des millions de femmes invitées à se soumettre à ce test ne le font pas, ce qui soulève des préoccupations de santé publique. Une équipe de chercheurs chinois a exploré une alternative potentielle : l’analyse du sang menstruel pour détecter la présence du VPH.
L’étude, publiée dans la revue médicale BMJ, a porté sur 3 068 femmes âgées de 20 à 54 ans, résidant dans la province du Hubei en Chine. Les participantes, ayant des cycles menstruels réguliers, ont fourni trois types d’échantillons entre 2021 et 2025 : un échantillon de sang menstruel collecté à l’aide d’une serviette hygiénique spéciale, un prélèvement cervical réalisé par un clinicien, et un échantillon supplémentaire prélevé par un agent de santé pour analyse en laboratoire.
Les chercheurs ont évalué la sensibilité du test – sa capacité à identifier correctement les femmes atteintes d’anomalies cervicales (CIN2 et CIN3), nécessitant potentiellement un traitement – ainsi que sa spécificité, c’est-à-dire sa capacité à identifier correctement les femmes non atteintes. Les résultats sont encourageants : la sensibilité du test sur les échantillons de sang menstruel a atteint 94,7 % pour la détection des CIN2, un chiffre comparable à celui des prélèvements réalisés par les cliniciens (92,1 %).
Bien que la spécificité du test soit légèrement inférieure, la probabilité d’obtenir un faux négatif était similaire pour les deux méthodes de collecte. De plus, le nombre de tests complémentaires recommandés était également comparable.
Les auteurs de l’étude concluent que leurs résultats « démontrent l’utilité d’utiliser le sang menstruel collecté sur une mini-serviette pour le test VPH comme alternative standardisée et non invasive, voire comme remplacement, au dépistage du cancer du col de l’utérus ».
Sophie Brooks, responsable de l’information sur la santé chez Cancer Research UK, se dit encourageante face à ces recherches.
« Il est très intéressant de voir des études explorer de nouvelles façons de rendre le dépistage du cancer du col de l’utérus plus accessible. Le test du sang menstruel pour le VPH est une approche non invasive prometteuse et pourrait offrir une option supplémentaire à l’avenir. »
Cependant, elle souligne qu’il s’agit d’une étape préliminaire et que des essais à plus grande échelle, impliquant des populations plus diverses, sont nécessaires pour évaluer pleinement l’efficacité du test et son intégration possible dans les programmes de dépistage existants.
Xavier Bosch, chercheur émérite à l’Institut catalan d’oncologie, qui n’a pas participé à l’étude, qualifie le travail de « très novateur », tout en soulignant qu’il reste à un stade de recherche.
« Pour l’instant, ses applications cliniques ne sont pas clairement définies. »
Athena Lamnisos, directrice générale d’Eve Appeal, une association caritative de lutte contre le cancer gynécologique, salue également ces résultats.
« Il est passionnant de voir de nouvelles méthodes, plus acceptables et potentiellement plus douces, pour proposer un test qui pourrait sauver des vies en prévenant le développement du cancer du col de l’utérus. »
Elle précise toutefois que ce test ne serait pas adapté à toutes les femmes, notamment celles ménopausées. Elle ajoute que l’offre de différentes méthodes de dépistage pourrait encourager les femmes réticentes à se faire tester.
« Les gens ont différents obstacles et préoccupations concernant le dépistage, donc pouvoir offrir un choix de différentes méthodes pourrait être très positif pour ceux qui sont éligibles au dépistage mais n’y participent pas actuellement. »