Publié le 5 novembre 2025. Les vaccins à ARN messager (ARNm), largement déployés durant la pandémie de COVID-19, montrent des promesses inattendues dans la lutte contre le cancer. Une étude récente suggère que ces vaccins pourraient non seulement prévenir les infections virales, mais aussi renforcer la capacité du système immunitaire à cibler et détruire les cellules cancéreuses.
- La technologie ARNm, utilisée pour les vaccins contre la COVID-19, pourrait révolutionner le traitement du cancer.
- Des recherches indiquent que les vaccins ARNm, administrés conjointement à des immunothérapies, améliorent la survie des patients atteints de certains cancers.
- Ces vaccins pourraient transformer les tumeurs dites « froides » en tumeurs « chaudes », les rendant plus vulnérables aux traitements.
La pandémie a accéléré le développement et l’adoption de la technologie des vaccins à ARN messager (ARNm). Aujourd’hui, les experts envisagent de nouvelles applications pour cette technologie, notamment dans le domaine de l’oncologie. Selon Mansoor Amiji, professeur de sciences pharmaceutiques à la Northeastern University, les preuves s’accumulent pour démontrer le potentiel de l’ARNm à modifier la prévention et le traitement des maladies, y compris des bénéfices inattendus chez les patients atteints de cancer.
Contrairement aux vaccins traditionnels, qui introduisent des virus affaiblis ou inactivés, les vaccins à ARNm fournissent à l’organisme des instructions génétiques. Ces instructions permettent aux cellules de produire une petite partie d’une protéine spécifique. Le système immunitaire apprend alors à reconnaître et à attaquer l’agent pathogène, ou dans le contexte du cancer, les cellules malades. L’American Cancer Society reconnaît d’ailleurs que les vaccins à ARNm pourraient s’avérer utiles en apprenant au système immunitaire à identifier les protéines présentes sur les cellules cancéreuses.
Des progrès significatifs ont déjà été réalisés avec des vaccins préventifs contre le virus du papillome humain (VPH) et l’hépatite B. Parallèlement, des vaccins thérapeutiques sont en développement pour traiter les cancers existants en entraînant le système immunitaire à reconnaître et cibler des protéines spécifiques des tumeurs. Bien que la majorité des vaccins thérapeutiques contre le cancer, y compris ceux basés sur l’ARNm, soient encore en phase d’essais cliniques, une étude récente publiée dans la revue *Nature* souligne leur polyvalence.
Cette étude rétrospective a analysé les données de plus de 1 000 patients atteints de cancer du poumon non à petites cellules avancé et de mélanome. Les chercheurs ont comparé les patients ayant reçu un vaccin ARNm contre la COVID-19 à ceux qui ne l’avaient pas reçu. Les résultats indiquent que les patients vaccinés, dont le traitement a débuté dans les 100 jours suivant la vaccination, présentaient une médiane de survie de 37,3 mois, contre 20,6 mois pour les non-vaccinés. Une analyse distincte sur des souris a également montré que la vaccination par ARNm en association avec l’immunothérapie ralentissait la croissance tumorale.
Mansoor Amiji précise que ces effets bénéfiques sont spécifiquement liés aux vaccins ARNm de Moderna et Pfizer. Brandon Dionne, professeur clinicien agrégé, qualifie ces résultats de « pas entièrement surprenants », évoquant des données antérieures in vitro et sur animaux suggérant que les vaccins ARNm « amorcent le système immunitaire » et génèrent une « réponse non spécifique » capable de combattre diverses maladies.
Le mécanisme d’action semble particulièrement efficace lorsqu’il est combiné avec des inhibiteurs de points de contrôle immunitaires. Ces médicaments bloquent les mécanismes par lesquels les tumeurs suppriment la réponse immunitaire. La combinaison ARNm et inhibiteurs de points de contrôle permettrait ainsi d’empêcher les tumeurs de « verrouiller » la réponse immunitaire, tout en stimulant une réponse immunitaire plus vigoureuse contre les cellules cancéreuses. Brandon Dionne rappelle que le premier essai clinique impliquant un vaccin à ARNm était d’ailleurs destiné au traitement du cancer de la prostate.
Le domaine médical connaît plusieurs exemples de thérapies aux bénéfices croisés. Les médicaments GLP-1, tels qu’Ozempic et Wegovy, initialement conçus pour le diabète, sont aujourd’hui largement utilisés pour la perte de poids. De même, des médicaments contre la dysfonction érectile ont d’abord été développés pour traiter l’hypertension pulmonaire. Des antibiotiques comme l’azithromycine ont également montré des effets thérapeutiques au-delà de leur indication initiale.
« Pour que votre système immunitaire soit correctement sensibilisé à attaquer les tumeurs, il faut l’amorcer », explique Mansoor Amiji. Il souligne que de nombreux cancers, notamment le poumon et le mélanome, sont considérés comme des tumeurs « froides ». Ces tumeurs n’autorisent pas l’infiltration des cellules immunitaires, entravant ainsi leur action. Les vaccins à ARNm pourraient jouer un rôle clé dans la transformation de ces tumeurs froides en tumeurs « chaudes », stimulant une réaction immunitaire plus efficace. L’effet serait plus marqué chez les patients déjà vaccinés ou recevant une injection d’ARNm au début de leur traitement.
Les tumeurs « chaudes » sont riches en cellules immunitaires actives contre le cancer, ce qui les rend plus réceptives aux traitements comme l’immunothérapie. En revanche, les tumeurs « froides » en contiennent très peu, rendant la détection et le ciblage du tissu cancéreux plus difficiles pour le système immunitaire et les traitements. Les chercheurs explorent activement la capacité des vaccins ARNm à « réveiller » ces tumeurs froides et à améliorer les réponses immunitaires. Mansoor Amiji estime que cette piste mérite une étude approfondie et suggère même qu’une analyse rétrospective des données de vaccination COVID-19 pourrait révéler si ces vaccins ont eu un impact préventif sur le développement de cancers, bien qu’une étude de cohorte plus large serait nécessaire pour confirmer de telles découvertes.