Publié le 5 novembre 2025. Une nouvelle étude nationale révèle qu’une alimentation indienne trop riche en glucides et pauvre en protéines est un facteur majeur de l’augmentation alarmante du diabète, du prédiabète et de l’obésité dans le pays.
- Près de 62 % des calories quotidiennes proviennent de céréales et de sucre.
- La qualité nutritionnelle des aliments de base a diminué drastiquement.
- Des changements dans les pratiques agricoles et les méthodes de cuisson sont pointés du doigt.
Une enquête menée par le Conseil indien de la recherche médicale (ICMR) met en lumière un paradoxe préoccupant : alors que la nourriture maison (ghar ka khana) est traditionnellement considérée comme la plus saine, les maladies liées au mode de vie explosent. Cette situation interroge sur l’évolution de l’assiette indienne.
Depuis des générations, les mêmes aliments de base composaient l’alimentation indienne, sans que les ancêtres ne souffrent autant de maladies chroniques. L’étude de l’ICMR suggère que le schéma alimentaire actuel, dominé par les glucides et déficient en protéines, est directement lié à cette tendance.
Le virage agricole : une révolution aux conséquences nutritionnelles
La Révolution verte des années 1960 a transformé l’agriculture indienne, favorisant des variétés de blé et de riz à haut rendement pour assurer l’autosuffisance alimentaire. Cependant, cette quête de productivité a eu un revers nutritionnel.
« Au fil du temps, à la recherche de profits plus élevés, les agriculteurs ont continué à pratiquer les mêmes pratiques agricoles. Le résultat ? Alors que nous produisons désormais suffisamment de céréales pour les exporter, leur qualité nutritionnelle a fortement chuté. La teneur en minéraux – zinc, fer, protéines et autres – a chuté de près de 60 à 70 %. »
Prateek Rastogi, fondateur de Better Nutrition
Selon Prateek Rastogi, la solution réside dans le retour à des pratiques agricoles favorisant la richesse des sols. Un sol nourri permettrait aux plantes d’absorber davantage de nutriments, améliorant ainsi la qualité nutritionnelle des aliments qui parviennent à notre table, un principe soutenu par le Conseil indien de la recherche agricole (ICAR).
L’essor des aliments raffinés : quand la rapidité nuit à la santé
Parallèlement, les méthodes de cuisson traditionnelles, qui préservaient les nutriments, ont été progressivement remplacées par des techniques plus rapides, gourmandes en huile et hautement transformées. Les repas modernes sont ainsi souvent constitués de céréales polies, d’huiles raffinées et de légumes trop cuits, entraînant une diminution des fibres et de la densité nutritionnelle.
« Les glucides en eux-mêmes ne sont pas des ennemis : le problème réside dans leur type et leur source. […] Aujourd’hui, ils proviennent principalement de la farine raffinée, du riz blanc, des produits de boulangerie et des collations sucrées qui augmentent rapidement la glycémie et augmentent la résistance à l’insuline. C’est le raffinement et la transformation qui éliminent les nutriments et les fibres, rendant ces glucides métaboliquement nocifs. »
Vidhi Chawla, diététiste
Il est rappelé que les glucides d’antan provenaient de grains entiers, de millets et de légumineuses, riches en fibres, vitamines et fournissant une énergie libérée lentement. Les aliments raffinés modernes, au contraire, provoquent des pics de glycémie et favorisent la résistance à l’insuline.
Modes de vie sédentaires et habitudes modernes : une combinaison délétère
Le mode de vie a également radicalement changé. Là où les ancêtres menaient une vie physiquement active, avec des déplacements importants et des repas rythmés par la journée, la vie urbaine actuelle est largement sédentaire, marquée par une activité physique limitée, des horaires de repas irréguliers et une dépendance accrue aux plats préparés.
« Nos ancêtres menaient une vie physiquement active : ils parcouraient de longues distances, travaillaient à l’extérieur et prenaient leurs repas au rythme de la journée. […] En revanche, le mode de vie urbain d’aujourd’hui est largement sédentaire, avec une activité physique limitée, des horaires de repas irréguliers et une dépendance croissante à l’égard des aliments prêts à l’emploi, ce qui aggrave le problème. »
Vidhi Chawla, diététiste
La diététiste souligne également que les environnements actuels, marqués par une mauvaise qualité de l’air et un apport excessif en glucides, augmentent la charge métabolique du corps. L’ajout de troubles du sommeil et de stress chronique crée une « tempête parfaite » propice aux maladies liées au mode de vie.
Vers une assiette indienne rééquilibrée
Face à ce constat, les experts s’accordent sur la nécessité d’un rééquilibrage majeur de l’assiette indienne : plus de protéines et de fibres, et moins de glucides raffinés. L’adoption du concept de « l’assiette saine » est préconisée : l’assiette devrait être composée pour moitié de légumes, pour un quart de légumineuses, de produits laitiers ou d’une source de protéines non végétarienne, et pour le quart restant de riz ou de chapati.
« Les végétariens, en particulier, doivent s’assurer d’inclure une source de protéines dans chaque repas. […] Dans notre étude, nous avons proposé un modèle de substitution montrant que même des changements alimentaires modestes – remplacer seulement 5 % de l’énergie provenant des glucides par des protéines provenant de sources végétales, laitières, œufs ou poisson – peuvent améliorer considérablement les résultats pour la santé. »
Dr V. Mohan, président du Centre de spécialités sur le diabète du Dr Mohan
Le Dr Mohan insiste sur l’objectif scientifique de remplacer proportionnellement les calories glucidiques par des calories protéiques, tout en privilégiant les céréales complètes et en maintenant des horaires de repas traditionnels et équilibrés.