Publié le 26 février 2026 à 19h24. Face aux préoccupations environnementales et sociales liées au tourisme de masse, des experts plaident pour une approche plus responsable, encourageant les voyageurs à privilégier la basse saison et les destinations moins fréquentées.
Voyager peut parfois susciter un dilemme moral, entre le plaisir de la découverte et la conscience des impacts négatifs du tourisme sur l’environnement et les populations locales. Les émissions de carbone liées aux transports, notamment aériens, et les pressions exercées sur les sites touristiques les plus populaires sont autant de sujets d’inquiétude.
Pourtant, selon Wolfgang Strasdas, directeur scientifique du Centre pour le tourisme durable de Berlin, il n’est pas nécessaire de se sentir coupable de voyager.
« Je ne pense pas du tout qu’il faille se sentir coupable. »
Wolfgang Strasdas, directeur scientifique du Centre pour le tourisme durable de Berlin
Il souligne que le tourisme est un secteur économique clé dans de nombreuses régions du monde et un moteur important de prospérité. Il est toutefois essentiel de prendre en compte certains facteurs, tels que l’empreinte environnementale du voyage et les risques de surtourisme.
Une des recommandations principales est de privilégier la basse saison. « Il faut se demander : ‘Dois-je vraiment aller à Athènes en plein été, alors qu’il y a déjà trop de monde ?’ », interroge M. Strasdas. Choisir de voyager hors des périodes de pointe permet de réduire la pression sur les destinations et de profiter d’une expérience plus authentique. Il suggère également d’envisager des alternatives moins connues, comme Leipzig en Allemagne à la place de Berlin, ou Philadelphie aux États-Unis plutôt que New York.
L’existence du « sous-tourisme » est également soulignée : certaines régions, au contraire, souhaiteraient attirer davantage de visiteurs. Petra Thomas, directrice générale du Forum Anders Reisen, une association regroupant plus de 140 voyagistes engagés dans le tourisme durable, cite l’exemple de la Catalogne en Espagne, où les habitants des zones rurales aspirent à un développement touristique plus équilibré, tandis que Barcelone est déjà saturée. Les voyagistes membres du Forum Anders Reisen s’engagent à respecter des critères stricts pour garantir un tourisme responsable, en évitant notamment les destinations trop fréquentées.
L’importance du respect des cultures locales est également mise en avant. Petra Thomas raconte une expérience au Cameroun où certains touristes ont photographié les intérieurs des maisons des villageois sans autorisation, manquant ainsi au respect de leur vie privée.
« Je me sentais gênée pour eux. »
Petra Thomas, directrice générale du Forum Anders Reisen
Oliver Zwahlen, auteur du blog Forum mondial du voyage, s’intéresse depuis longtemps aux dilemmes moraux rencontrés par les voyageurs. Il constate que la plupart des gens souhaitent agir de manière responsable, mais que les bonnes pratiques ne sont pas toujours évidentes. Il pose des questions telles que : faut-il donner des stylos aux enfants qui mendient ? Cela encourage-t-il leur éducation ou incite-t-il leurs parents à les envoyer mendier plutôt qu’à l’école ?
Il souligne également la difficulté de concilier le désir de voyager avec le souhait de ne pas soutenir des régimes politiques contestables. Boycotter un pays peut avoir des conséquences négatives sur les populations locales, notamment celles qui dépendent du tourisme pour leur subsistance. De plus, dans les pays isolés, les touristes peuvent jouer un rôle important en favorisant les échanges et en maintenant le contact avec le monde extérieur.
Cependant, M. Zwahlen reconnaît que le voyage a toujours un impact sur l’environnement, en particulier en raison des émissions de carbone liées au transport aérien. Il recommande de limiter les vols au strict nécessaire, de privilégier les itinéraires directs et d’opter pour des avions plus récents et plus économes en carburant. Il suggère également de compenser les émissions de dioxyde de carbone restantes.
Le Forum Anders Reisen recommande de choisir des modes de transport moins polluants, tels que le bus et le train, lorsque cela est possible. Pour les destinations inaccessibles par ces moyens, Wolfgang Strasdas conseille de consulter l’indice des compagnies aériennes publié par l’organisation de protection du climat Atmosfair, qui évalue leur efficacité climatique.
Malgré les défis, Strasdas reste optimiste quant aux bénéfices du voyage.
« En principe, voyager est une situation gagnant-gagnant pour toutes les personnes impliquées. »
Wolfgang Strasdas, directeur scientifique du Centre pour le tourisme durable de Berlin
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