Publié le 2023-10-16 09:24:00. L’économie britannique a enregistré une légère reprise en août, portée par un regain d’activité dans le secteur manufacturier, selon les dernières données officielles. Cependant, cette embellie intervient dans un contexte d’inquiétudes persistantes quant à la croissance future et à la nécessité d’ajustements budgétaires.
- L’économie a progressé de 0,1% en août, effaçant la contraction de 0,1% observée en juillet.
- Le secteur manufacturier, en hausse de 0,7%, a été le principal moteur de cette croissance, tandis que le secteur des services est resté stable.
- Les économistes anticipent une croissance atone dans les mois à venir, face à l’incertitude budgétaire et à la pression sur le pouvoir d’achat des ménages.
Après un mois de juillet marqué par une légère contraction de l’activité économique (-0,1%), l’Office national des statistiques (ONS) a révélé que le produit intérieur brut (PIB) britannique a connu une timide reprise en août, avec une progression de 0,1%. Cette amélioration doit largement son dynamisme à un sursaut du secteur manufacturier, qui a vu sa production augmenter de 0,7%.
Malgré ce rebond ponctuel, les perspectives économiques à moyen terme restent mitigées. Les experts financiers s’accordent à dire que la croissance devrait demeurer faible dans les mois à venir. Cette morosité s’explique par plusieurs facteurs, dont la pression accrue sur les finances publiques qui plane à l’approche du prochain budget. De nombreux analystes prévoient que des mesures d’austérité, sous forme de hausses d’impôts ou de réductions de dépenses, seront nécessaires pour respecter les objectifs d’emprunt fixés par le gouvernement.
L’Institut d’études fiscales anticipe que la Chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, devra trouver près de 22 milliards de livres sterling (environ 25,5 milliards d’euros) pour combler le déficit budgétaire, et que des augmentations d’impôts seront « quasiment inévitables ». La Chancelière a d’ailleurs elle-même reconnu envisager « de nouvelles mesures en matière d’impôts et de dépenses, pour s’assurer que les finances publiques s’additionnent toujours ».
Le secteur des services, pilier de l’économie britannique et englobant des domaines variés tels que le commerce de détail, l’hôtellerie et la finance, n’a quant à lui affiché aucune croissance durant la période. L’ONS, qui souligne la volatilité des chiffres mensuels et a révisé à la baisse la performance de juillet, privilégie une analyse sur trois mois glissants. Sur cette période, achevée fin août, l’économie a progressé de 0,3%, marquant une légère amélioration par rapport à la période précédente.
Liz McKeown, directrice des statistiques de l’ONS, a précisé que si la croissance économique a légèrement augmenté sur les trois derniers mois, « la croissance des services est restée stable, tandis que la production a été moins freinée qu’auparavant ». Cependant, l’optimisme reste mesuré. Yael Selfin, économiste en chef chez KPMG UK, estime que « les perspectives restent faibles » malgré la reprise d’août. Elle met en avant l’augmentation du coût de la vie pour les ménages et l’incertitude entourant les futures décisions fiscales, qui « devraient peser sur l’activité des ménages et des entreprises ».
Ruth Gregory, économiste adjointe chez Capital Economics, qualifie la croissance d’« maigre ». Elle pointe du doigt les augmentations d’impôts pour les entreprises entrées en vigueur en avril, comme celle des cotisations de sécurité sociale patronales, qui « jouent sans aucun doute un rôle dans la restriction de la croissance ». Elle ajoute qu’« il y a peu de raisons de penser que la croissance du PIB va beaucoup s’accélérer à partir de maintenant », anticipant même une possible contraction en septembre due à la perturbation dans le secteur automobile causée par une cyberattaque chez Jaguar Land Rover.
Ces constats contrastent avec les prévisions du Fonds monétaire international (FMI) qui, plus tôt dans la semaine, avait estimé que le Royaume-Uni serait la deuxième économie avancée à la croissance la plus rapide cette année. Le FMI a cependant souligné que le pays devrait connaître le taux d’inflation le plus élevé du G7, tant cette année que la prochaine, alimenté par la hausse des factures d’énergie et des services.
Un porte-parole du Trésor a réaffirmé la volonté du gouvernement d’inverser la tendance, en soutenant les entreprises et en investissant dans les infrastructures. De leur côté, les oppositions jugent l’action gouvernementale insuffisante. Mel Stride, porte-parole fantôme du Trésor pour le parti conservateur, a critiqué la « croissance continue faible » et prédit des augmentations d’impôts malgré les promesses de Rachel Reeves. Il a plaidé pour une maîtrise des dépenses, une réduction du déficit et une baisse des impôts. Daisy Cooper, porte-parole libérale-démocrate au Trésor, a appelé la Chancelière à abandonner son approche jugée « lente » et sa hausse de l’assurance nationale, qu’elle considère comme préjudiciable aux affaires et aux centres-villes.