Publié le 26 février 2026 à 11h38 (heure normale du Centre). La mort de Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », chef du puissant Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), est perçue au Mexique comme un tournant comparable à l’élimination de Pablo Escobar en Colombie, ouvrant une nouvelle ère dans la lutte contre le narcotrafic.
La neutralisation du chef le plus redouté du CJNG représente un moment historique pour le Mexique, comparable à l’impact qu’a eu l’abattement de Pablo Escobar Gaviria le 2 décembre 1993 pour la Colombie. Cet événement pourrait marquer un point d’inflexion dans la lutte contre le crime organisé, après des décennies de violence et d’impunité.
Ce jeudi, l’opération menée par les forces de sécurité mexicaines a non seulement éliminé le chef du cartel de Medellín et le trafiquant de drogue le plus recherché au monde, dont les actes criminels ont coûté la vie à plus de 5 000 Colombiens, dont 550 policiers courageux, mais a également touché des personnalités politiques telles que le candidat à la présidence Luis Carlos Galán Sarmiento, ainsi que des dizaines de journalistes et de magistrats intègres.
L’action conjointe de l’État colombien et de la société civile, suite à la mort d’Escobar, a renversé la situation en faveur de l’État, ouvrant la voie à une lutte plus efficace contre le trafic de drogue. Cette dynamique s’est appuyée sur une accumulation de facteurs prévoyant une évolution de la Colombie vers un État défaillant, un scénario qui a pu être évité grâce à une stratégie globale.
La disparition du chef du cartel a marqué un nouveau départ pour le pays et a permis de consolider une approche innovante pour démanteler, un par un, d’autres organisations criminelles, transformées en structures transnationales partageant la chaîne de production et de trafic de cocaïne avec des groupes mexicains.
Les leçons tirées des succès et des échecs entourant le cartel de Medellín ont permis d’accélérer les opérations visant à incarcérer les barons de la drogue des cartels de Cali et du Nord de la Vallée, qui, pendant plus de 30 ans, ont menacé la stabilité et la légitimité de l’État et la survie même de la société colombienne.
Ce changement a été rendu possible par une série de décisions institutionnelles, notamment une volonté politique ferme et unanime de s’attaquer au problème sans hésitation, une purge sans précédent au sein de la Police Nationale, la création d’une unité spéciale chargée de traquer les cartels, la modernisation des services de renseignement, l’augmentation des capacités d’enquête, l’utilisation de technologies de pointe, la coopération interinstitutionnelle et, surtout, un soutien citoyen crucial, souvent exprimé par la fourniture d’informations précieuses.
Un changement de modèle opérationnel introduit en 2006, lorsque Juan Manuel Santos était ministre de la Défense, a joué un rôle déterminant. Il consistait à assurer une interaction opérationnelle entre les services de renseignement et les unités spécialisées, selon un modèle de compartimentation permettant de traduire en justice les cibles à haute valeur pénale, tout en surmontant la méfiance institutionnelle, en garantissant la transparence opérationnelle et en définissant des responsabilités claires.
Cette combinaison de facteurs a fini par démystifier le mythe du chef inaccessible et indestructible, ouvrant la voie à des perturbations dans la lutte contre d’autres organisations, comme les FARC, grâce à la capture ou à la destruction de cibles importantes, créant ainsi les conditions nécessaires à une solution négociée au conflit armé. Cet effort soutenu a permis au pays de mettre fin à la confrontation armée avec la guérilla la plus ancienne et la plus puissante du continent, qui a déposé les armes en 2016 et a entamé un processus de réintégration de plus de 14 000 anciens combattants.
Aujourd’hui, les forces militaires et policières colombiennes sont reconnues comme des leaders dans la lutte contre le trafic de drogue à l’échelle mondiale. Malgré la croissance des groupes criminels organisés, qui profitent de la politique de « Paix Totale » du gouvernement actuel pour étendre leur influence, les autorités saisissent quotidiennement au moins deux tonnes de cocaïne, démantèlent 10 laboratoires de traitement de cocaïne toutes les 24 heures et appréhendent un extradable toutes les 30 heures.
Tout comme la Colombie offre des exemples de réussite, il est important de tirer des leçons des échecs. Les politiques de conciliation se sont avérées contreproductives, comme l’a démontré le mandat précédent au Mexique, où la directive de « câlins, pas de balles » a conduit à un renforcement des cartels en termes de membres, d’armement et de présence territoriale, défiant ainsi la gouvernance démocratique et les institutions mexicaines.
Dans le contexte colombien, il est également clair que tenter de négocier avec le crime organisé sans une persécution judiciaire, policière et militaire persistante et systématique est impossible. Un équilibre entre la fermeté et la négociation est donc essentiel. De plus, face aux tentatives des organisations criminelles d’exercer une gouvernance criminelle en contrôlant le territoire, en imposant des règles de conduite et en corrompant les autorités locales, l’État doit non seulement être présent par la force publique, mais également exercer un contrôle global qui améliore la vie des communautés vulnérables.
Le principal défi actuel de la Colombie est de démanteler le « Clan du Golfe », décrit comme le principal allié du CJNG dans la région. La mort d’« El Mencho » soulève des questions sur l’impact sur le marché de la drogue en Colombie et sur les relations du « Clan du Golfe », actuellement en négociations avec le gouvernement colombien.
L’opération réussie des autorités mexicaines avec la mort d’« El Mencho » offre une opportunité en or à l’État de droit de consolider sa présence dans les territoires influencés par le CJNG et de profiter de l’incertitude et du vide du pouvoir pour frapper tous les maillons de cette structure de trafic de drogue.
Les défis sont immenses, non seulement pour le Mexique, mais pour toute l’Amérique latine, gravement touchée par la transnationalité de la criminalité et la montée de la violence. Il est donc essentiel de renforcer la coopération mondiale, de partager des informations en temps réel et de surmonter les obstacles idéologiques qui entravent les politiques de sécurité publique.
Il est plus que jamais nécessaire de dépasser les visions antagonistes et de former un front commun latino-américain, fondé sur le principe que la sécurité est un bien public et un droit citoyen essentiel au renforcement de la démocratie et de la prospérité.
Lutter contre les structures du crime organisé n’est plus seulement une priorité pour démanteler les cartels de la drogue, mais une nécessité urgente pour protéger la gouvernance démocratique.