Publié le 11 février 2026 à 19h57. L’écrivain néerlandais Cees Nooteboom, connu pour ses romans de voyage et son style contemplatif, est décédé à l’âge de 92 ans, laissant derrière lui une œuvre riche et une certaine amertume quant à sa reconnaissance dans son propre pays.
- Cees Nooteboom est décédé à l’âge de 92 ans, après une longue carrière littéraire.
- Bien que moins célébré aux Pays-Bas que des auteurs comme Hermans, Mulisch et Reve, il était très apprécié à l’étranger et régulièrement pressenti pour le prix Nobel de littérature.
- Son œuvre est marquée par un sentiment d’errance et une fascination pour l’Espagne, où il passait chaque été depuis 1965.
Cees Nooteboom avait anticipé sa propre disparition, déclarant en 2023 qu’il ne souhaitait qu’un seul vers de poésie soit retenu de son œuvre. Il s’est éteint après une vie passée à voyager et à observer le monde, laissant derrière lui une œuvre vaste et variée, allant des récits de voyage aux romans en passant par la poésie.
En 2023, il venait de publier un recueil de poèmes couvrant les années 1955 à 2022, un ouvrage de 656 pages. Mais il estimait que si un de ses vers devait survivre, il proviendrait probablement de son roman le plus célèbre, Rituels (1980) : « La mémoire est comme un chien qui se couche où il veut ».
Nooteboom n’a jamais vraiment trouvé sa place aux Pays-Bas, se considérant comme un écrivain européen. Il vivait à Amsterdam, Berlin et Hofgut Missen, près du lac de Constance, mais c’est en Espagne, et plus particulièrement à Minorque, qu’il passait chaque été depuis 1965. Cette quête d’un ailleurs, il l’attribuait à l’attentat du Bezuidenhout à La Haye en 1945, qui avait coûté la vie à son père. « C’est de ta faute si je dois continuer à courir à travers le monde comme un fou, tu as semé en moi les graines de ce malaise », écrivait-il.
Jeune homme turbulent, il fut expulsé de quatre écoles et de son internat, avant d’être chassé de chez lui par son beau-père à l’âge de 17 ans. Il tenta une carrière dans la banque, mais l’abandonna rapidement pour un voyage en Suède et en Provence, où il commença à écrire son premier roman, Philippe et les autres.
Ce roman, une histoire d’amour et d’errance à travers l’Europe, connut un succès immédiat en 1954, tout comme son premier recueil de poèmes, Les morts cherchent une maison. Dès lors, la mort devint une préoccupation constante dans son œuvre.
Nooteboom était un témoin privilégié des événements du XXe siècle. Il assista au soulèvement hongrois en 1956, rencontra Che Guevara en Bolivie, participa aux événements de mai 68 à Paris et fut présent lors de la chute du mur de Berlin en 1989. En 1975, il observa la construction des tours jumelles à New York, pressentant qu’elles ne seraient pas éternelles : « quelque chose qui ne pourra jamais durer et qui s’effondrera un jour dans un soupir ».
Son amour pour l’Espagne remonte à 1954, lorsqu’il y arriva en mobylette. Il considérait ce pays comme sa seconde patrie, affirmant qu’une année sans l’Espagne était une année perdue. Il y écrivit notamment Le détour par Santiago (1992), un récit de voyage sur le célèbre pèlerinage.
Sa vie amoureuse fut également marquée par l’agitation, notamment sa relation de quatorze ans avec Liesbeth List dans les années 1960 et 1970. La chanteuse se plaignait de son attitude paternaliste et de son manque de reconnaissance pour son talent.
Le succès revint avec Rituels en 1980, un roman complexe et déroutant qui raconte l’histoire d’un homme et de son fils, deux êtres solitaires qui ne se sont jamais connus. L’œuvre fut saluée par la critique et rencontra un large public.
« Que vous, les Hollandais, avez un tel écrivain ! »
Marcel Reich-Ranicki, critique littéraire
En 1991, il publia La prochaine histoire, un roman qui connut un succès retentissant en Allemagne, après avoir été présenté dans une émission de télévision populaire. Le critique littéraire Marcel Reich-Ranicki, s’exclama alors : « Que vous, les Hollandais, avez un tel écrivain ! »
Ce fut le point de départ d’une reconnaissance internationale pour Nooteboom. La prochaine histoire fut traduit en vingt langues et connut de nombreuses rééditions.
Cette reconnaissance internationale, paradoxalement, nourrissait une certaine amertume chez Nooteboom, même s’il avait reçu le prix PC Hooft aux Pays-Bas en 2004 et le prix de littérature néerlandaise en 2009. Il se demandait pourquoi il n’était pas davantage apprécié dans son propre pays.
« Pourquoi si insatisfait ? », lui demanda-t-on un jour. Il était riche, célèbre et ses livres étaient acclamés en Allemagne, en Italie, en Espagne et dans de nombreux autres pays européens. « Tout », répondit-il. « Je suis et je resterai un écrivain néerlandais qui souhaite également être apprécié et respecté dans sa propre région linguistique. »
Ces dernières années, Nooteboom s’était retiré de la vie publique. En 2025, l’écrivain Thomas Heerma van Voss parvint à l’interviewer à Minorque, après cinq jours d’attente. Nooteboom, en fauteuil roulant et souffrant de la maladie de Parkinson, avait des difficultés à se souvenir et à répondre aux questions.
Il savait que la fin était proche. « Je sais que c’est bientôt mon tour », dit-il. « Il arrive un moment où vous dites, ça y est, et alors vous avez un peu de paix avec ça, oui ou non. Je pense que j’ai ça. Je suis dans une bonne place ici, dans cet endroit fantastique. Je veux que vous notiez plus tard que je suis dans une bonne place ici, parce que c’est vraiment vrai. »