Publié le 26 juin 2025. L’Armée de Libération Nationale (ELN) a franchi un nouveau cap dans sa stratégie de guerre irrégulière en adoptant l’usage de drones kamikazes. Ces appareils, chargés d’explosifs, sont utilisés pour attaquer aussi bien les forces armées colombiennes que les groupes rivaux. La formation de ces « pilotes » se déroulerait sur le territoire vénézuélien, selon des renseignements militaires colombiens.
- L’ELN forme des combattants au maniement et à la modification de drones commerciaux pour y fixer des explosifs.
- Ces formations auraient lieu dans l’État vénézuélien du Zulia, sous la supervision de commandants historiques de la guérilla.
- Entre 2024 et 2025, au moins 270 victimes ont été recensées suite à des attaques de drones en Colombie.
L’Armée de Libération Nationale (ELN), guérilla colombienne, opère désormais une montée en gamme technologique dans sa lutte asymétrique. Finies les embuscades rudimentaires ou les attaques à l’explosif conventionnel ; le groupe a intégré des drones modifiés pour transporter des charges explosives dans son arsenal. Ces engins volants représentent une nouvelle menace, capable d’atteindre des cibles sans nécessité de proximité physique, comme l’indiquent des rapports de renseignement militaire colombien relayés par le magazine Semana.
Selon ces informations, l’entraînement des opérateurs de ces drones se déroule sur le territoire vénézuélien. Des centres de formation auraient été établis dans des zones rurales de l’État du Zulia. L’objectif est de former des combattants au pilotage, à la modification des drones commerciaux pour y fixer des explosifs, ainsi qu’à leur utilisation offensive. Les instructeurs seraient des membres expérimentés de l’ELN, forts d’une longue carrière dans le maniement des explosifs et des communications.
« Ce sont pratiquement des académies d’insurrection. Ils ont des instructeurs expérimentés dans les explosifs et les communications qui enseignent comment modifier les drones commerciaux pour charger des explosifs et attaquer les dissidents ou nos troupes sur le territoire »
Source du renseignement militaire colombien, citée par Semana
Au cœur de ce dispositif de formation se trouverait un commandant de l’ELN connu sous le nom d’« alias Julián », identifié également comme Manuel Guevara et Parménio. Cet individu, présent dans les rangs de la guérilla depuis plus de trente ans, dirigerait ces centres d’instruction dans l’État du Zulia, près de la frontière avec la Colombie. De là, il coordonnerait non seulement la formation des pilotes, mais aussi la logistique des attaques et le recrutement de nouveaux membres, y compris des mineurs.
« Alias Julián est le principal leader du front Juan Fernando Porras Martínez et chargé de l’entraînement avec des drones. Il dirige la préparation des pilotes sur le territoire vénézuélien et les déploie ensuite à Catatumbo »
Officier de l’armée colombienne, cité par Semana
Le deuxième personnage clé dans cette organisation serait « alias Caballo de Guerra », alias Diego Fernando Coronel. Il serait responsable de la direction des opérations de drones dans des zones rurales du Nord de Santander. Coronel ferait également l’objet d’enquêtes pour son implication dans l’installation de champs de mines et des embuscades menées contre l’armée.
Un troisième commandant, « alias Chucky », jouerait également un rôle prépondérant. Opérant dans plusieurs municipalités du nord-est de la Colombie, il serait impliqué dans des embuscades, des tirs de précision et le placement de mines antipersonnel. Son action contribuerait à exacerber la situation sécuritaire dans la région, marquée par des affrontements avec des dissidents des FARC et le Clan del Golfo.
« Ces trois dirigeants sont les plus dangereux et les plus respectés au sein de l’ELN. De nombreux jeunes recrutés cherchent à apprendre à manier les drones, attirés par la technologie. Mais tout cela est compliqué car, même si depuis la Colombie nous exerçons le contrôle, il n’en va pas de même depuis le Venezuela »
Officier militaire consulté par Semana
La formation dispensée dans les zones reculées de l’État du Zulia aborde divers aspects techniques, allant du pilotage aux systèmes de guidage, en passant par le camouflage électronique et l’adaptation des charges explosives. Ces cours sont décrits par les chercheurs militaires comme relevant d’une véritable « université du mal ».
« C’est comme si c’était une université du mal »
Chercheur militaire
Les drones employés par l’ELN sont majoritairement des modèles commerciaux, d’un coût relativement faible, estimé à moins d’un million de pesos colombiens (environ 250 dollars américains). Leur acquisition serait facilitée par la contrebande, notamment depuis le Brésil. Cette technologie permet aux groupes armés de mener des attaques sans s’exposer directement.
« Ils ont découvert qu’un drone peut coûter moins d’un million de pesos et causer des dégâts équivalents à ceux d’un mortier ou d’une grenade lancée depuis les airs. Ils n’ont plus besoin de se rapprocher, l’ennemi peut être dans le ciel »
Source du renseignement
Les fronts Juan Fernando Porras Martínez, Caribe et Camilo Torres sont actuellement considérés comme les plus actifs et les plus meurtriers dans l’utilisation de cette technologie. Outre leur fonction offensive, les drones sont également employés pour des missions de surveillance et de reconnaissance. L’armée colombienne estime que ces attaques ont fait au moins 270 victimes entre 2024 et 2025, incluant des militaires, des policiers et des civils, parmi lesquels un mineur décédé. Au total, 812 engins explosifs auraient été lancés depuis des drones durant cette période, soit une attaque toutes les un jour, 12 heures et 37 minutes.
L’usage de drones armés pose un défi sécuritaire majeur pour la Colombie. Les experts soulignent que cette évolution technologique témoigne d’une consolidation de l’ELN dans les zones frontalières, bénéficiant d’une certaine tolérance de la part des autorités vénézuéliennes. Pendant que l’armée colombienne s’efforce de neutraliser ces menaces sur son territoire, la guérilla opérerait sans entrave depuis le pays voisin.