Publié le 2025-10-25 17:37:00. Des chercheurs britanniques ont réussi à concevoir des porcs génétiquement résistants au virus de la peste porcine classique, une maladie dévastatrice pour l’élevage. Cette avancée, issue des travaux de l’Institut Roslin, pourrait révolutionner la lutte contre les épidémies dans le secteur animal.
- La peste porcine classique, autrefois une menace majeure, cause des pertes économiques considérables et des abattages massifs.
- L’édition génétique du gène DNAJC14 rend les porcs incapables d’être infectés et de propager le virus.
- Cette méthode offre une protection complète sans altérer le développement ou la fertilité des animaux, et pourrait s’étendre à d’autres espèces.
Pendant des décennies, la peste porcine classique a représenté un fléau pour l’industrie porcine. Hautement contagieuse et souvent mortelle, cette maladie virale a décimé des élevages entiers, entraînant des pertes économiques colossales et la mort de milliers d’animaux. Au Royaume-Uni seulement, des épidémies passées ont conduit à l’abattage d’environ 75 000 porcs. La maladie reste endémique dans de nombreuses régions d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Europe, où sa gestion repose sur des campagnes de vaccination coûteuses et des restrictions commerciales.
Des scientifiques de l’Institut Roslin d’Édimbourg, déjà célèbres pour le clonage de la brebis Dolly en 1996, ont franchi une étape décisive en développant des porcs génétiquement modifiés, rendus résistants au virus responsable de la peste porcine classique. Leurs recherches, publiées dans la revue Cell, mettent en lumière le potentiel croissant de l’édition génétique pour améliorer la santé animale et favoriser une agriculture durable.
Le procédé repose sur une modification ciblée du gène DNAJC14. Ce gène produit une protéine essentielle à la réplication des pestivirus, la famille de virus à laquelle appartient le pathogène de la peste porcine classique. Des expériences antérieures avaient déjà démontré qu’une légère altération de ce gène suffisait à empêcher le virus de se multiplier dans des cultures cellulaires. Les chercheurs ont ainsi appliqué cette modification à des embryons de porc, avant de les implanter chez des mères porteuses. Les porcelets issus de ces gestations ont ensuite été exposés au virus dans des conditions contrôlées et sécurisées au sein des installations de l’Agence britannique de santé animale et végétale (APHA).
Les résultats sont probants : les porcs génétiquement modifiés sont restés en parfaite santé, sans manifester le moindre signe d’infection, ni subir d’effets secondaires sur leur santé ou leur fertilité. En contraste, les porcs témoins, non modifiés, ont développé les symptômes caractéristiques de la maladie, tels que fièvre, lésions cutanées, convulsions et diarrhée. De plus, les animaux résistants se sont révélés incapables de transmettre le virus à d’autres, offrant une protection totale.
« La peste porcine classique est une maladie dévastatrice pour le bétail et les agriculteurs, comme nous l’avons constaté lors de l’épidémie au Royaume-Uni il y a 25 ans », a expliqué Hélène Crooke, directrice adjointe de la virologie des mammifères à l’APHA. « Nous espérons que cette avancée contribuera à renforcer la résilience du secteur de l’élevage face à la maladie. »
Cette percée scientifique ouvre la voie à un nouveau paradigme dans la prévention des maladies chez les animaux d’élevage. L’édition génétique pourrait compléter les stratégies existantes, telles que la vaccination et les mesures de biosécurité, afin de réduire l’impact des épidémies mondiales. Le gène DNAJC14 étant également impliqué dans la réplication de pestivirus affectant d’autres espèces, comme les bovins et les ovins, la technique pourrait potentiellement être étendue à ces animaux, renforçant ainsi la biosécurité à l’échelle mondiale.
« À mon avis, il existe un impératif moral : si nous pouvons créer des animaux résistants aux maladies, nous devrions le faire », a affirmé le Dr Christine Tait-Burkard, responsable d’un groupe de recherche à l’Institut Roslin. Elle a souligné que la recherche « nécessite l’infrastructure adéquate pour élever, surveiller et tester en toute sécurité le bétail génétiquement modifié », une capacité rendue possible par le Centre de recherche et d’imagerie des grands animaux de l’Institut, en collaboration avec l’APHA.
Ce travail, soutenu financièrement par le Conseil de recherche en biotechnologie et sciences biologiques du Royaume-Uni et l’Université d’Édimbourg, s’inscrit dans un contexte d’évolution des politiques relatives à l’édition génétique dans l’agriculture. Des pays comme les États-Unis, le Japon et le Brésil ont déjà approuvé la modification génétique du bétail à des fins commerciales, tandis que le Royaume-Uni, avec sa récente Loi sur l’élevage de précision, s’ouvre à ces innovations.
La nouvelle technologie développée par l’Institut Roslin est particulièrement prometteuse car elle vise à prévenir l’infection à la source. Contrairement aux vaccins qui stimulent la réponse immunitaire, l’édition génétique bloque le mécanisme même d’entrée et de réplication du virus dans l’organisme de l’animal. Cela garantit non seulement la santé des porcs, mais empêche également la propagation de la maladie, un avantage considérable par rapport aux méthodes actuelles.
Bien que des études réglementaires, éthiques et environnementales soient encore nécessaires avant une mise en production à grande échelle, cette avancée laisse entrevoir un avenir où les foyers épidémiques chez le bétail pourront être gérés de manière plus efficace, réduisant la dépendance aux vaccins et aux abattages massifs.
« Nos travaux démontrent que l’édition génétique peut être utilisée de manière sûre et éthique pour protéger les animaux et garantir la sécurité alimentaire », a déclaré le Dr Simon Lillico, chercheur à l’Institut Roslin et co-auteur principal de l’étude. « Des recherches comme celle-ci contribuent à la création d’animaux en meilleure santé et à la réduction des pertes pour les agriculteurs des zones touchées par la peste porcine. C’est une avancée majeure dans l’utilisation de l’innovation basée sur la génomique pour accroître la résilience des populations de bétail face aux maladies. »