L’OTAN et les États-Unis relancent la course aux armements sur fond de tensions mondiales
Dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu, l’Alliance atlantique et les États-Unis s’engagent dans une nouvelle ère d’investissements massifs dans la défense, rappelant les stratégies d’antan. Un virage stratégique motivé par une recrudescence des conflits à l’échelle planétaire et par la volonté affichée de maintenir une supériorité militaire.
Un engagement financier sans précédent pour l’OTAN
Lors du récent sommet de l’OTAN à La Haye, les 32 pays membres ont convenu d’une augmentation significative de leurs dépenses de défense. L’objectif : atteindre 5 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici 2035, avec un minimum garanti de 3,5 % pour les « besoins militaires de base ». Cette décision marque un doublement de l’objectif précédent fixé à 2 % en 2014.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a explicitement attribué cette impulsion à l’ancien président américain Donald Trump, affirmant que cet engagement n’aurait pas vu le jour sans son intervention. Donald Trump, reprenant l’esprit de la doctrine « la paix par la force » popularisée par Ronald Reagan, a souligné l’importance d’investir dans du « matériel militaire très sérieux », en espérant qu’il soit fabriqué aux États-Unis.
Cette résurgence de la pensée stratégique de Ronald Reagan, qui avait déjà lancé une expansion militaire sans précédent visant à mettre sous pression l’Union soviétique, se matérialise aujourd’hui. Dans les années 1980, l’administration Reagan avait doublé le budget militaire américain, passant de moins de 150 milliards de dollars en 1980 à plus de 300 milliards en 1985, investissant massivement dans des programmes tels que les bombardiers B-1, les missiles MX, et l’Initiative de défense stratégique (IDS), surnommée « Star Wars ». L’histoire a montré que cette stratégie, axée sur la force et l’innovation, avait finalement permis aux États-Unis de surpasser leur rival soviétique.
Un monde de plus en plus instable
Cette nouvelle vague de dépenses militaires n’est pas le fruit du hasard. Le monde connaît une augmentation alarmante du nombre de conflits. Selon l’indice mondial de la paix 2025, 59 conflits actifs basés sur l’État sont recensés à travers le globe, un chiffre inédit depuis la Seconde Guerre mondiale.
La Russie, classée comme le pays le moins pacifique, continue de représenter une menace militaire active, sa guerre en Ukraine entrant dans sa troisième année sans perspective de résolution rapide. Parallèlement, la Chine poursuit une « expansion militaire massive », notamment en ce qui concerne les systèmes de missiles avancés et le développement de sa marine en mer de Chine méridionale. Au Moyen-Orient, les récentes attaques de missiles de l’Iran contre la base aérienne d’Al Udeid au Qatar, en réponse à des frappes américaines, ont accru les tensions régionales.
Les alliés de l’OTAN anticipent la relance
Certains membres de l’OTAN ne souhaitent pas attendre 2035 pour renforcer leur appareil de défense. La Pologne, déjà en tête, consacre plus de 4 % de son PIB à la défense. L’Allemagne s’est engagée à atteindre 3,5 % d’ici 2029, allant jusqu’à modifier sa constitution pour y parvenir. Le Royaume-Uni a récemment commandé une douzaine de chasseurs F-35A à capacité nucléaire, marquant la plus importante modernisation de sa dissuasion nucléaire depuis la Guerre froide.
Aux États-Unis, le président Donald Trump a proposé un budget de défense de 893 milliards de dollars pour 2026, privilégiant les drones et les missiles intelligents au détriment de certains programmes plus anciens, tels que les navires de guerre et les avions de chasse. Cette stratégie semble s’inspirer des succès récents de l’Ukraine grâce à l’utilisation de drones sur le champ de bataille.
La défense, une « industrie de croissance dynamique » ?
Longtemps perçue comme un secteur stable et peu risqué, soutenu par des contrats gouvernementaux, la défense pourrait bien entrer dans une nouvelle ère. Des analystes estiment que nous sommes au début d’un cycle où la défense devient une « industrie de croissance dynamique ». La course aux armements actuelle ne se limite plus aux chars et aux avions, mais englobe désormais l’intelligence artificielle, la cybersécurité, l’espace et les missiles de nouvelle génération.
Les budgets de défense américains se maintiennent à des niveaux records, tandis que les dépenses européennes ont connu une augmentation de 17 % en glissement annuel en 2024 pour atteindre 693 milliards de dollars, avant même que le nouvel objectif de 5 % de l’OTAN ne soit pleinement atteint. Cependant, selon le Kiel Institute, l’Europe reste trop dépendante de la production et du matériel américains.
Cette dynamique ouvre des opportunités. Les entreprises américaines spécialisées dans les drones, les systèmes de missiles, la cybersécurité et les technologies spatiales sont les mieux placées pour bénéficier de ce cycle de réarmement à long terme. Pour les investisseurs, cela pourrait marquer le début d’une tendance structurelle durable.