Publié le 2025-10-11 14:10:00. Des révélations d’une enquête journalistique internationale mettent en lumière le système de rémunération des dirigeants de Merkur, une chaîne de salles de jeux, qui semble encourager les pertes des joueurs. Cette structure de bonus, critiquée comme moralement répréhensible, privilégierait le bénéfice sur la protection des clients vulnérables.
- Les dirigeants de Merkur peuvent toucher jusqu’à 80 % de leur salaire annuel via des bonus basés en grande partie sur le « bénéfice contrôlable », qui provient des pertes des joueurs.
- La politique de rémunération récompense également la réduction des dépenses, comme les salaires du personnel ou les offres promotionnelles destinées à prolonger la durée du jeu des clients.
- Des critiques, dont d’anciens employés et des personnalités politiques, estiment que ce système incite à ignorer les comportements de jeu problématiques.
Selon les informations collectées par le journal britannique The Guardian et relayées par d’autres médias, le mode de calcul des primes accordées aux cadres de Merkur met l’accent sur le « bénéfice contrôlable ». Or, ce dernier est directement lié aux sommes perdues par les clients dans les jeux d’argent. La structure des bonus incite également à limiter les coûts opérationnels, tels que les salaires des employés, et à offrir des avantages, comme des boissons gratuites ou des « cadeaux » en espèces, dans le but d’encourager les clients à jouer plus longtemps.
Merkur assure pourtant que son système intègre des dispositifs visant à promouvoir le jeu responsable, tels que des formations et des audits obligatoires. Cependant, les détracteurs soutiennent que ces mesures ne parviennent pas à contrebalancer l’incitation principale à maximiser les revenus issus des pertes, même lorsqu’elles proviennent de joueurs en difficulté.
Si le client perd, les profits augmentent.
Ancien employé
Jackie Olden, dont la mère aurait perdu « des milliers de livres » dans une succursale Merkur à Stockport alors qu’elle était en phase terminale de maladie, a qualifié ce système de « gifle ». Malgré une amende de près de 100 000 livres sterling (environ 115 000 euros) infligée à l’entreprise pour des manquements en matière de responsabilité sociale plus tôt cette année, elle estime que Merkur n’a rien changé.
Une approche jugée moralement douteuse
Des élus de différents bords politiques, tels que Iain Duncan Smith et Dawn Butler, dénoncent une pratique moralement inacceptable. Ils s’inquiètent que le personnel, souvent peu rémunéré, soit ainsi poussé à ne pas intervenir auprès de clients manifestant des signes de vulnérabilité. La Commission britannique des jeux de hasard avait déjà interdit ce type de bonus pour le personnel s’occupant des clients VIP, mais cette réglementation ne s’applique pas aux pratiques au sein des établissements de jeux physiques. D’anciens employés confirment que la conception des primes décourage activement l’intervention auprès des joueurs en grande perte financière, résumant la logique à : « Si le client perd, les profits augmentent ».
Admiral Slots, un autre acteur majeur du secteur, mentionne dans ses rapports annuels l’existence de primes de performance dans la rémunération de ses salariés, sans toutefois fournir davantage de précisions.
Le secteur des jeux d’argent, dont les établissements sont souvent implantés dans des zones économiquement défavorisées, continue de prospérer. L’appel à un encadrement réglementaire plus strict se fait de plus en plus pressant, d’autant que la recherche du profit semble parfois primer sur la protection des personnes les plus exposées.
Sources : Commission des jeux de hasard du Royaume-Uni – The Guardian