Publié le 14 février 2024 10:35:00. L’essor d’une nouvelle génération de cinéastes capables de rivaliser avec les légendes d’Hollywood des années 70 est-il possible, ou assistons-nous à une érosion du talent créatif au profit des franchises commerciales ? Une réflexion sur l’avenir du cinéma américain.
- Un article du Hollywood Reporter s’interroge sur l’absence de figures marquantes capables de renouveler le cinéma comme l’ont fait Coppola, Lucas et Spielberg.
- L’auteur conteste l’idée que les années 1970 représentent le dernier âge d’or du cinéma américain, soulignant l’émergence d’une vague de talents dans les années 1990.
- La dépendance croissante des studios à l’égard des propriétés intellectuelles établies et le manque de prise de risque créative sont pointés du doigt comme des obstacles à l’éclosion de nouveaux talents.
L’avenir du cinéma américain est au cœur d’un débat ravivé par un article récent du Hollywood Reporter. Paul Fischer y questionne l’émergence d’un cinéaste capable de révolutionner le septième art à la manière de Francis Ford Coppola, George Lucas et Steven Spielberg dans les années 1970. Une décennie qu’il considère comme le dernier véritable âge d’or du cinéma.
Fischer établit un parallèle entre le climat des années 1970 – marqué par des tensions géopolitiques et des scandales politiques – et la situation actuelle, suggérant que ces conditions pourraient favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes iconoclastes. Il évoque notamment Sean Baker et Ryan Coogler comme des noms prometteurs.
« Les années 1970 constituent l’âge d’or du cinéma américain. La plupart des cinéphiles connaissent un récit convenu sur la façon dont la décennie s’est déroulée : une nouvelle jeune génération de cinéastes […] arrive sur la scène, dépassant l’ancien système de studio croustillant. »
Paul Fischer, auteur de l’article dans le Hollywood Reporter
Cependant, cette vision est contestée par l’auteur de l’analyse, qui estime que les années 1990 ont également été une période fertile pour le cinéma indépendant américain. Il cite une pléiade de réalisateurs talentueux tels que Quentin Tarantino, Paul Thomas Anderson, David Fincher, Todd Haynes, Richard Linklater, Darren Aronofsky, Spike Jonze, Steven Soderbergh, Alexander Payne, Kelly Reichardt, David O. Russell, pour ne citer qu’eux.
Richard Linklater, dans une interview accordée au Hollywood Reporter, a d’ailleurs évoqué cette période comme « la dernière grande époque du cinéma ». Il déplore que l’essor des algorithmes et des plateformes de streaming ait mis en péril la prise de risque créative et l’émergence de nouvelles voix.
« On a l’impression que c’est parti avec le vent – ou avec l’algorithme. Parfois, je parle à certains de mes contemporains que j’ai rencontrés dans les années 1990, et nous disons : « Oh mon Dieu, nous ne pourrons jamais faire cela aujourd’hui. » »
Richard Linklater, réalisateur
L’argument principal de Fischer, selon lequel nous pourrions être au seuil d’un nouvel âge d’or, est remis en question par le manque de talents cultivés au sein du système hollywoodien actuel. La réticence des studios à investir dans des narrations originales et leur préférence pour les propriétés intellectuelles existantes sont pointées du doigt comme des facteurs déterminants.
La question se pose alors : quel cinéaste américain, ayant débuté depuis 2006, pourrait réellement influencer le cinéma dans les années à venir ? Si des réalisateurs tels que Steve McQueen, Yorgos Lanthimos et Céline Sciamma se distinguent, l’auteur se concentre sur la recherche de talents américains prometteurs. Sean Baker, Damien Chazelle, Bennett Miller, Josh Safdie, Robert Eggers, Brady Corbet, Zach Cregger, Jeff Nichols, Jordan Peele, Barry Jenkins, Sean Durkin, Ari Aster, Jeremy Saulnier, David Lowery, S. Craig Zahler, Trey Edward Shults, Greta Gerwig et David Robert Mitchell sont autant de noms cités.
Un cas particulier est celui de Shane Carruth, réalisateur de « Primer » (2004) et « Upstream Color » (2013), dont la carrière a été interrompue par des controverses personnelles. Son exemple illustre la fragilité du parcours d’un cinéaste indépendant.
Le manque de nouveaux talents émergeant du système de studio américain est préoccupant, surtout en comparaison avec la richesse créative des années 1970 et 1990. Les cinéastes prometteurs sont souvent rapidement absorbés par la machine des franchises commerciales, comme le montrent les trajectoires de Ryan Coogler, Destin Daniel Cretton et Jon Watts. Les studios, à la recherche du prochain succès garanti, sillonnent chaque année le festival de Sundance à la recherche de réalisateurs prêts à céder leur vision artistique en échange de financements importants.
L’avenir du cinéma américain s’annonce donc incertain, mais pas désespéré. Plusieurs cinéastes continuent de construire des filmographies impressionnantes, luttant pour préserver leur liberté créative et obtenir les ressources nécessaires pour réaliser leurs projets. La question de savoir si cette lutte pourra mener à un nouvel âge d’or reste ouverte.