Publié le 17 février 2026. Malgré les tensions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient, les marchés pétroliers ne réagissent pas de manière aussi vive qu’auparavant, une situation qui pourrait s’avérer illusoire face à l’imprévisibilité des événements.
- La menace d’une escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran a récemment fait grimper les prix du pétrole, le Brent brut dépassant les 67 $ le baril (environ 62 €) et le WTI atteignant plus de 62 $ (environ 57 €).
- Rystad Energy a identifié cinq scénarios possibles concernant les relations américano-iraniennes, allant de négociations fructueuses à une guerre ouverte, la plupart étant considérés comme haussiers pour les prix du pétrole.
- Bien que certains experts prévoient une hausse limitée des prix, même en cas de conflit majeur, d’autres soulignent que la fermeture du détroit d’Ormuz pourrait entraîner une augmentation significative, potentiellement de 80 %, bien que l’impact réel soit atténué par l’efficacité énergétique accrue.
Pendant des décennies, les prix du pétrole ont été sensibles aux tensions au Moyen-Orient. L’arrivée du pétrole de schiste américain a pourtant modifié la donne, laissant penser que les perturbations de l’approvisionnement, comme un blocus du détroit d’Ormuz, auraient un impact limité. Cette perception est toutefois remise en question par les analystes, qui soulignent la persistance de risques géopolitiques.
Le récent regain de tension entre les États-Unis et l’Iran a illustré cette volatilité. Si les sanctions imposées au Venezuela n’ont pas eu d’effet durable sur les prix, la perspective d’un conflit avec l’Iran a immédiatement fait flamber les cours. Selon OilPrice.com, le Brent brut a dépassé les 67 $ le baril et le WTI a atteint plus de 62 $.
Le cabinet de conseil Rystad Energy a élaboré cinq scénarios possibles pour l’avenir des relations américano-iraniennes. Le scénario le plus optimiste prévoit des négociations aboutissant à un nouvel accord nucléaire, ce qui entraînerait une augmentation de la production pétrolière iranienne et une pression à la baisse sur les prix. Cependant, les quatre autres scénarios, plus pessimistes, envisagent des frappes militaires américaines, la mort du guide suprême iranien et des troubles civils, autant de facteurs susceptibles de faire grimper les prix.
Malgré ces scénarios potentiellement inquiétants, Rystad Energy ne prévoit pas de flambée spectaculaire des prix du pétrole. Dans le pire des cas, une hausse de 10 à 15 $ le baril est envisagée, en raison des perturbations de la production iranienne. Certains experts estiment toutefois que l’extension du conflit à d’autres pays du Moyen-Orient pourrait porter les prix au-delà de 100 $.
Une étude récente de Bloomberg, publiée le 10 février 2026, examine le scénario d’une fermeture temporaire du détroit d’Ormuz par l’Iran. Même brève, une telle interruption affecterait 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, ce qui pourrait entraîner une hausse des prix de l’ordre de 80 %, selon les données historiques. Cependant, les auteurs soulignent que la demande mondiale de pétrole a diminué ces dernières années, notamment grâce aux gains d’efficacité énergétique.
Ils notent que « la quantité de pétrole nécessaire pour produire une unité de PIB aux États-Unis a diminué d’environ un quart depuis 2011 ». Néanmoins, le pétrole brut reste la principale source d’énergie primaire au niveau mondial, et un choc des prix, même atténué, serait douloureux. Dina Esfandiary et Ziad Daoud écrivent : « L’inflation signifie qu’un pétrole à 100 dollars permet aujourd’hui d’acheter moins de biens et de services qu’il y a dix ou vingt ans ».
Malgré ces inquiétudes, le scénario le plus probable reste celui d’une résolution diplomatique. Reuters a rapporté le 15 février 2026 que l’Iran est ouvert à des concessions pour parvenir à un accord avec les États-Unis et obtenir la levée des sanctions, ce qui entraînerait probablement une augmentation de la production pétrolière iranienne.
Cependant, l’issue des négociations reste incertaine. La semaine dernière, les prix du pétrole ont augmenté suite à des informations faisant état d’un renforcement de la présence militaire américaine dans le golfe Persique, signalant une préparation à un conflit prolongé. Un tel conflit augmenterait considérablement le risque de ciblage des infrastructures pétrolières iraniennes et de perturbation de la production, actuellement estimée à environ 3,2 millions de barils par jour, ainsi que le risque d’impliquer d’autres pays producteurs de pétrole dans les combats.
Les événements récents suggèrent que les acteurs du Moyen-Orient sont conscients des conséquences d’une flambée des prix du pétrole. La Chine, principal importateur mondial de brut, se protège activement contre de tels chocs en constituant des stocks importants. Un choc géopolitique des prix serait donc douloureux, tant pour la Chine que pour le reste du monde.
Par Irina Slav pour Oilprice.com
Pour en savoir plus : Trump EPA Set to Scrap Landmark Emissions Policy