Publié le 9 février 2026 12:39:00. L’administration Trump suit de près l’évolution des investissements étrangers dans la dette américaine, notamment les bons du Trésor. Des informations récentes suggèrent que la Chine pourrait limiter ses achats, suscitant des interrogations sur la stabilité du dollar.
- La Chine aurait demandé à ses banques de réduire leurs avoirs en bons du Trésor américain, invoquant la volatilité des marchés.
- Bien que l’impact direct de cette décision soit limité, elle reflète une tendance plus large des pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) à diversifier leurs portefeuilles.
- Les experts nuancent l’idée d’une utilisation stratégique de ces avoirs pour exercer une pression politique sur les États-Unis.
Des sources anonymes citées par Bloomberg révèlent que les autorités de régulation chinoises ont conseillé aux institutions financières de limiter leurs investissements dans la dette américaine. Cette recommandation intervient dans un contexte de tensions commerciales et géopolitiques croissantes, et met en lumière les inquiétudes concernant la volatilité des marchés financiers.
Paul Donovan, d’UBS, tempère toutefois cette information. Il souligne que le rapport ne concerne pas les avoirs officiels de la Chine et que les banques chinoises ne sont pas les principaux acteurs du marché des bons du Trésor américain. Néanmoins, il reconnaît que cette attitude pourrait signaler un changement de stratégie de la part des investisseurs internationaux :
« L’idée que les investisseurs internationaux pourraient être moins enclins à acheter des bons du Trésor américain à l’avenir, sans pour autant se débarrasser de leurs avoirs existants, mérite l’attention des marchés. »
Paul Donovan, UBS
La Chine est le troisième détenteur de bons du Trésor américain, selon les données du Trésor américain.
Cette situation s’inscrit dans un mouvement plus large de diversification des actifs par les pays émergents, regroupés sous l’acronyme BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Chris Turner, responsable mondial des marchés chez ING, observe que la Chine et Hong Kong détenaient ensemble 938 milliards de dollars de bons du Trésor américain en novembre dernier. Il ajoute :
« Ces commentaires interviennent à un moment vulnérable pour le dollar, alors que le thème de la diversification du dollar est de plus en plus évoqué. »
Chris Turner, ING
Bien que la Chine ne puisse pas à elle seule déstabiliser le marché obligataire américain, elle est suivie par d’autres grands détenteurs de dette américaine. Le Japon détient près du double du montant de bons du Trésor que la Chine, et le Royaume-Uni en possède également pour 888 milliards de dollars.
Les données du Trésor américain pour novembre 2025 montrent une tendance à la baisse des avoirs de ces pays dans la dette américaine. Le Brésil a réduit ses avoirs de 229 milliards de dollars en novembre 2024 à 168 milliards de dollars un an plus tard. L’Inde a suivi une trajectoire similaire, passant de 234 milliards de dollars à 186,5 milliards de dollars sur la même période. La Chine a également connu une légère diminution, passant de 767 milliards de dollars en novembre 2024 à 888,5 milliards de dollars en novembre 2025, après un pic à plus de 900 milliards de dollars en août 2025.
Selon Turner, les pays BRIC « quittent tranquillement le marché du Trésor ». Il précise que la baisse des avoirs indiens pourrait être liée à des interventions sur le marché des changes pour soutenir la roupie, mais que des facteurs géopolitiques entrent également en jeu. Il nuance toutefois cette tendance en soulignant que le secteur privé reste disposé à acheter des bons du Trésor, et que sa prévision d’un dollar plus faible en 2026 repose sur une augmentation des ratios de couverture des actifs américains par les investisseurs étrangers, plutôt que sur une vente massive de ces actifs.
Certains experts, comme Innes McFee, PDG d’Oxford Economics, remettent en question l’idée que les pays étrangers utilisent leurs avoirs en actifs américains comme un levier politique. Il estime qu’il s’agit d’une interprétation simpliste :
« C’est une histoire commode qui s’aligne sur les récits politiques, mais la réalité est qu’il n’y a aucune preuve réelle de sorties de capitaux hors des actifs américains. Le reste du monde est extrêmement exposé aux actifs américains, et historiquement plus exposé qu’il ne l’a jamais été. »
Innes McFee, PDG d’Oxford Economics
Il ajoute que les investisseurs mondiaux ont plutôt tendance à se couvrir contre les risques liés à leurs investissements en actifs américains, sans pour autant les vendre.