Home Santé Les biomarqueurs ouvrent de nouvelles voies pour améliorer l’approche de l’arthrose, selon les experts

Les biomarqueurs ouvrent de nouvelles voies pour améliorer l’approche de l’arthrose, selon les experts

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Publié le 20 octobre 2025. Des avancées prometteuses dans la compréhension et le traitement de l’arthrose émergent grâce aux biomarqueurs, ouvrant la voie à une médecine de précision et à une prise en charge plus précoce. Des experts ont partagé ces perspectives lors d’une conférence à Madrid, à l’occasion de la Journée mondiale des maladies rhumatismales.

L’arthrose, loin d’être une simple maladie liée au vieillissement, est désormais envisagée sous un nouveau jour par la communauté scientifique. Elle est reconnue comme une pathologie inflammatoire complexe, impliquant des altérations moléculaires et métaboliques profondes au sein de l’articulation. Cette nouvelle conception, portée par des travaux récents et des conférences d’experts, vise à transformer radicalement son diagnostic et son traitement.

Lors d’une conférence organisée à la Faculté de médecine de l’Université Complutense de Madrid (UCM) par le Groupe des Bases Moléculaires et Cellulaires des Maladies Inflammatoires/Auto-immunes de l’UCM, en collaboration avec le Réseau des Maladies Inflammatoires (RICORS-REI), les spécialistes ont souligné l’urgence de passer d’une approche réactive à une stratégie prédictive et préventive.

« L’arthrose fait partie des dix maladies qui causent le plus de handicaps dans les pays développés. Nous l’associons traditionnellement à l’âge avancé, mais elle peut également toucher les jeunes et les sportifs », a rappelé Carmen Martínez, professeure à la Faculté de médecine de l’UCM et représentante du RICORS-REI, lors de l’ouverture de la session. Elle a insisté sur l’importance de la recherche collaborative et de la participation des patients, dont « la voix est fondamentale pour le progrès scientifique et la pratique clinique ».

L’arthrose : une maladie inflammatoire aux multiples visages

Le Dr Francisco J. Blanco, de l’Institut de recherche biomédicale de La Corogne (INIBIC), a plaidé pour un changement de paradigme : « Actuellement, diagnostiquer et traiter l’arthrose est de peu d’utilité. Nous devons prévoir et prévenir ». Il a mis en lumière le problème du diagnostic tardif, intervenant lorsque les dommages articulaires sont déjà considérables et la douleur installée. L’idéal serait, selon lui, de détecter la maladie à ses tout premiers stades, au niveau moléculaire, avant même l’apparition des symptômes.

« Le problème est qu’aujourd’hui, nous diagnostiquons tardivement, lorsque le cartilage et d’autres tissus de l’articulation sont déjà endommagés et que le patient souffre. L’idéal serait d’identifier la maladie dans sa phase précoce, lorsque des changements se produisent au niveau moléculaire mais qu’il n’y a toujours aucun symptôme. »

Francisco J. Blanco, Institut de recherche biomédicale de La Corogne (INIBIC)

Ce retard diagnostique impacte directement l’efficacité des essais cliniques. « De nombreux médicaments ont été testés mais il n’a pas été possible de démontrer qu’ils stoppaient la progression de l’arthrose, probablement parce que nous les testons chez des patients qui sont déjà en phase terminale, où inverser ou arrêter le processus est très compliqué », explique le Dr Blanco.

Cependant, une meilleure compréhension de la maladie au cours des trois dernières décennies, notamment en considérant l’articulation comme un organe dynamique et en développant des outils moléculaires sophistiqués, nourrit un optimisme prudent quant aux futures approches. Les recherches ont permis de réviser la définition de l’arthrose : elle n’est plus considérée comme purement dégénérative, mais comme une maladie inflammatoire, entraînant des modifications au niveau des tissus articulaires.

L’identification de différents phénotypes d’arthrose, liés à des causes et des profils de risque variés, ouvre la voie à la recherche de biomarqueurs. Ces indicateurs moléculaires, permettant de surveiller l’état de l’articulation, sont essentiels pour un diagnostic précoce et, surtout, pour une personnalisation des traitements.

« Grâce aux biomarqueurs, nous allons pouvoir appliquer la médecine de précision à l’arthrose. Du phénotype, il faut passer à l’endotype et au tératype : savoir comment chaque patient va répondre à chaque thérapie. »

Francisco J. Blanco

Le Dr Blanco explore plusieurs pistes, telles que le score de risque polygénique (PRS), les polymorphismes de l’ADN mitochondrial du cartilage, ou encore l’analyse de protéines associées à divers types d’arthrose. Il mentionne également l’importance de classer les patients selon leur réponse aux SYSADOA (médicaments à action lente destinés à améliorer la fonction articulaire), un domaine où le consensus n’est pas encore total, mais pour lesquels il défend leur utilité dans le contrôle de la douleur et annonce le développement d’un outil prédictif de réponse.

Vers de nouvelles stratégies thérapeutiques

Parallèlement aux avancées diagnostiques, la recherche s’oriente également vers des stratégies thérapeutiques innovantes pour les patients déjà atteints de la maladie. Raquel Largo, chercheuse à l’Institut de recherche en santé de la Fundación Jiménez Díaz (IIS-FJD), souligne la nécessité d’offrir un réel espoir aux personnes souffrant déjà des symptômes.

Elle prône une approche holistique, intégrant des facteurs de mode de vie : « Réduire le stress, améliorer l’alimentation, contrôler l’anxiété, bien dormir et perdre du poids sont des options évidentes pour ralentir la progression de la maladie ». L’arthrose est une pathologie complexe et multifactorielle, où les dimensions mécaniques, métaboliques, neurologiques et émotionnelles s’entremêlent. Le Dr Largo rappelle que si l’arthrose ne tue pas directement, ses conséquences peuvent être dévastatrices : limitation de la mobilité, isolement social, dépression et complications cardiovasculaires.

« Il existe plusieurs publications récentes, dont deux parues dans « Nature Reviews: Rheumatology », qui parlent de cette maladie comme d’une maladie du corps, et non du cartilage, comme on nous le dit classiquement, et au-delà de la maladie de l’organe dont parlait le Dr Blanco. L’arthrose est une maladie systémique, du patient dans son ensemble », conclut-elle.

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