Publié le 2025-11-08 16:28:00. Tandis que les gestes écologiques quotidiens sont bien ancrés, l’impact environnemental de notre dernier passage sur Terre est souvent négligé. En Irlande, face à l’engorgement des cimetières et aux contraintes des rites funéraires traditionnels, des alternatives plus durables émergent.
- Les enterrements traditionnels irlandais, impliquant des produits chimiques d’embaumement et des espaces de plus en plus rares et coûteux, posent un défi écologique et économique.
- La crémation, bien que populaire, génère d’importantes émissions de CO₂, contredisant l’idée reçue d’une option verte.
- Des solutions écologiques comme l’enterrement naturel, l’aquamation et le compostage humain gagnent du terrain, offrant des alternatives respectueuses de la planète.
Nous consacrons notre vie à des gestes écoresponsables : trier nos déchets, utiliser des sacs réutilisables, éteindre les lumières. Pourtant, peu d’entre nous songent à l’empreinte écologique de leur départ définitif. L’acte ultime de notre existence est-il réellement durable ? Il semblerait que la réponse soit, pour l’heure, loin d’être satisfaisante.
Traditionnellement, en Irlande, les rites funéraires s’articulaient autour de la veillée à domicile, d’une messe et de l’inhumation dans le cimetière local. Ces pratiques, réconfortantes par leur aspect communautaire et rituel, présentent néanmoins un bilan carbone non négligeable. L’utilisation de produits chimiques d’embaumement, souvent à base de formaldéhyde, et de cercueils en bois dur, couplée à l’entretien régulier des sépultures (tonte et fertilisation), engendre un impact environnemental significatif. Amplifié par le nombre annuel d’inhumations, ce dernier prend une tournure préoccupante.
Parallèlement, la problématique de l’espace dans les cimetières irlandais devient criante. Dublin est déjà confrontée à une pénurie de terrains de sépulture, et des situations similaires se profilent à Cork, Galway et Limerick. Cette rareté entraîne une flambée des prix, atteignant jusqu’à 10 000 € pour une concession dans certaines zones de la capitale. Un coût exorbitant et, surtout, une approche peu soutenable à long terme.
Face à ce constat, de plus en plus d’Irlandais se tournent vers la crémation. Si en 1980, moins de 5 % des funérailles optaient pour cette voie, ce chiffre s’élève aujourd’hui à environ 20 %, avec l’ouverture de nouveaux crématoriums à travers le pays. Néanmoins, malgré l’économie d’espace qu’elle permet, la crémation n’est pas l’alternative écologique que l’on imagine souvent. Chaque incinération libère entre 200 et 400 kg de CO₂, sans compter les émissions issues de la combustion des cercueils, des vernis et des éventuelles garnitures métalliques. Si des filtres peuvent capturer certains polluants, la chimie de base demeure : la combustion requiert un combustible fossile, synonyme d’émissions de carbone.
Alors, quelle est la voie la plus respectueuse de l’environnement pour notre dernier voyage ? Heureusement, une gamme croissante d’alternatives se développe pour permettre des départs plus doux pour la planète.
Enterrement naturel
L’enterrement naturel prône un retour à la terre le plus respectueux possible. Sans liquides d’embaumement, sans cercueil orné, sans pierre tombale polie. Le corps est enveloppé dans un linceul biodégradable ou placé dans un simple cercueil en osier ou en carton, puis inhumé dans une fosse peu profonde favorisant la décomposition naturelle. Les sites d’enterrement sont aménagés en prairies fleuries ou en forêts indigènes, stimulant la biodiversité locale. L’absence d’engins de tonte bruyants laisse place au lent processus organique de la vie.
L’Irlande compte déjà plusieurs cimetières naturels, tels que Woodbrook dans le comté de Wexford, Killarney Burial Ground dans le Kerry et Knockma Woodland Burials à Galway. Ces lieux remplacent les rangées de stèles par des prairies arborées ou des clairières forestières. Les tombes peuvent être discrètement signalées par de simples plaques en bois, des fleurs sauvages ou des coordonnées GPS. Un cadre paisible et vivant, propice à la visite et au souvenir.
Aquamation
Pour les amateurs de science « propre et intelligente », l’aquamation, également appelée résomation, offre une alternative. Cette technique utilise une solution alcaline chauffée pour accélérer la dégradation naturelle du corps, un processus similaire à la décomposition, mais réalisé en quelques heures au lieu de plusieurs années. Contrairement à la crémation par le feu, l’aquamation consomme une fraction de l’énergie, n’émet pas de CO₂ et ne génère pas de gaz nocifs. Le résidu est une poudre stérile, similaire aux cendres, qui peut être dispersée ou enterrée.
Déjà pratiquée au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie, et choisie par des personnalités comme l’archevêque Desmond Tutu, l’aquamation suscite un intérêt croissant en Irlande. Le centre de résomation Pure Reflections, ouvert en 2023, a déjà traité plus d’une centaine de funérailles lors de sa première année d’activité, et ce chiffre continue d’augmenter, selon Elizabeth Oakes, sa directrice.
Compostage humain
L’option la plus audacieuse est sans doute le compostage humain, légal dans plusieurs États américains. Ce procédé, techniquement appelé « réduction organique naturelle », transforme un corps en un sol riche et fertile. Le défunt est placé dans un contenant avec des copeaux de bois, de la luzerne et de la paille. Après environ six semaines, et grâce à une circulation d’air favorisant l’activité microbienne, on obtient près d’un mètre cube de compost pur et fertile.
Ce compost peut servir à nourrir des arbres ou à restaurer des terres dégradées. Il est carbone-négatif, totalement exempt de produits chimiques et d’une poésie certaine. Bien que non disponible en Irlande pour le moment, les mentalités évoluent. Ce qui était autrefois impensable, comme la crémation il y a quelques décennies, est aujourd’hui courant. Il n’est donc pas utopique d’imaginer qu’un jour, l’idée de « se composter » ne fasse plus sourciller.
Cercueils en mycélium
Pour un départ résolument écologique, l’Infinity Burial Suit, une combinaison biodégradable contenant des spores de champignons, vise à digérer le corps et neutraliser les toxines lors de la décomposition. Plus terre à terre, des innovateurs néerlandais ont développé des cercueils en mycélium, issus de champignons. Faciles à fabriquer en une semaine, ils se décomposent entièrement en 45 jours sous terre, enrichissant le sol environnant.
Quel bilan pour l’avenir ?
Si vous deviez nous quitter demain, l’option la plus durable actuellement disponible en Irlande serait l’enterrement naturel. Il s’agit d’une solution bas carbone, locale et empreinte d’une symbolique forte. À l’avenir, l’aquamation et le compostage humain pourraient prendre une place prépondérante, mais les infrastructures nécessaires font encore défaut.
En attendant, chaque geste compte. Choisir un cercueil biodégradable, renoncer à l’embaumement ou planter des arbres indigènes en mémoire plutôt que d’opter pour des pierres tombales en marbre sont autant de petites actions qui font la différence.
La mort est une étape inévitable. Cependant, l’empreinte que nous laissons derrière nous ne l’est pas nécessairement. Avec un peu d’anticipation, notre dernier acte sur Terre pourrait devenir un legs, un retour à la nature sous forme d’un arbre, d’une prairie, d’un refuge pour les pollinisateurs. Car, comme le dit le vieil adage, on ne peut rien emporter avec soi, mais on peut laisser un petit quelque chose pour la planète.