Publié le 11 février 2026 03:53:00. Des chercheurs ont identifié trois sous-types distincts de gliomes de haut grade chez les enfants et les jeunes adultes, ouvrant la voie à des traitements plus personnalisés et à l’espoir d’un vaccin ciblant ces tumeurs cérébrales agressives.
- Une nouvelle classification des gliomes déficients en réparation des mésappariements (priMMRD-HGG) permettra d’adapter les traitements, notamment l’immunothérapie.
- L’étude révèle que les mutations génétiques au sein de ces tumeurs ne sont pas aléatoires, offrant une cible potentielle pour le développement de vaccins.
- Trois sous-groupes de tumeurs (priMMRD-1, priMMRD-2 et priMMRD-3) ont été identifiés, chacun répondant différemment aux thérapies actuelles.
Les gliomes de haut grade représentent un défi majeur en oncologie pédiatrique et chez les jeunes adultes. Ces tumeurs cérébrales agressives sont souvent résistantes aux traitements conventionnels, tels que la chimiothérapie et la radiothérapie. Une proportion de ces gliomes est due à un déficit de réparation des mésappariements (MMRD), une anomalie génétique entraînant une accumulation rapide de mutations dans les cellules tumorales.
Les tumeurs associées à un déficit de réparation des mésappariements sont appelées gliomes de haut grade déficients en réparation primaire (priMMRD-HGG). En raison de leur forte charge mutationnelle, ces tumeurs sont devenues des cibles privilégiées pour l’immunothérapie, une approche thérapeutique qui stimule le système immunitaire du patient pour qu’il attaque les cellules cancéreuses.
Si l’immunothérapie a permis d’améliorer les taux de survie, les cliniciens ont constaté des réponses très variables d’un patient à l’autre, ainsi que des différences en termes d’imagerie médicale et d’âge d’apparition de la maladie. Pour mieux comprendre ces disparités, une équipe de chercheurs de l’Hospital for Sick Children (SickKids) de Toronto a mené une étude approfondie.
Publiée dans la revue Génétique naturelle, l’étude, dirigée par le Dr Uri Tabori et ses collaborateurs, dont les Drs Anirban Das et Cynthia Hawkins, a analysé les données génomiques et cliniques d’une cohorte internationale de patients atteints de priMMRD-HGG. Les résultats ont permis d’identifier trois voies moléculaires distinctes, corrélées aux observations cliniques.
« Cette population rare de gliomes déficients en réparation des mésappariements offre un aperçu unique de la manière dont l’instabilité du génome est à l’origine de tous les gliomes et conduit déjà à de nouvelles stratégies de traitement et à des essais cliniques pour les patients », explique Nicholas Fernandez, premier auteur de l’étude et chercheur au laboratoire Tabori.
Les sous-groupes de tumeurs pri-MMRD
Grâce à l’analyse d’un ensemble de données mondial unique, fourni par l’International Replication Repair Deficiency Consortium, coordonné par SickKids, l’équipe a classé 162 cas de priMMRD-HGG provenant de 152 patients en trois sous-groupes :
priMMRD-1 : L’ultra hypermutant
Ce sous-groupe, le plus fréquent (62 % des cas), présente à la fois des mutations MMRD et un déficit de relecture de la polymérase (PPD), ce qui le rend particulièrement sensible à l’immunothérapie. Un essai clinique innovant, appelé UR-Immune Glioma, mené par les Drs Eric Bouffet et Das de SickKids, explore déjà une approche axée sur l’immunothérapie pour ces patients, en évitant la radiothérapie initiale.
priMMRD-2 : L’agent double
Représentant 19 % des gliomes étudiés, ce sous-groupe se caractérise par des mutations MMRD sans déficit de relecture de la polymérase (PPD) ni altérations génétiques du gène IDH1. L’immunothérapie en monothérapie s’avère moins efficace pour ces patients, mais l’ajout d’un deuxième agent pourrait améliorer les résultats. L’essai OPTIMIZE, dirigé par le Dr Daniel Morgenstern de SickKids, utilise une approche adaptative pour cibler ces variations génétiques spécifiques.
priMMRD-3 : L’immuno-rhume
Constituant les 19 % restants des gliomes étudiés, ce sous-groupe présente des mutations MMRD et une variation du gène IDH1. Ces tumeurs répondent souvent mal à l’immunothérapie seule. Les cliniciens et scientifiques de SickKids travaillent actuellement sur un essai clinique combinant des immunothérapies ciblées à un inhibiteur de IDH1, afin de proposer un traitement plus adapté à ces patients.
De la thérapie de précision à la prévention ciblée
Au-delà de l’amélioration des soins aux patients, les résultats de cette étude ont conduit l’équipe de recherche à suggérer à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de reclasser priMMRD-3 comme sous-type d’astrocytome, et priMMRD-1 et priMMRD-2 comme sous-types spécifiques de gliome pédiatrique de haut grade. Cette reclassification permettrait de mieux refléter leur comportement moléculaire et clinique, et, selon l’équipe, favoriserait de nouvelles recherches et collaborations internationales sur ces tumeurs rares et distinctes.
Parallèlement, les chercheurs explorent la possibilité de développer un vaccin ciblant les cellules cancéreuses à un stade précoce, grâce à une stratégie appelée interception immunitaire. « Ces tumeurs présentent certaines des mutations les plus élevées chez l’homme, mais cette étude a révélé que ces mutations ne sont pas aléatoires. Cela signifie que les tumeurs partagent des mutations qui peuvent être interceptées plus tôt pour empêcher leur progression avec des approches telles que les vaccins », explique le Dr Tabori, chef de section de neuro-oncologie, scientifique principal du programme de génétique et de biologie du génome et président du Garron Family Cancer Center.
L’équipe de recherche espère que, grâce à une meilleure compréhension de ces sous-types de tumeurs, le traitement pourra devenir de plus en plus proactif et personnalisé pour chaque enfant. Ces travaux constituent la base du nouveau programme d’interception immunitaire du cancer, dirigé par les Drs Peter Dirks, James Rutka, Hawkins et Tabori au Centre de recherche sur les tumeurs cérébrales de SickKids.
Cette étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), l’Institut de recherche Terry Fox et Stand Up to Cancer.