Publié le 25 février 2026 à 17h34. La course à la maîtrise des semi-conducteurs, surnommés le « nouveau pétrole », est devenue un enjeu géopolitique majeur, où l’Union européenne et la Lettonie s’efforcent de renforcer leur souveraineté technologique face à la concurrence mondiale.
- Les ambitions nationales, motivées par des considérations stratégiques et économiques, dépassent désormais les simples forces du marché dans le secteur des puces électroniques.
- L’Union européenne a lancé le European Chips Act, un plan d’investissement de 43 milliards d’euros pour stimuler la production et la recherche dans ce domaine crucial.
- La Lettonie, à travers le Centre letton de compétence en matière de puces électroniques (LMKC), s’engage dans cette dynamique européenne pour devenir un acteur de l’innovation dans le secteur des semi-conducteurs.
L’importance des micropuces dépasse largement leur rôle de composants technologiques. Elles sont désormais considérées comme un élément stratégique, comparable au pétrole, car elles alimentent les processus historiques modernes et contrôlent l’accès à l’information, des objets connectés aux systèmes d’armement avancés. Cette prise de conscience s’illustre par les propos de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a déclaré que le monde numérique est impensable sans ces composants essentiels.
Cette « guerre des puces », bien que discrète, se déroule dans les couloirs des gouvernements, où les armes ne sont pas des chars ou des missiles, mais des droits de douane, des lois, des restrictions à l’exportation, des investissements et des accords de coopération. L’historien américain Chris Miller souligne dans son ouvrage « Chips War: The Fight for the World’s Most Critical Technology » que « les micropuces sont le nouveau pétrole ».
L’histoire de cette compétition remonte aux années 1980, lorsque le Japon a menacé la domination américaine sur le marché des puces mémoire. Des entreprises japonaises comme NEC, Toshiba et Hitachi proposaient des produits plus performants et moins chers, suscitant l’inquiétude dans la Silicon Valley. Cet affrontement a abouti à l’accord américano-japonais sur les semi-conducteurs de 1986, qui a imposé des limites aux exportations japonaises et ouvert son marché aux produits américains, contribuant à freiner la croissance économique rapide du Japon.
Aujourd’hui, la Chine a pris la place du Japon, avec l’ambition de devenir un leader mondial dans le domaine des semi-conducteurs. Des entreprises comme Huawei et SMIC bénéficient d’un fort soutien gouvernemental dans le cadre du plan « Made in China 2025 ». Sous l’administration de Donald Trump, Huawei a été la cible de restrictions à l’exportation et de blocages sur les marchés de la 5G dans plusieurs pays.
La crise de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs provoquée par la pandémie de Covid-19 a accentué cette compétition. En réponse, les États-Unis ont adopté le Chips Act en 2022, allouant 52,7 milliards de dollars (environ 48,7 millions d’euros) à la production et à la recherche de semi-conducteurs.
L’Union européenne a réagi en lançant le European Chips Act, qui vise à mobiliser environ 43 milliards d’euros d’investissements publics et privés. Pour bénéficier de ces fonds, la Lettonie doit mettre en place un organisme de financement spécialisé dans les micropuces. Le Chips Joint Undertaking (Chips JU) est chargé d’investir dans le développement de puces en collaboration avec les gouvernements nationaux européens, par le biais de subventions.
La Lettonie, bien que relativement isolée de ces processus, se trouve à un carrefour stratégique. Le projet aCCCess, financé par Chips JU, a permis la création du Centre letton de compétence en matière de puces électroniques (LMKC), qui réunit l’Université technique de Riga et l’Université de Lettonie. Le LMKC offre aux start-ups et aux entreprises lettonnes un accès aux compétences et aux ressources nécessaires pour développer, produire et tester des micropuces, ainsi qu’un soutien financier au niveau européen.
La mission du LMKC est de transformer la Lettonie d’un simple consommateur de puces en un innovateur dans ce domaine d’ici 2030. La réussite de cette ambition dépendra de l’engagement de tous les acteurs lettons, mais les conditions actuelles offrent une opportunité unique de participer à la lutte de l’Union européenne pour la souveraineté technologique et de stimuler le développement économique dans le secteur des hautes technologies, y compris le secteur de la défense.
L’auteur est le chef du département des micropuces à l’Université technique de Riga (RTU).