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Les chirurgiens retrouvent leur sens du toucher grâce au bout des doigts robotisés

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Publié le 16 février 2026 13h45. Des chercheurs européens développent des « bouts de doigts » robotisés pour redonner aux chirurgiens la sensibilité tactile perdue lors des opérations mini-invasives, une avancée prometteuse pour améliorer la précision et la sécurité des interventions.

  • Un projet de recherche européen, PALPABLE, vise à restaurer le sens du toucher en chirurgie robotique.
  • Un prototype de « bout de doigt » robotique, capable de détecter la fermeté des tissus, sera testé par des chirurgiens en mars 2026.
  • La technologie repose sur une combinaison de détection optique, de robotique souple et d’intelligence artificielle.

La chirurgie moderne a considérablement évolué ces dernières décennies, passant des incisions larges aux techniques mini-invasives assistées par robot et l’intelligence artificielle. Si ces progrès offrent des avantages indéniables aux patients – moins de traumatismes, des séjours hospitaliers plus courts, une récupération plus rapide – ils ont également un inconvénient majeur : la perte de la capacité pour le chirurgien de palper directement les organes et les tissus. Cette perte de retour tactile rend plus difficile la détection d’anomalies, notamment de tumeurs, dont la texture peut différer de celle des tissus sains.

C’est pour pallier ce manque que des chirurgiens et des ingénieurs de plusieurs pays européens se sont associés au sein du projet de recherche PALPABLE (financé par l’Union européenne). Leur objectif : développer un « bout de doigt » robotique souple capable de détecter la fermeté ou la douceur des tissus lors de procédures mini-invasives. Le premier prototype devrait être prêt pour des tests cliniques en mars 2026, et les recherches se poursuivront jusqu’à fin 2026.

L’innovation repose sur une sonde qui imite le toucher humain grâce à une combinaison de détection optique, de robotique souple et d’intelligence artificielle. Elle scannerait délicatement les organes et créerait une carte visuelle de la résistance des tissus, affichée sur un écran pour guider le chirurgien pendant l’opération.

La perte d’une compétence essentielle

Pour de nombreux chirurgiens, la perte du retour tactile est un compromis inhérent à l’évolution de la chirurgie. « Il y a 30 ans, nous commencions nos opérations en utilisant nos doigts », explique le professeur Alberto Arezzo, de l’Université de Turin (Italie), spécialiste de la chirurgie mini-invasive et assistée par robot, et plus particulièrement du cancer du côlon. « Puis est venue l’ère de la chirurgie laparoscopique, qui a éliminé le retour tactile car nous avons commencé à utiliser des instruments longs. »

La chirurgie laparoscopique, popularisée à partir des années 1990, permettait de réaliser des incisions plus petites grâce à l’utilisation d’une caméra. Si elle offrait des bénéfices considérables aux patients, elle sacrifiait la capacité de ressentir directement les tissus. Or, cette sensation est cruciale, car les tumeurs présentent souvent une texture différente de celle des tissus sains – plus fermes, moins souples ou irrégulières – des nuances que des mains expérimentées peuvent détecter.

Détecter les limites de la tumeur

Lors d’une opération contre le cancer, le chirurgien doit trouver un équilibre délicat : retirer suffisamment de tissu pour éliminer toutes les cellules cancéreuses, sans pour autant endommager les tissus sains et altérer leur fonction.

« Nous ne voulons pas nous tromper. Nous voulons tout faire en une seule fois », souligne le Dr Gadi Marom, du centre médical Hadassah de Jérusalem, l’un des cliniciens impliqués dans la recherche, spécialisé dans les interventions chirurgicales mini-invasives et assistées par robot pour les maladies de l’estomac et de l’œsophage.

La nouvelle technologie de capteurs pourrait apporter une solution. En traduisant les informations fournies par la sonde en données visuelles – par exemple, en affichant une carte des zones plus dures et plus molles avec des couleurs différentes – les chirurgiens pourraient retrouver une partie de leur sens du toucher. « Nous aimerions pouvoir utiliser un nouvel instrument pour déterminer les limites de la tumeur », explique le Dr Marom.

Se sentir avec la lumière

Pour y parvenir, les ingénieurs s’appuient sur la lumière. La sonde qu’ils ont développée contient des câbles à fibres optiques intégrés dans une pointe souple et flexible. Lorsqu’une pression est appliquée sur le tissu, la pointe se déforme et la lumière qui traverse les fibres change.

« Un dôme en silicone appuie sur les tissus mous et nous permet de détecter à la fois la direction et l’ampleur de la force appliquée », explique le Dr Georgios Violakis, de l’Université hellénique méditerranéenne d’Héraklion (Crète). Ces infimes variations d’intensité lumineuse et de longueur d’onde sont ensuite converties en informations sur la résistance des tissus. L’équipe a déjà développé et calibré les premières versions de la membrane souple et des capteurs optiques en collaboration avec ses partenaires.

L’Université Queen Mary de Londres (Royaume-Uni) contribue au développement et à l’amélioration des membranes, l’Institut Fraunhofer (Allemagne) travaille sur les films fonctionnels, tandis que Bendabl (Grèce), Tech Hive Labs (Grèce) et l’Université d’Essex (Royaume-Uni) développent le logiciel nécessaire à la visualisation de la rigidité des tissus et à la création de cartes tactiles.

Le prototype sera validé par des tests en laboratoire avant d’être utilisé chez les patients. Les câbles à fibres optiques utilisés sont aussi fins qu’un cheveu humain. Une technologie de capteurs similaire est déjà utilisée pour surveiller de grandes structures telles que les avions, les gratte-ciel et les centrales nucléaires. Ici, elle est appliquée à une échelle beaucoup plus petite pour détecter des différences subtiles dans les tissus humains.

« Pour palper les organes d’un patient anesthésié, l’appareil doit être à la fois très précis et très sensible », explique le professeur Panagiotis Polygerinos, chercheur en robotique souple à l’Université hellénique méditerranéenne. « Une telle chose aurait pu être possible auparavant, mais la technologie aurait été beaucoup plus coûteuse et moins précise, ce qui l’aurait rendue peu pratique pour une utilisation clinique. »

Des robots dotés d’une sensibilité tactile

À mesure que la chirurgie est de plus en plus assistée par robot, la perte du retour tactile devient un problème croissant, et la restauration du sens du toucher une priorité.

« Lorsque je travaille avec un robot, j’ai une vision 3D, ce qui est un avantage considérable », explique le Dr Marom. « Et je n’ai pas à rester debout pendant toute l’opération. » Un atout important, en particulier pour les interventions longues, comme l’ablation de l’œsophage, qui peut durer jusqu’à huit heures.

La chirurgie robotique ouvre également de nouvelles perspectives. Le Dr Marom espère qu’à l’avenir, les chirurgiens pourront retirer de petites tumeurs de l’œsophage dans des cas sélectionnés sans avoir à retirer l’organe entier.

Un enjeu crucial

« Le retour tactile fait cruellement défaut dans la chirurgie assistée par robot », souligne le professeur Arezzo. « C’est pourquoi ce travail est si important. » Les deux chirurgiens sont convaincus que la robotique deviendra de plus en plus courante dans les salles d’opération, mais seulement si les chirurgiens reçoivent des informations sensorielles plus complètes.

« Tôt ou tard, je suis persuadé que la grande majorité des opérations seront réalisées avec l’assistance d’un robot », déclare le professeur Arezzo. Une collaboration étroite avec les ingénieurs est essentielle pour le Dr Marom. « Je suis en première ligne pour observer les possibilités offertes par la robotique souple et les nouvelles technologies », dit-il. « Je vois ce qui est possible lors du développement de nouveaux instruments. » « À terme, nous pourrons offrir de meilleurs soins à nos patients », conclut-il.

par Anthony King

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