Publié le 2025-11-06 13:11:00. Malgré l’introduction d’agents de sécurité il y a un an, Dublin Bus fait face à une recrudescence des comportements antisociaux sur ses lignes, poussant l’opérateur à réclamer une accélération du projet gouvernemental de police des transports.
- Plus de 1 000 incidents de comportements antisociaux ont été enregistrés l’année dernière, et les chiffres de 2025 s’annoncent similaires, voire supérieurs.
- Une conductrice témoigne de la violence et de l’impact de ces actes sur le service et la sécurité des passagers.
- Dublin Bus souhaite que la future police des transports soit opérationnelle dès 2026, afin de mieux faire face à ces problèmes.
Les chiffres sont alarmants : Dublin Bus a enregistré 1 054 incidents de comportements antisociaux en 2024, un record qui fait suite aux 1 033 incidents de 2023. Une tendance inquiétante qui semble se confirmer en 2025, avec déjà 752 incidents recensés entre janvier et septembre, ce qui équivaut à un rythme annualisé de 1 086 cas. Ces chiffres contrastent fortement avec la période pré-pandémique de 2019, où seulement 494 incidents avaient été signalés.
En réponse, Dublin Bus avait déployé des agents de sécurité sur ses lignes en octobre dernier, dans le cadre d’un projet pilote. Bien que ce programme ait été étendu et le nombre d’équipes de sécurité augmenté, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. La présence de ces agents a toutefois un impact positif ressenti.
« On m’a jeté des œufs. J’ai été victime de violence dans le bus. On m’a insultée. Des jeunes ont brisé les vitres du bus avec le marteau d’urgence », témoigne Ciara Pender, conductrice de bus à Dublin. Si elle reconnaît que la présence de la sécurité « permet à tout le monde de se détendre », elle plaide pour une force de police des transports plus dédiée. « Vous avez un peu peur, mais la plupart du temps, ce n’est pas vraiment dirigé vers vous, c’est quelque chose qui arrive tout seul, mais cela impacte complètement l’ensemble du service. Les passagers ne comprennent pas que votre prochain bus n’arrivera pas à cause d’un comportement antisocial », explique-t-elle.
Au cœur du dispositif de réponse, le Central Control de Dublin Bus, situé au dépôt de Broadstone, mobilise des contrôleurs pour surveiller en temps réel les incidents et réorganiser les services. Chaque contrôleur gère en moyenne 500 appels par équipe, dont certains trajets sont plus affectés que d’autres par les problèmes récurrents. Bernard Fox, responsable des opérations du contrôle central, décrit la nature des incidents : « Le principal problème que nous constatons est celui des jets de pierres, des bagarres dans les bus, de la drogue, de l’alcool et même des vols à la tire. L’impact est que nos services peuvent être retirés d’une zone pendant une heure, voire pour le reste de la journée. C’est un impact très important pour nos clients, et nous ne le prenons pas à la légère. »
Face à cette situation, Dublin Bus salue l’engagement du gouvernement en faveur de la création d’une police des transports, mais insiste sur l’urgence de sa mise en place. David Boyd, directeur de la gestion des risques chez Dublin Bus, espère voir cette force devenir opérationnelle d’ici 2026. « Nous sommes une compagnie de bus. Nous ne sommes pas une entreprise de sécurité », rappelle-t-il, soulignant le besoin d’expertise externe pour traiter ce problème de manière concertée.
Le ministère des Transports, quant à lui, confirme sa détermination à créer cette force de sécurité des transports « le plus rapidement possible ». L’objectif est de faire adopter une nouvelle législation en 2026, en vue d’une opérationnalisation d’ici 2027. Plus de 11 millions d’euros ont déjà été investis cette année dans la sécurité des transports publics. Le ministre Darragh O’Brien travaille activement sur ce projet, en collaboration avec les responsables du ministère, l’Autorité nationale des transports (NTA), les opérateurs, les syndicats, les groupes de passagers, An Garda Síochána (la police irlandaise) et le ministère de la Justice, afin d’élaborer le modèle le plus approprié.
Parallèlement, une enquête menée par le syndicat SIPTU auprès de 200 membres travaillant dans les transports publics révèle l’ampleur du problème. 94 % des répondants ont déclaré avoir été confrontés à des comportements antisociaux et abusifs. Parmi eux, 94 % ont subi des violences verbales, plus d’un quart des violences physiques, et une personne sur cinq des violences raciales. Plus de 60 % estiment que la situation s’est détériorée au cours des 12 derniers mois, et seulement 1,5 % constatent une amélioration. John Murphy, organisateur sectoriel du SIPTU, déplore « le manque de présence policière visible dans les transports publics », qui « aggrave le problème ». Stephen Millane, membre du Conseil exécutif national du SIPTU, souligne l’urgence de mesures concrètes pour lutter contre les abus, affirmant que sans « application et soutien appropriés, les comportements antisociaux continueront à éloigner les travailleurs du secteur et à faire en sorte que les passagers se sentent moins en sécurité. »