Home Économie Les dirigeants de l’UE vont s’affronter sur la campagne « Acheter européen » lors du sommet en Belgique | Union européenne

Les dirigeants de l’UE vont s’affronter sur la campagne « Acheter européen » lors du sommet en Belgique | Union européenne

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Publié le 12 février 2026 17:02:00. Les dirigeants européens se sont réunis dans un château belge pour débattre de la compétitivité de l’Europe face à la Chine et aux États-Unis, et de la pertinence d’une politique d’achats privilégiant les produits européens.

  • La question de la compétitivité économique de l’Europe est devenue urgente face aux chocs récents (guerre en Ukraine, pressions commerciales, subventions chinoises).
  • La préférence européenne, qui consiste à favoriser les entreprises européennes dans les marchés publics, divise les États membres.
  • L’Allemagne et l’Italie renforcent leur coopération, remettant en question le traditionnel duo franco-allemand au sein de l’Union européenne.

Une réflexion approfondie sur l’avenir économique de l’Europe a réuni les 27 chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, jeudi, dans un château médiéval entouré de douves, à l’est de la Belgique. L’objectif : trouver des solutions pour redynamiser la compétitivité du continent, confronté à une conjoncture économique de plus en plus volatile et à la concurrence accrue de la Chine et des États-Unis.

Avant ce sommet informel, le Premier ministre belge, Bart De Wever, avait souligné l’urgence de la situation, évoquant une « crise existentielle » pour des pays comme la Belgique, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas. Cette crise se manifeste par des fermetures d’usines et une baisse des investissements, conséquences, selon lui, du coût élevé de l’énergie, de la réglementation et de la concurrence déloyale des produits chinois, souvent subventionnés. « Nous savons tous que nous devons changer de cap », a-t-il déclaré, ajoutant avec une métaphore maritime : « Pourtant, on a parfois l’impression d’être toujours debout sur le pont du navire, à regarder l’horizon, sans toucher la barre. »

Le président du Conseil européen, António Costa, a quant à lui insisté sur la priorité accordée à la croissance économique.

« Nous avons clairement pour priorité de renforcer la croissance économique en Europe. C’est essentiel à notre prospérité, pour créer des emplois de qualité et pour soutenir notre modèle économique et social. »

António Costa, président du Conseil européen

La question de la compétitivité européenne n’est pas nouvelle, mais elle s’est exacerbée après la perte soudaine des approvisionnements en gaz russe en 2022, les guerres commerciales initiées par l’administration Trump et la stratégie de domination économique de la Chine, reposant sur des subventions massives.

Dans ce contexte, l’UE explore la possibilité de mettre en œuvre une politique de préférence européenne, autrefois considérée comme taboue. Cette politique consisterait à favoriser les entreprises européennes dans des secteurs stratégiques, tels que les technologies vertes. Elle pourrait se traduire par l’obligation pour les gouvernements de privilégier les produits fabriqués localement lors des appels d’offres publics.

La Commission européenne doit présenter d’ici la fin du mois une loi visant à accélérer l’industrialisation, qui devrait fixer des objectifs de contenu européen pour divers produits stratégiques, notamment les panneaux solaires et les véhicules électriques.

Un signe d’unité, bien que nuancée, a été observé avec l’arrivée conjointe du président français Emmanuel Macron et du chef de file du groupe conservateur allemand Friedrich Merz au château belge du XVIe siècle.

« Nous partageons ce sentiment d’urgence selon lequel l’Europe doit agir. »

Emmanuel Macron, président de la République française

Friedrich Merz a renchéri :

« Nous voulons faire en sorte que l’Union européenne aille plus vite, nous voulons l’améliorer et, par-dessus tout, nous voulons garantir que nous disposons d’une industrie compétitive en Europe. »

Friedrich Merz, chef de file du groupe conservateur allemand

Cependant, les deux dirigeants divergent sur certains aspects de la stratégie économique. Emmanuel Macron a plaidé pour une préférence européenne ciblée sur des secteurs clés tels que les technologies propres, la chimie, l’acier, l’automobile et la défense, sous peine, selon lui, de voir l’Europe être « balayée ». Il considère cette préférence comme une « mesure défensive » face à des concurrents qui ne respectent plus les règles de l’Organisation mondiale du commerce.

Friedrich Merz, en revanche, estime que les règles « Made in Europe » pourraient être trop restrictives et privilégie une approche « Made with Europe », favorisant les partenaires commerciaux. Il défend un programme de déréglementation et des accords commerciaux plus ambitieux.

Le Premier ministre irlandais, Michéal Martin, a exprimé une certaine prudence :

« À mon avis, nous devons protéger l’esprit de libre-échange ouvert de l’Union européenne. Il y aura donc des débats autour de ce sujet. »

Michéal Martin, Premier ministre irlandais

L’Allemagne et l’Italie, sous l’impulsion de Giorgia Meloni et de Friedrich Merz, ont également trouvé un terrain d’entente sur la nécessité d’une « auto-limitation législative », c’est-à-dire une réduction de la réglementation européenne. Les deux pays souhaitent que le programme de déréglementation de l’UE soit renforcé. Ils ont d’ailleurs co-organisé une réunion préalable au sommet avec 19 États membres, le Palazzo Chigi, le bureau du Premier ministre italien, ayant souligné la nécessité d’« relancer l’industrie européenne », notamment en révisant le système d’échange de quotas d’émission, le dispositif de tarification du carbone de l’UE.

Ce rapprochement germano-italien soulève des interrogations sur l’avenir du couple franco-allemand, traditionnellement moteur du projet européen. Malgré une amélioration des relations entre Paris et Berlin, des divergences persistent sur les questions économiques.

Les deux dirigeants ne sont pas non plus d’accord sur la politique commerciale de l’UE. Friedrich Merz a appelé à une ratification rapide de l’ accord commercial avec le Mercosur, tandis qu’Emmanuel Macron l’a qualifié de « mauvais accord ».

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a adopté une position prudente à l’égard de la préférence européenne. S’exprimant mercredi devant le Parlement européen, elle a reconnu que cette politique pouvait être un « instrument nécessaire » dans certains secteurs stratégiques, tout en soulignant la nécessité d’une analyse économique rigoureuse et du respect des obligations internationales. « Mais je veux être claire : la ligne est difficile à franchir », a-t-elle averti.

La question de la préférence européenne n’est qu’un aspect d’un agenda ambitieux pour le sommet d’Alden Biesen, dans le Limbourg, un domaine fondé au XIIIe siècle par des chevaliers teutoniques. Les dirigeants discuteront également de la déréglementation, de la fragmentation des marchés de capitaux, qui freine les investissements verts et numériques, et des obstacles au marché unique européen.

Ursula von der Leyen a dénoncé l’excès de réglementation, citant l’exemple de la Belgique, où un camion autorisé à peser 44 tonnes ne peut transporter que 40 tonnes s’il traverse la France.

Les dirigeants entendront les conclusions de Mario Draghi et Enrico Letta, deux anciens Premiers ministres italiens qui ont remis des rapports sur l’économie européenne. Mario Draghi a déclaré la semaine dernière que l’ordre économique mondial actuel était « mort » et que l’Europe risquait de devenir « à la fois subordonnée, divisée et désindustrialisée ». Il a plaidé pour une transformation de l’UE en une « fédération », estimant que le droit de veto des États membres rendait l’Europe vulnérable.

Reconnaissant les difficultés de l’UE à prendre des décisions, Ursula von der Leyen s’est dite ouverte à l’adoption de lois sur l’intégration des marchés de capitaux de l’UE à une échelle réduite, si un accord à 27 n’est pas possible. « Nous devons progresser et éliminer les barrières qui nous empêchent d’être un véritable géant mondial », a-t-elle conclu, en référence aux projets d’intégration du système financier européen.

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