Le marché de l’argent connaît actuellement une forte correction, avec un repli de près de 20 % en quelques jours et un cours retombé sous les 71 dollars américains (environ 65 euros) l’once. Cette chute brutale remet en question les prévisions les plus optimistes, notamment celle de Bank of America qui tablait sur un prix atteignant 309 dollars l’once.
La baisse a débuté sur les marchés asiatiques et s’est accélérée sous l’effet d’une vague de ventes. Selon TradingView, le cours de l’argent au comptant a subi une correction rarement observée ces dernières années. Bloomberg estime que cette volatilité est la plus importante enregistrée depuis les années 1980, une période marquée par une liquidité plus faible et une forte spéculation.
Plusieurs facteurs expliquent ce retournement de situation. La perspective d’une politique monétaire américaine plus restrictive, avec la nomination de Kevin Warsh à la Réserve fédérale (Fed), a modifié les anticipations concernant les taux d’intérêt. L’idée que la Fed maintiendra des taux élevés plus longtemps a renforcé le dollar américain et fait grimper les rendements obligataires, exerçant une pression sur les métaux précieux.
Par ailleurs, la spéculation a joué un rôle amplificateur, selon Metals Daily. Ross Norman, PDG de la société, souligne que les flux de capitaux à court terme, notamment ceux provenant d’investisseurs particuliers et de fonds spéculatifs (CTA), ont rendu le marché plus sensible. Des clôtures de positions massives, dans un contexte de faible liquidité, ont exacerbé la chute des prix.
Face à cette évolution, Bank of America a revu ses prévisions. Michael Widmer, responsable de la recherche sur les métaux chez BoA, a déclaré que la banque reste convaincue du potentiel de surperformance de l’argent par rapport à l’or à moyen terme, mais reconnaît que le potentiel de hausse à court terme est désormais limité.
« Le seuil de 309 dollars l’once ne constitue pas un scénario à court terme et il est peu probable qu’il soit atteint rapidement », a-t-il précisé. Cependant, la banque n’exclut pas une hausse des prix à long terme, d’autant plus que la correction actuelle rend les prix de l’argent plus attractifs.
Barchart relève que Kevin Warsh n’a jamais exprimé publiquement d’opinion défavorable sur le marché de l’argent, ce qui suggère que les pressions actuelles pourraient être d’ordre cyclique plutôt que structurel.
Au-delà de la volatilité à court terme, les fondamentaux du marché de l’argent indiquent un déséquilibre entre l’offre et la demande. Le Silver Institute estime que le marché connaît sa cinquième année consécutive de déficit structurel, avec un manque à gagner cumulé de près de 820 millions d’onces. Même Fresnillo, le premier producteur mondial d’argent pur, a revu à la baisse son objectif de production pour 2026, le ramenant à 42 à 46,5 millions d’onces.
L’augmentation de l’offre d’argent est contrainte par les longs délais de développement des nouveaux projets miniers, qui nécessitent généralement entre 7 et 15 ans avant de devenir opérationnels. À l’inverse, la demande industrielle continue de croître, notamment dans les secteurs des véhicules électriques, de l’énergie solaire et des infrastructures pour l’intelligence artificielle (IA). Grâce à sa conductivité électrique élevée, l’argent reste un matériau irremplaçable dans de nombreuses applications technologiques.
Les investisseurs surveillent de près le seuil de 70 dollars l’once, selon Mark Cranfield, analyste chez Bloomberg. Si ce niveau est franchi, le cours de l’argent pourrait chuter aux alentours de 60 dollars l’once (son plus bas niveau depuis fin 2019), ce qui inciterait à la prudence. Cependant, une correction brutale pourrait constituer une opportunité d’accumulation pour les investisseurs axés sur la valeur à long terme, car la hausse des coûts de couverture et le pessimisme ambiant sont souvent des signaux d’un plancher à moyen terme.