Publié le 2024-05-15 10:00:00. Les cours de l’or et de l’argent ont subi une correction brutale, marquant la plus forte baisse quotidienne de l’or en plus d’une décennie. Si certains y voient un simple ajustement, d’autres s’interrogent sur la pérennité de la tendance haussière.
- Le marché de l’or a connu sa plus forte chute journalière en plus de dix ans, tandis que l’argent a chuté de plus de 8%.
- Les analystes pointent du doigt une combinaison de facteurs techniques, l’apaisement des tensions sino-américaines et un dollar américain renforcé.
- Malgré cette correction, plusieurs experts financiers conservent une vision globalement optimiste pour les métaux précieux à moyen et long terme.
Après une période d’ascension soutenue, le prix de l’or a brusquement rechuté, enregistrant une baisse quotidienne spectaculaire, la plus importante observée depuis plus d’une décennie. Parallèlement, les contrats à terme sur l’argent ont également plongé de plus de 8 %, subissant ainsi leur pire séance depuis 2021. Cette correction soudaine a suscité des débats à Wall Street, où les avis divergent quant à savoir s’il s’agit d’une simple « correction saine » ou du prélude à un changement de tendance plus profond.
Trois facteurs principaux sont mis en avant pour expliquer ce repli. Premièrement, de nombreux indicateurs techniques suggéraient que le métal précieux se trouvait dans une zone de surachat. Deuxièmement, la détente des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis a réduit l’attrait de l’or en tant que valeur refuge. Enfin, le renforcement du dollar américain a également pesé sur les cours. David Morrison, analyste de marché senior chez Trade Nation, a souligné que l’or avait tenté à plusieurs reprises de dépasser le seuil de 4 400 $ l’once depuis la semaine dernière sans succès. Il considère que le niveau de 4 000 $ représente un premier test technique important, tout en n’excluant pas un possible rebond autour de 4 200 $ si la correction s’avère être « saine et nécessaire ».
Les perspectives à court terme divisent les experts. Ole Hansen, stratège matières premières chez Saxo Bank, affiche un optimisme prudent, estimant que la correction actuelle pourrait bien être le meilleur test de la résilience du marché. Il anticipe que le soutien des achats de base limitera l’ampleur de cette baisse. Tom Essaye, fondateur de Sevens Report Research, tempère ces inquiétudes, parlant de simples « obstacles sur la route ». Il rappelle que l’inflation persistante, des taux d’intérêt réels bas, les risques géopolitiques et le risque de fermeture du gouvernement américain continuent de constituer un environnement favorable pour l’or.
Cependant, d’autres analystes émettent des réserves quant à la persistance de ces conditions favorables. La volatilité des métaux précieux a considérablement augmenté, alimentée par la couverture des risques par les fonds d’investissement et par la prise de bénéfices sur les niveaux de prix élevés. Les volumes d’options sur le plus grand ETF aurifère au monde ont atteint des records récents. Tatiana Darie, stratège macro chez Bloomberg, note que les avoirs actuels dans les ETF sur l’or, bien que significatifs, ne sont pas encore revenus à leurs plus hauts historiques. Elle suggère que des données économiques américaines plus robustes que prévu pourraient entraîner une baisse plus prononcée des prix de l’or.
Maximilian Layton de Citi Research anticipe une consolidation dans les deux à trois prochaines semaines, potentiellement suite à la fin de la paralysie gouvernementale aux États-Unis et à un accord commercial sino-américain. Citigroup a révisé son objectif de prix pour l’or à environ 4 000 $ l’once, un niveau désormais considéré comme baissier par rapport à leurs objectifs précédents. L’or avait pourtant connu une hausse de 28 % depuis la mi-août, portée par les achats des banques centrales, les afflux de capitaux dans les ETF et la recherche de couverture contre les risques commerciaux et la dépréciation monétaire. Michele Schneider, stratège en chef chez MarketGauge, avait précédemment indiqué que seule une réduction substantielle de la dette américaine ou l’avènement d’une paix mondiale durable pourrait véritablement enrayer cette tendance haussière.
Malgré ces secousses, la plupart des acteurs de Wall Street restent globalement optimistes quant aux perspectives de l’or pour l’année prochaine. Les analystes de Bank of America recommandent toujours d’acheter de l’or et prévoient un pic à 6 000 $ mi-2026. Goldman Sachs a relevé son objectif de prix d’ici la fin de l’année prochaine de 4 300 $ à 4 900 $, tandis que JPMorgan Chase table sur 6 000 $ d’ici 2029.