Publié le 2025-10-22 10:38:00. Dans son livre « On My Watch: Leading NATO in a Time of War », l’ancien Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, révèle les coulisses des tensions avec la Turquie, de la crise de l’avion russe abattu en 2015 à l’adhésion de la Suède et de la Finlande.
- Jens Stoltenberg a détaillé les désaccords profonds au sein de l’OTAN, centrés sur la Turquie.
- Les opérations turques en Syrie et l’adhésion de la Suède et de la Finlande ont été des moments de forte tension.
- Des anecdotes sur les méthodes diplomatiques du président Erdoğan, mêlant négociations et… maïs, sont révélées.
Dix années à la tête de l’Alliance Atlantique, marquées par des défis diplomatiques majeurs, ont été passées en revue par Jens Stoltenberg dans son ouvrage. L’ancien Secrétaire général y décrit les « profonds désaccords » qui ont secoué l’OTAN, plaçant régulièrement la Turquie au cœur de ces turbulences. Des crises majeures ont émaillé son mandat, débutant dès 2015 avec l’incident de l’avion russe Su-24 abattu par l’aviation turque, jusqu’à l’épineuse question de l’adhésion de la Suède et de la Finlande en 2022.
Les opérations militaires menées par la Turquie en Syrie, notamment contre les Unités de protection du peuple kurde (YPG) qualifiées de terroristes par Ankara, ont semé une vive confusion parmi les pays membres. Si certains, comme l’Allemagne, ont affiché un soutien sans réserve, d’autres, dont l’Italie et la France, ont également adopté des positions favorables. L’ancien Secrétaire général pointe du doigt l’opération turque dans le nord de la Syrie en 2019 comme ayant particulièrement tendu les relations au sein de l’Alliance.
Dans son récit, Stoltenberg relate la façon dont le président Recep Tayyip Erdoğan utilisait fréquemment ses réunions pour marteler sa position. L’iPad sortait souvent pour présenter ses arguments : « Écoutez, les YPG sont des terroristes. Nous luttons contre eux », déclarait-il. Il rapportait également les propos d’Erdoğan, qui comparaissait la lutte contre les YPG à un dilemme insoluble : « Vous ne pouvez pas vaincre une organisation terroriste avec une autre organisation terroriste. Vous avez fait la même chose en Afghanistan, et à la fin vous avez eu les Talibans et Al-Qaïda. » Ces discussions sérieuses étaient parfois ponctuées d’interruptions inattendues, comme lors d’une réunion où, au milieu des échanges, le président turc a soudainement demandé si ses interlocuteurs aimaient le maïs. Suite à une réponse affirmative de Stoltenberg, des épis de maïs et du sel sont apparus sur la table, entraînant un repas improvisé et un sol jonché de grains. Plus tard, des marrons frits ont fait leur apparition. Dans cette atmosphère surprenante, Erdoğan aurait lancé une plaisanterie à Stoltenberg : « Connaissez-vous la différence entre le département du protocole et les Talibans ? Des négociations peuvent être conclues avec les Talibans. »
La crise diplomatique entourant l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN en 2022 a également été un moment clé. Jens Stoltenberg se souvient qu’après un accord initial du président Erdoğan, le processus avait été bloqué par Ankara, invoquant le manque de mesures concrètes contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le mouvement Gülen (FETÖ). Lors d’une réunion privée particulièrement tendue, Stoltenberg avoue avoir redouté un revirement soudain du président turc, craignant qu’il ne quitte la table par faim ou lassitude. Face à cette incertitude, il aurait proposé de quoi manger à Erdoğan, qui aurait souri et rétorqué : « Je ne suis pas si bon marché. » Cependant, il est précisé qu’Erdoğan appréciait visiblement les petits sandwichs lorsqu’ils étaient servis.
Malgré ces moments de tension et d’inattendu, les discussions ont finalement abouti à un accord sur un texte condamnant explicitement les YPG et FETÖ. Toutefois, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Mevlüt Çavuşoğlu, aurait maintenu la pression pour des actions plus fermes de la part de la Suède et de la Finlande. L’ancien Secrétaire général relate s’être alors emporté contre Çavuşoğlu, lui intimant de se taire : « Mevlüt, tu dois te taire. » Il a ensuite lu le texte final à haute voix, qui a finalement reçu l’approbation du président Erdoğan au dernier moment, déclenchant des applaudissements dans la salle.