Publié le 28 octobre 2025 13:40:00. La Russie a annoncé avoir mené avec succès le dernier essai de sa nouvelle arme stratégique, la missile de croisière « Burevestnik » à propulsion nucléaire, développée depuis 2018. Cette technologie, présentée comme révolutionnaire, pourrait changer la donne en matière de dissuasion nucléaire, bien que sa mise en service effective reste incertaine.
- Propulsion nucléaire : un réacteur embarqué chauffe l’air ambiant pour créer une poussée, conférant au missile une autonomie et une portée quasi illimitées.
- Vol à basse altitude et longue portée : conçu pour voler à quelques dizaines de mètres du sol sur des milliers de kilomètres, il est particulièrement difficile à détecter et à intercepter.
- Objectif stratégique : contourner les systèmes de défense antimissile actuels et futurs, notamment ceux envisagés par les États-Unis.
Annoncée par Vladimir Poutine en 2018, bien avant l’invasion de l’Ukraine, la mise au point du « Burevestnik » (dont le nom signifie « oiseau de tempête ») a franchi une étape cruciale avec un essai réussi le 21 octobre. Durant cette ultime démonstration, le missile aurait volé pendant environ 15 heures, parcourant 14 000 kilomètres, une distance suffisante pour atteindre le territoire américain.
Selon Amaury Dufay’us, expert de l’Institut français d’études stratégiques et de défense, le principe de fonctionnement du « Burevestnik » repose sur un réacteur nucléaire qui réchauffe l’air ambiant pour générer une poussée à grande vitesse. « Cela permet d’augmenter considérablement la durée de vol et la portée », explique-t-il, comparant son efficacité à un moteur de voiture consommant peu de carburant.
Sa trajectoire est également conçue pour échapper aux radars. « Son objectif est de voler longtemps, très bas, entre 15 et 200 mètres d’altitude, ce qui complique sa détection », précise A. Dufay’us. Il pourrait même emprunter des routes détournées, comme traverser l’Amérique latine pour frapper l’Amérique du Nord par le sud, une zone potentiellement moins bien défendue par les systèmes antimissile américains.
Cependant, le missile présente une contrepartie : sa vitesse, jugée relativement lente par Heloise Fayet, experte française des armes nucléaires, ce qui pourrait affecter sa manœuvrabilité.
L’objectif principal de cette arme est de contourner les systèmes de défense aérienne, y compris ceux envisagés par l’ancien président américain Donald Trump, comme le « Bouclier d’or ». D’après Heloise Fayet, le « Burevestnik » pourrait être utilisé en complément des armes conventionnelles. Sa combinaison de manœuvrabilité et de portée illimitée permettrait de saturer et affaiblir les défenses antimissile, ouvrant la voie à des frappes traditionnelles.
Malgré les déclarations de Vladimir Poutine concernant la création d’une infrastructure adaptée, les experts soulignent que l’impact stratégique du « Burevestnik » reste pour l’heure limité. « Le missile n’est pas encore opérationnel ; il n’y a actuellement aucune infrastructure pour son déploiement, aucune doctrine pour son emploi », indique H. Fayet. Elle suggère que les essais de Poutine pourraient être une tactique pour maintenir la pression sur Donald Trump concernant la défense antimissile, l’incitant ainsi à investir dans un coûteux « Bouclier d’or ». Pour l’experte, les missiles « Burevestnik » peuvent être qualifiés d' »arme de déstabilisation ».
Elle note que les États-Unis et l’Europe ne disposent pas encore de boucliers capables de contrer à la fois les missiles balistiques et de croisière, et que cette nouvelle arme nucléaire russe démontre la capacité d’innovation de Moscou.
Concernant les risques de radiation, Heloise Fayet indique que l’essai ne semble pas avoir entraîné de hausse significative du niveau de radioactivité. Les autorités de surveillance norvégiennes, dont la zone de contrôle a été utilisée pour l’essai, ainsi que les stations dépendant du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, n’ont rien détecté.
Toutefois, Amaury Dufay’us émet des réserves, estimant qu’une certaine contamination nucléaire était « probablement inévitable ». « Le missile lui-même devient radioactif lorsque son réacteur est activé. S’approcher trop près exposerait aux radiations, ce qui signifie qu’on ne peut pas le tester un grand nombre de fois », explique-t-il. Il conclut que dans le domaine de la dissuasion nucléaire, « le signal le plus important est la fiabilité, et c’est ce que révèlent les essais ».