Publié le 9 février 2026 à 04h00, mis à jour à 04h15. Les récentes turbulences sur le marché des métaux précieux, notamment l’or et l’argent, ne sont pas uniquement imputables à des facteurs économiques, mais reflètent une lutte d’influence croissante entre les États-Unis et la Chine.
Le marché des métaux précieux connaît actuellement des fluctuations importantes, qui semblent s’éloigner des dynamiques habituelles. Au-delà des simples considérations économiques, les analystes pointent du doigt une dimension politique de plus en plus prégnante. La rivalité entre les deux superpuissances, les États-Unis et la Chine, se répercute inévitablement sur les marchés financiers, et celui des métaux précieux n’y échappe pas.
Les métaux précieux, en particulier l’or et l’argent, sont traditionnellement considérés comme des valeurs refuges. En période d’instabilité monétaire ou de doute sur la fiabilité des monnaies fiduciaires, les investisseurs ont tendance à augmenter leurs avoirs en métaux précieux, par crainte d’un effondrement du système financier. Cette tendance historique se confirme actuellement.
Le dollar américain demeure la monnaie de référence du système monétaire international. Cependant, les dépenses publiques excessives des États-Unis et l’accumulation d’une dette colossale suscitent des inquiétudes quant à la capacité du pays à honorer ses engagements. La stratégie consistant à s’endetter pour rembourser ses dettes est perçue comme une solution temporaire et potentiellement insoutenable.
Cette préoccupation a été soulevée par plusieurs économistes et se traduit par une modification des stratégies des banques centrales. De nombreux pays ont commencé à réduire leurs avoirs en dette américaine et à augmenter leurs réserves d’or. Cette tendance a entraîné une ruée vers les métaux précieux de la part des investisseurs particuliers, propulsant le prix de l’or à des niveaux inédits, triplant en seulement deux ans, ce qui témoigne d’une perte de confiance dans le dollar.
Washington est conscient des risques liés à une déstabilisation du marché et cherche à éviter une situation qui affaiblirait la solidité financière des États-Unis, limiterait sa capacité à bénéficier des avantages du système financier mondial et réduirait son influence sur les autres nations.
Initialement, Pékin ne souhaitait pas s’engager dans une confrontation financière directe avec les États-Unis, privilégiant un environnement financier international stable pour le développement de son économie. La Chine a longtemps utilisé ses excédents commerciaux pour acquérir de la dette américaine, contribuant ainsi à financer les achats de produits chinois par les États-Unis. Cependant, la perception d’une volonté américaine de freiner l’ascension chinoise a contraint Pékin à reconsidérer sa stratégie.
Après des années d’efforts, la Chine a atteint un niveau de puissance économique et militaire comparable à celui des États-Unis, mais elle accuse encore un retard significatif sur le plan financier. Il est donc devenu nécessaire d’affaiblir progressivement le monopole financier américain pour se prémunir contre d’éventuelles pressions financières.
La Chine promeut activement la « dédollarisation » au sein du groupe BRICS. En l’absence d’une alternative immédiate au dollar, une stratégie plus réaliste consiste à utiliser les métaux précieux pour réduire l’influence de la monnaie américaine. Plus les investisseurs se tourneront vers les métaux précieux et moins ils détiendront de dette américaine, plus la demande de titres américains diminuera, les taux d’intérêt augmenteront, le fardeau de la dette américaine s’alourdira et l’économie américaine s’affaiblira.
Une baisse du taux de change du dollar inciterait également les capitaux à quitter le marché américain pour se diriger vers les pays émergents ou les marchés européens et japonais, réduisant ainsi la dépendance de la Chine à l’égard du marché américain et la protégeant contre d’éventuelles sanctions.
Le marché financier actuel est largement dominé par les États-Unis, qui fixent les règles du jeu et où les principales banques d’investissement sont américaines. Cela confère à Washington une influence considérable sur le marché à terme des métaux précieux, tandis que la Chine ne peut s’appuyer que sur l’offre limitée du marché au comptant pour refléter les prix réels.
À l’heure actuelle, cette compétition présente des avantages et des inconvénients pour les deux parties. À court terme, les États-Unis semblent avoir l’avantage, mais le déclin de leur puissance nationale pourrait progressivement inverser la situation.