Publié le 16 février 2026 à 07h00. Les élèves du secteur de l’enseignement spécialisé sont souvent contraints d’apprendre avec des manuels inadaptés, une situation qui compromet leur autonomie et leur progression scolaire, selon des témoignages recueillis sur le terrain.
- Les écoles spécialisées s’appuient de plus en plus sur une plateforme nationale pour créer du matériel pédagogique adapté, mais le financement reste insuffisant et incertain.
- Les éditeurs commerciaux hésitent à investir dans la création de manuels spécifiques en raison de la taille relativement réduite du marché.
- Des enseignants se mobilisent bénévolement pour pallier ce manque, mais cela représente une charge de travail supplémentaire importante.
Ilja de Voogd, directeur de l’école secondaire spécialisée VSO Alphons Laudyschool d’Amsterdam, souligne un paradoxe frappant : « Notre réalité, c’est qu’il n’existe pas de méthodes pédagogiques adaptées à notre public cible. » Cette absence de ressources adéquates a des conséquences directes sur l’apprentissage des élèves, les empêchant d’atteindre leur plein potentiel.
Les éditeurs de manuels scolaires justifient leur réticence par la taille du marché. « Le groupe d’étudiants est trop petit pour que la fabrication de matériel spécifique soit économiquement viable », explique Jorien Castelein, de l’association professionnelle MEVW. « Malheureusement, l’offre de ressources pédagogiques adaptées à ce public est insuffisante. »
Herald Hofmeijer, formateur d’enseignants pour l’enseignement spécialisé à l’Université des Sciences Appliquées d’Amsterdam, insiste sur l’importance de prendre en compte les rythmes d’apprentissage spécifiques des élèves. « Les manuels ordinaires partent du principe d’un développement standard. Pour l’enseignement spécialisé, il faut franchir des étapes intermédiaires et prévoir davantage de redoublements, sinon les enfants risquent de prendre du retard. »
Le manque d’adéquation entre le matériel pédagogique et la réalité des élèves peut même engendrer des situations conflictuelles. Steffie van der Meijden, ancienne enseignante de l’année, raconte : « Lorsqu’un adolescent de 16 ans voit le mot « groupe 3 » écrit en gros sur la couverture de son livre de lecture, cela crée un malaise profond. Cela génère de la frustration et peut même conduire à des débordements. »
Pour compenser ce manque, les enseignants se sont organisés et ont développé une plateforme numérique nationale, GOpen, où ils peuvent partager du matériel pédagogique de qualité. Cette initiative, portée par le conseil sectoriel GO, sera lancée début mars avec une cinquantaine de cours élaborés par des équipes d’enseignants et d’experts pédagogiques.

Le directeur De Voogd estime que GOpen pourrait apporter une solution durable. « Il est essentiel d’uniformiser le matériel pédagogique et de mutualiser les expertises. Cela permettrait à mes enseignants de consacrer plus de temps à l’accompagnement personnalisé des élèves. »
Chantal Kuyl-Mater, enseignante à l’Heliomare College Alkmaar, témoigne de l’impact positif d’un matériel pédagogique adapté. « Nous avons constaté que les enfants qui avaient des difficultés à lire ont commencé à progresser dès que nous avons utilisé des supports plus proches de leurs expériences. »
« Si vous comprenez mieux le monde qui vous entoure, vous pouvez également mieux y fonctionner. »
Chantal Kuyl-Mater, enseignante
Le développement de ce matériel pédagogique repose en grande partie sur l’engagement bénévole des enseignants, qui y consacrent souvent leur temps libre. « Je faisais partie de ceux qui préparaient leurs cours tous les week-ends et pendant les vacances », confie Van der Meijden.
Le conseil sectoriel GO plaide pour un financement gouvernemental plus conséquent afin de soutenir cette initiative. À l’heure actuelle, les enseignants ne reçoivent qu’une contribution volontaire provenant de subventions, et les écoles doivent assumer la majeure partie des coûts.
La semaine dernière, le ministère de l’Éducation a promis une subvention pour la plateforme GOpen jusqu’en 2030, mais le montant exact reste à déterminer. L’avenir au-delà de 2030 demeure incertain. Lettre du ministère de l’Éducation