Une nouvelle politique du ministère des Anciens Combattants (VA) rend plus difficile l’obtention d’une couverture santé pour les anciens combattants masculins atteints d’un cancer du sein. Une démarche qui suscite la colère de plus de deux douzaines de démocrates de la Chambre des Représentants, qui demandent son annulation.
La controverse a éclaté suite à un article de ProPublica révélant que le VA avait retiré le cancer du sein masculin d’une liste de pathologies présumées liées au service militaire. Auparavant, cette présomption facilitait grandement l’accès à la couverture. Désormais, les quelque cent anciens combattants masculins diagnostiqués chaque année avec cette maladie doivent prouver un lien direct entre leur service et leur cancer, un fardeau souvent insurmontable.
Cette décision s’inscrit dans le sillage d’un décret présidentiel de Donald Trump intitulé : « Défendre les femmes contre l’extrémisme idéologique de genre et restaurer la vérité biologique au gouvernement fédéral ». Les démocrates dénoncent une politisation des soins aux anciens combattants.
« Il est clair avec cette décision que le VA a impitoyablement placé les calculs politiques et le respect de décrets non scientifiques au-dessus de ses obligations de fournir des soins aux anciens combattants », ont écrit les représentants dans une lettre adressée au secrétaire du VA, Doug Collins. Ils demandent également de connaître les preuves, si elles existent, sur lesquelles l’agence s’est basée pour ce changement.
Parallèlement, le sénateur Richard Blumenthal, démocrate du Connecticut, a déposé un projet de loi visant à imposer au gouvernement de rendre publiques les modifications apportées aux prestations pour les anciens combattants exposés à des toxines. « Cette mesure garantit des informations essentielles aux anciens combattants », a déclaré le sénateur, soulignant que cette transparence est particulièrement critique alors que le VA semble réduire la couverture de certaines conditions sans fondement scientifique.
Le VA a défendu sa nouvelle politique, affirmant que les soins et les avantages continueraient d’être fournis à tout vétéran capable de démontrer un lien de service avec sa maladie. « Nous encourageons également tous les anciens combattants atteints d’un cancer du sein qui estiment que leur santé a pu être affectée par leur service militaire à soumettre une demande d’indemnisation pour invalidité », a déclaré le porte-parole du VA, Pete Kasperowicz.
Cependant, le processus de preuve de ce lien de service peut être coûteux, comme l’a démontré l’adoption de la loi PACT (Promise to Address Comprehensive Toxics) sous l’administration Biden, qui a simplifié l’accès à la couverture pour les anciens combattants exposés à des substances toxiques. L’année précédente, le VA avait d’ailleurs ajouté le cancer du sein masculin à la liste des maladies couvertes, suite à l’examen de données scientifiques par un groupe d’experts, le classant dans la catégorie des « cancers de la reproduction » exigés par la loi PACT.
Le VA maintient que le cancer du sein masculin n’est pas un cancer de la reproduction au sens de la loi PACT, malgré les conclusions d’experts. Une affirmation jugée contestable par les démocrates, qui rappellent que la loi PACT est un texte contraignant et non une suggestion.
Malgré les assurances du secrétaire Collins que les avantages ne seraient pas réduits, les experts craignent que cette nouvelle politique n’entraîne des retards, voire des refus de soins, pour des anciens combattants dont la maladie est pourtant reconnue comme particulièrement mortelle chez les hommes, avec une prévalence en hausse.
Le projet de loi du sénateur Blumenthal, baptisé CLARITY (Presumptive Clear Legal Assessment and Review of Illnesses from Toxic Exposure Yields), obligerait le VA à créer un site web détaillant ses décisions concernant la couverture des maladies liées à l’exposition à des substances toxiques, renforçant ainsi la transparence du processus.