Publié le 07/10/2025 09:30:00. L’approche de la protection de la nature évolue : au-delà de la préservation intrinsèque, les bénéfices directs pour l’humanité sont de plus en plus mis en avant, notamment par des études quantifiant les impacts de la déforestation sur la santé humaine et des initiatives de financement innovantes comme le Fonds « Tropical Forests Forever ».
- La déforestation en Asie du Sud-Est est associée à un nombre significativement plus élevé de décès liés à la chaleur que dans d’autres régions tropicales, selon une étude de l’Université de Leeds.
- Les forêts offrent des avantages écologiques et économiques concrets, allant de la régulation thermique à l’amélioration de la qualité de l’eau et la pollinisation des cultures essentielles.
- De nouveaux mécanismes financiers, tels que les marchés du carbone et le Fonds « Tropical Forests Forever », visent à encourager la protection des forêts par des paiements aux pays conservant leur couverture végétale.
Longtemps axée sur la protection de la nature pour elle-même, la conservation connaît un changement de paradigme. La prise de conscience des conséquences humaines de la déforestation et de la perte de biodiversité, comme l’extinction d’espèces emblématiques ou la dégradation des habitats, n’a pas suffi à inverser les tendances alarmantes de destruction des écosystèmes. Désormais, les organisations scientifiques et écologistes soulignent les retombées positives directes des écosystèmes sains sur les sociétés humaines.
Une étude récente de l’Université de Leeds, relayée par notre confrère Chabbat, met en lumière les conséquences sanitaires de la déforestation en Asie du Sud-Est. Dans cette région, environ 15 680 habitants des zones rurales meurent chaque année de complications liées à la chaleur, un chiffre bien supérieur aux 9 890 enregistrés en Afrique tropicale et aux 2 520 dans les Amériques. Cette surmortalité s’explique principalement par une densité de population rurale plus élevée dans les zones forestières d’Asie du Sud-Est, où la canopée forestière, source naturelle de fraîcheur par son ombre et par le processus de transpiration, fait cruellement défaut.
Les bienfaits des forêts vont bien au-delà de la simple capture du carbone. Des recherches ont démontré leur rôle crucial dans l’amélioration de la qualité de l’eau et le renforcement de la sécurité alimentaire. La disparition de pollinisateurs, tels que les roussettes (une espèce de chauve-souris frugivore), a ainsi un impact direct sur la production de fruits très appréciés comme le durian, entraînant une baisse des rendements.
Parallèlement, les discussions sur la valorisation économique de la protection des forêts gagnent du terrain. Les marchés du carbone et les nouvelles initiatives de financement, comme le Fonds « Tropical Forests Forever » promu par la présidence brésilienne de la COP30 qui se tiendra au Brésil le mois prochain, visent à rémunérer les pays pour leurs efforts de préservation et d’extension de leur couvert forestier. Ces approches « utilitaires » pourraient inciter les décideurs politiques à privilégier la conservation, en démontrant que celle-ci n’est pas uniquement une question environnementale mais aussi un enjeu économique et sanitaire.
Cependant, cette orientation suscite des réserves. Certains acteurs de la conservation craignent que l’implication du secteur privé n’entraîne des conflits d’intérêts, diluant les objectifs originels de la protection environnementale, ou n’ouvre la porte au « greenwashing », des entreprises masquant leurs activités extractives sous couvert d’initiatives écologiques. L’auteure souligne la nécessité de multiplier les récits pour parvenir à l’objectif ultime : endiguer le déclin de la nature.
À Singapour, des efforts locaux visent à sensibiliser la population urbaine à la biodiversité locale. La Société Herpétologique de Singapour, par exemple, finance des projets dédiés aux reptiles et amphibiens, des espèces moins « populaires » mais tout aussi importantes. De même, la Bird Society of Singapore propose des initiatives pour familiariser les citoyens à l’observation des oiseaux et à la contribution à la science citoyenne.
Face à la multiplicité des priorités, une vision pragmatique de la nature, soulignant ses bénéfices tangibles, pourrait convaincre davantage de gouvernements. L’auteure rappelle enfin que la sensibilisation passe aussi par l’émerveillement, un sentiment fondamental pour susciter l’intérêt du public.