Publié le 2024-10-27 14:35:00. La flambée des loyers en Grèce rend l’accès au logement de plus en plus difficile, en particulier pour les jeunes et les familles à faibles revenus, menaçant la reprise économique du pays.
- Les loyers à Athènes ont augmenté de plus de 50 % entre 2019 et 2024, un taux bien supérieur à celui observé dans d’autres capitales européennes comme Madrid (26 %) ou Paris (14 %).
- Une pénurie estimée à 180 000 logements dans les grandes villes grecques, exacerbée par le programme de « Visa d’or », contribue à la pression sur les prix.
- Malgré une croissance des salaires moyens d’environ 27 %, les Grecs consacrent la plus grande part de leurs revenus au logement parmi les pays de l’Union européenne.
La situation sur le marché locatif grec est devenue critique. De nombreux ménages sont contraints de réduire leurs dépenses essentielles ou de vivre chez leurs parents, tandis que la perspective d’une indépendance financière s’éloigne pour une génération entière.
Irini Sintihaki, 28 ans, criminologue, témoigne de cette réalité : elle a dû quitter son appartement athénien lorsque son propriétaire a annoncé une augmentation de loyer équivalente à son salaire mensuel. Elle a finalement dû emménager chez sa sœur. Ilias Daskalopoulos, 33 ans, chef cuisinier, vit encore avec ses parents, incapable d’assumer les coûts d’un logement indépendant. Selon lui, le loyer et les charges sont devenus un luxe inaccessible.
Selon une analyse de Reuters, les prix des loyers augmentent plus rapidement que les revenus des ménages, limitant le pouvoir d’achat des familles et freinant la reprise économique. Les bas salaires et les augmentations de revenus limitées ne parviennent pas à compenser cette hausse. Plus de 83 % des Grecs sont, selon le Small Business Institute, incapables d’épargner.
La crise du logement est en partie due à une réduction de la construction pendant les années de crise économique (2009-2018). La Banque du Pirée estime qu’il manque actuellement environ 180 000 appartements à louer et à vendre dans les grandes villes du pays.
Le programme de « Visa d’or », lancé en 2014, a également contribué à la situation. Environ 20 000 propriétés, principalement à Athènes, ont été vendues à des étrangers depuis le milieu des années 2010, et environ 150 000 ont été retirées du marché locatif traditionnel pour être proposées en location courte durée.
Les experts s’inquiètent des conséquences de cette dynamique. Une demande intérieure affaiblie et une économie moins durable sont à craindre. Themistoklis Bakas, président du réseau E-Real Estate, souligne que il y a souvent des centaines de candidats pour chaque appartement disponible. Les subventions gouvernementales au loyer, destinées aux travailleurs à bas salaire, ont un impact limité face à cette forte demande.
Les acteurs du secteur immobilier ne prévoient pas d’amélioration rapide. Au rythme actuel de la construction, la pénurie de logements ne sera comblée qu’au plus tôt dans cinq ans.