Publié le 16 février 2024 14h50. Une équipe de chercheurs explore une approche novatrice pour ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer : la stimulation cérébrale par des lumières clignotantes et des sons synchronisés. Des essais cliniques à grande échelle sont en cours pour évaluer l’efficacité de cette méthode non invasive.
- Un essai clinique de phase 3 impliquant près de 700 patients est actuellement en cours aux États-Unis.
- La stimulation combinée à 40 Hz vise à influencer l’activité neuronale associée à la mémoire, en particulier dans l’hippocampe.
- Si les résultats sont confirmés, cette approche pourrait offrir une alternative abordable aux traitements médicamenteux existants.
La maladie d’Alzheimer, une forme de démence qui affecte des millions de personnes dans le monde, représente un défi majeur de santé publique. Alors que l’industrie pharmaceutique concentre ses efforts sur le développement de médicaments, une équipe de recherche du Georgia Institute of Technology et de l’Université Emory explore une voie différente : la stimulation sensorielle non invasive. Annabelle Singer, professeure agrégée et ingénieure biomédicale à ces institutions, est à l’origine de cette approche prometteuse.
« Notre approche est très différente de l’approche classique dans la maladie d’Alzheimer, explique-t-elle. Nous avons identifié comment l’activité neuronale essentielle à la mémoire échoue dans cette maladie. Nous utilisons ensuite ces informations pour développer une stimulation cérébrale qui pourrait améliorer la santé du cerveau. »
Le dispositif développé par l’équipe de Singer ressemble à une paire de lunettes de ski associée à des écouteurs. Les lunettes émettent des lumières clignotantes à une fréquence d’environ 40 Hz (cinq fois plus rapide qu’un stroboscope classique), tandis que les écouteurs diffusent un son rapide et répétitif. Cette combinaison est conçue pour moduler l’activité neuronale et potentiellement ralentir le déclin cognitif.
Des études précliniques et une étude de faisabilité préliminaire ont montré des résultats encourageants, suggérant qu’une heure d’exposition quotidienne à cette stimulation pourrait atténuer la perte de volume cérébral dans les régions clés de la mémoire et ralentir le déclin cognitif. Cependant, Singer tempère l’enthousiasme : « Nous ne savons pas si nous pouvons réparer les dégâts déjà causés à la mémoire. Ce que nous essayons de faire, c’est de ralentir le déclin en cours. »
L’essai clinique de phase 3, mené par Cognito Therapeutics, une société spécialisée dans les dispositifs médicaux portables, implique près de 700 patients répartis sur 70 sites aux États-Unis. Singer agit en tant que conseillère scientifique pour l’entreprise. Les chercheurs espèrent que les participants recevant la stimulation montreront un ralentissement significatif, voire une stabilisation, de leur déclin cognitif par rapport à un groupe témoin. Les résultats de cet essai sont attendus d’ici la fin de l’année.
La recherche de nouveaux traitements contre la maladie d’Alzheimer est une course mondiale. Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 57 millions de personnes souffrent de démence dans le monde, la maladie d’Alzheimer étant la forme la plus courante. Aux États-Unis, plus de 7 millions de personnes de plus de 65 ans vivent avec cette maladie, et ce chiffre pourrait atteindre 13,8 millions d’ici 2060 si des progrès médicaux significatifs ne sont pas réalisés.
Récemment, la Food and Drug Administration (FDA) américaine a approuvé des médicaments tels que le lécanemab et le donanemab, mais leur efficacité est limitée (une réduction du déclin d’environ 27 % et 35 % respectivement), et ils présentent des risques potentiels, notamment un œdème cérébral ou des hémorragies. De plus, leur coût annuel élevé, estimé à environ 30 000 $ (environ 27 700 €), limite leur accès pour de nombreux patients.
L’intérêt d’Annabelle Singer pour la lumière et le son remonte à son adolescence. Elle rêvait initialement d’une carrière de scénographe, fascinée par la manière dont les lumières et les sons, parfaitement synchronisés, pouvaient créer des atmosphères immersives. Après des études à l’Université Wesleyan, puis à l’Université de Californie à San Francisco, et des recherches postdoctorales au Massachusetts Institute of Technology, elle a été confrontée à la réalité des options de traitement limitées pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer lors d’un stage au centre de mémoire de l’UCSF. « C’était impressionnant de constater à quel point les tests étaient sophistiqués, mais en même temps, ils offraient très peu de véritables options de traitement », se souvient-elle.
Les recherches antérieures avaient démontré que les lumières clignotantes pouvaient influencer l’activité neuronale du cortex visuel. Cependant, la maladie d’Alzheimer affecte particulièrement l’hippocampe, une région du cerveau essentielle à la mémoire. « Nous avons découvert que la lumière et le son combinés à 40 Hz peuvent atteindre l’hippocampe », précise Singer.
Les effets secondaires les plus fréquemment observés lors des tests sont des maux de tête. Des tests menés sur des personnes souffrant de troubles épileptiques n’ont pas déclenché de crises et ont même montré une réduction de l’activité épileptique subclinique, un résultat qui continue d’être étudié.
Singer souligne que les traitements médicamenteux restent importants, mais estime qu’ils ne s’attaquent pas directement aux mécanismes de la mémoire. « Une chose qui nous passionne, c’est à quel point cette intervention pourrait être accessible, dit-elle. Si nous disposons d’une méthode sûre et à faible risque, cela change complètement l’équation. » Si l’essai clinique confirme les résultats préliminaires, la stimulation par la lumière et le son pourrait devenir un outil inattendu dans la lutte contre cette maladie dévastatrice.