Publié le 2025-10-08 08:39:00. La France est sous tension politique alors qu’un nouveau Premier ministre démissionne, plaçant le pays face à des défis budgétaires majeurs et à des règles européennes strictes.
- Sébastien Lecornu, Premier ministre français depuis 27 jours, a présenté sa démission lundi 7 octobre 2025.
- La France risque une sanction de l’Union européenne pour son déficit budgétaire et sa dette publique, largement supérieurs aux seuils autorisés.
- La capacité du gouvernement à présenter un budget conforme aux règles de l’UE d’ici la fin de l’année semble compromise par l’instabilité politique.
La scène politique française est en ébullition. Emmanuel Macron, président de la République, est confronté à une crise gouvernementale majeure avec la démission de son cinquième Premier ministre en moins de deux ans. Sébastien Lecornu, nommé seulement le 10 septembre 2025, a annoncé son départ lundi, une décision qui intervient dans un contexte de tensions croissantes à Bruxelles concernant la discipline budgétaire de la France.
La France, deuxième économie de la zone euro, affiche des indicateurs financiers inquiétants. Son déficit budgétaire s’élevait à 5,8% du produit intérieur brut (PIB) en 2024, et sa dette publique atteignait 113% du PIB l’année dernière. Ces chiffres dépassent largement les limites fixées par l’Union européenne : un déficit ne devant pas excéder 3% du PIB et une dette publique ne devant pas dépasser 60% du PIB. La France a été placée sous « Procédure de déficit excessive », un mécanisme de surveillance du respect du pacte de stabilité et de croissance. Les États membres ont jusqu’en 2029 pour se mettre en conformité, mais la situation actuelle soulève des doutes quant à la capacité de Paris à respecter ses engagements.
Face à cette instabilité, le président Macron a accordé un délai de 48 heures à Sébastien Lecornu pour proposer un plan de « stabilité du pays » et un moyen de surmonter l’impasse politique. Le Premier ministre sortant a indiqué qu’il ferait un point avec le président mercredi 8 octobre au soir. Ce dernier a toutefois nuancé l’idée d’une dissolution du Parlement, évoquant une volonté de parvenir à un accord sur le budget 2026 avant la fin de l’année, après des discussions avec les différentes forces politiques.
Cependant, l’optimisme reste mesuré. L’extrême gauche et l’extrême droite ont d’ores et déjà appelé à la démission du président Macron et à de nouvelles élections. Les observateurs s’interrogent sur la capacité des partis rivaux à trouver un terrain d’entente pour élaborer un budget conforme aux règles européennes, dans un contexte de fragmentation politique accrue.
« La question est : comment respecter ces règles européennes ? » a commenté Antonio Fatas, professeur d’économie à l’INSEAD. « Actuellement, le déficit en France est clairement au-delà des règles, et il n’est pas clair si le budget français permettra de revenir dans les clous rapidement, ce que les règles exigent. » Il ajoute que, compte tenu de la composition du Parlement, de sa fragmentation et des positions de l’extrême droite et de l’extrême gauche, « il semble très, très difficile de réaliser un budget qui respecte ces règles ».
L’Union européenne pourrait temporiser, mais les marchés financiers sont moins indulgents. La France a déjà vu sa note de crédit dégradée par Fitch le mois dernier, et Moody’s est attendue pour faire de même fin octobre. Les coûts d’emprunt de la France ont déjà augmenté suite à ces dégradations.
Si les efforts de Sébastien Lecornu venaient à échouer, Emmanuel Macron serait confronté à un choix difficile : nommer un nouveau Premier ministre, dissoudre l’Assemblée nationale et organiser de nouvelles élections, ou démissionner. Cette dernière option est jugée très improbable. Dans tous les cas, les économistes s’accordent à dire qu’une avancée significative dans la réduction du déficit et de la dette du pays est peu probable, d’autant plus qu’une croissance économique ralentie est attendue.
« Quels que soient les scénarios, nous n’aurons pas un budget approprié d’ici la fin de l’année », a déclaré Hadrien Camatte, économiste principal pour la France, la Belgique et la zone euro chez Natixis. Il anticipe que le déficit budgétaire restera proche de son niveau actuel (5,4-5,5 % du PIB) pour 2024 et potentiellement pour 2025.
Goldman Sachs a également revu à la hausse ses prévisions de déficit budgétaire pour 2025, le portant à 5,5% du PIB, en raison des retards dans l’adoption du budget. La banque d’investissement américaine s’attend à une croissance ralentie pour la France, prévoyant une expansion de seulement 0,8% en 2026. Les économistes de Goldman Sachs notent que « des désaccords politiques profonds, une croissance plus lente et des coûts d’emprunt plus élevés sont susceptibles d’empêcher des progrès significatifs ». Ils anticipent que la France entamera l’année prochaine avec un budget « gelé », ou du moins partiellement approuvé.