Publié le 6 octobre 2025. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et ses partenaires appellent à un diagnostic plus précoce et à une prise en charge immédiate des hémorragies post-partum (HPP) grâce à de nouvelles directives visant à sauver des milliers de vies maternelles chaque année.
- Un seuil de perte sanguine abaissé de 500 ml à 300 ml pour diagnostiquer une HPP.
- Une nouvelle approche diagnostique et thérapeutique, le « Faisceau de motivations », préconisée pour une intervention rapide et efficace.
- Des recommandations pour améliorer les soins prénataux et postnataux, notamment la gestion de l’anémie, et décourager les épisiotomies de routine.
De nouvelles recommandations conjointes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), de la Fédération Internationale de Gynécologie et d’Obstétrique (FIGO) et de la Confédération Internationale des Sages-Femmes (ICM) redéfinissent la prise en charge des hémorragies post-partum (HPP). Désormais, une perte de sang de 300 ml après l’accouchement doit alerter et déclencher un diagnostic d’HPP, contre 500 ml auparavant. Cette mesure vise à permettre des interventions plus précoces et donc plus efficaces, car le diagnostic tardif est souvent fatal.
Pour faciliter cette détection précoce, les professionnels de santé sont encouragés à utiliser un drapé calibré, un outil simple permettant de mesurer avec précision la quantité de sang perdu. Dès qu’une HPP est suspectée, il est recommandé de mettre en œuvre le « Faisceau de motivations » (ou « Bundle of Interventions » en anglais). Ce protocole inclut le massage utérin, l’administration de médicaments ocytociques pour stimuler les contractions, l’acide tranexamique (TXA) pour réduire les saignements, la pose de perfusions de fluides, l’examen attentif des voies génitales et, si nécessaire, l’escalade des soins vers une structure plus spécialisée.
L’HPP représente l’une des principales causes de mortalité maternelle à l’échelle mondiale, responsable de près de 45 000 décès annuels. Même lorsqu’elle n’est pas mortelle, elle peut laisser des séquelles physiques et psychologiques à vie, allant de dommages organiques importants à des anxiétés et traumatismes profonds.
« L’hémorragie post-partum est la complication la plus dangereuse de l’accouchement car elle peut dégénérer avec une vitesse aussi alarmante. Bien qu’elle ne soit pas toujours prévisible, les décès sont évitables avec les bons soins. Ces directives sont conçues pour maximiser l’impact lorsque le fardeau est le plus élevé et les ressources sont les plus limitées – aider à garantir que davantage de femmes survivent à l’accouchement et peuvent rentrer chez elles en toute sécurité dans leurs familles. »
Dr Jeremy Farrar, adjoint général adjoint
Une approche rapide, réalisable et efficace
Ce changement dans les recommandations s’appuie sur une étude majeure publiée dans The Lancet, qui a analysé les données de plus de 300 000 femmes. L’étude a confirmé que la perte de 300 ml de sang, combinée à des signes de choc hémodynamique (pouls rapide, tension artérielle basse), constituait un seuil de sensibilité optimal pour le diagnostic. Dans les cas où les saignements persistent malgré ces mesures, les directives prévoient le recours à la chirurgie ou à des transfusions sanguines.
« Les femmes touchées par l’HPP ont besoin de soins qui sont rapides, réalisables, efficaces et qui poussent les progrès vers l’élimination des décès liés aux HPP. Ces directives adoptent une approche proactive de préparation, de reconnaissance et de réponse. Ils sont conçus pour assurer un impact réel – permettant aux agents de santé de fournir les bons soins, au bon moment et dans un large éventail de contextes. »
Professeure Anne-Beatrice Kihara, présidente de la FIGO
Le lancement officiel de ces nouvelles directives a eu lieu lors du Congrès Mondial de la FIGO à Cape Town, en Afrique du Sud, le dimanche 5 octobre. Au-delà de la gestion de l’hémorragie elle-même, les recommandations insistent sur l’importance des soins prénataux et postnataux pour réduire les facteurs de risque, notamment l’anémie. Pour les mères anémiques, un apport quotidien de fer et d’acide folique pendant la grossesse est préconisé, ainsi que des transfusions de fer par voie intraveineuse si un apport rapide est nécessaire, y compris après une HPP ou en cas d’échec du traitement oral.
Les nouvelles lignes directrices découragent également la pratique systématique des épisiotomies, afin de limiter les risques de traumatismes et de saignements importants post-accouchement. En fin de troisième phase du travail, la prise de médicaments favorisant la contraction utérine, comme l’ocytocine ou la carbétocine, est recommandée. Si les voies intraveineuses ne sont pas disponibles ou si la chaîne du froid est compromise, le misoprostol peut être utilisé en dernier recours.
Des protocoles renforcés pour sauver des vies
Selon la professeure Jacqueline Dunkley-Bent, sage-femme en chef de l’ICM, ces directives représentent un tournant. Cependant, pour éradiquer les décès maternels évitables liés à l’HPP, elle lance un appel aux gouvernements, aux systèmes de santé, aux donateurs et aux partenaires pour qu’ils adoptent rapidement ces recommandations et investissent dans les sages-femmes et les soins maternels.
« Les sages-femmes savent à quelle vitesse une hémorragie post-partum peut dégénérer et coûter des vies. Ces lignes directrices changent la donne. Mais pour mettre fin aux décès évitables de l’HPP, nous avons besoin de plus que des preuves et des protocoles. Nous appelons les gouvernements, les systèmes de santé, les donateurs et les partenaires à adopter ces recommandations, à les mettre en œuvre rapidement et à investir dans les sages-femmes et les soins maternels afin que l’hémorragie post-partum devienne une tragédie du passé. »
Professeure Jacqueline Dunkley-Bent, sage-femme en chef de l’ICM
Un commentaire publié dans The Lancet salue ces nouvelles directives comme une « intervention en action ». Elles alignent le continuum de prévention, de détection et de traitement avec les « catalyseurs » nécessaires, tout en précisant ce qu’il ne faut pas faire dans des contextes de ressources limitées. Les lignes directrices prennent en compte le lieu de l’accouchement, la présence des intervenants et la disponibilité des produits, réduisant ainsi l’ambiguïté qui paralyse souvent l’action en situation d’urgence.