À partir du 25 février 2026, les citoyens britanniques possédant une double nationalité devront impérativement présenter un passeport britannique pour entrer au Royaume-Uni, une mesure qui renforce le contrôle aux frontières à l’ère numérique.
Jusqu’à présent, un passeport étranger seul suffisait pour les doubles nationaux. Désormais, à défaut de passeport britannique, ils devront acquérir un certificat de droit de séjour, dont le coût s’élève à 589 £ (environ 676 euros), pour pouvoir franchir les frontières britanniques. Cette nouvelle règle vise à aligner les doubles nationaux sur le système d’autorisation de voyage électronique (ETA) récemment mis en place et à éviter toute confusion lors des contrôles.
Juridiquement, le droit des citoyens britanniques d’entrer et de résider au Royaume-Uni n’est pas remis en question. En pratique, cependant, la manière dont ce droit doit être prouvé change radicalement. Cette évolution reflète une transformation plus large de la notion de citoyenneté à l’ère numérique.
La double nationalité est devenue une pratique de plus en plus courante à l’échelle internationale au cours des trois dernières décennies. En 1990, moins d’un tiers des pays l’autorisaient en cas de naturalisation, contre environ les trois quarts en 2016. Ce phénomène est lié à la mondialisation et à la mobilité croissante des populations, les États reconnaissant ainsi les liens multiples que les migrants entretiennent souvent avec différents pays.
Les chiffres du recensement britannique confirment cette tendance. En 2021, 1,2 % des résidents nés au Royaume-Uni (587 600 personnes) possédaient une double nationalité, contre 0,5 % en 2011 (231 600). Parmi les résidents non nés au Royaume-Uni, 6,5 % étaient détenteurs d’une double nationalité britannique en 2021 (648 700), contre 5,1 % en 2011 (381 200). Cette augmentation coïncide avec le Brexit, de nombreux résidents ayant cherché à conserver leurs droits liés à la citoyenneté européenne ou à acquérir la nationalité britannique pour préserver leur accès au Royaume-Uni.
La nouvelle réglementation ne signifie pas une moindre tolérance du Royaume-Uni envers la double nationalité, mais plutôt une conséquence de la numérisation croissante des frontières. Les contrôles ne se limitent plus aux bureaux de passeport, mais s’opèrent désormais via des systèmes d’enregistrement des compagnies aériennes, des autorisations de voyage préalables, des bases de données biométriques et des évaluations algorithmiques des risques. Les compagnies aériennes sont tenues de vérifier l’éligibilité des passagers avant l’embarquement, et les systèmes numériques comparent les données des passeports aux enregistrements centralisés.
Or, la double nationalité, et plus largement la vie transnationale, introduisent une complexité que ces systèmes numériques ont du mal à gérer. Des différences de nom, des changements de nom liés au mariage, des variations dans la translittération des caractères ou l’absence de passeport britannique pour les enfants nés à l’étranger peuvent poser problème. La numérisation des contrôles frontaliers laisse peu de place à la discrétion administrative, d’où la nécessité d’exiger un passeport britannique pour entrer en Grande-Bretagne.
Les doubles nationaux ne constituent pas un groupe homogène. On y trouve des migrants naturalisés ayant conservé leur nationalité d’origine, des citoyens nés au Royaume-Uni ayant acquis une autre nationalité, des enfants de familles mixtes, des descendants d’émigrants britanniques et des membres de communautés établies de longue date issues du Commonwealth. Pour certains, cette nouvelle règle se traduira simplement par la nécessité de renouveler leur passeport britannique. Pour d’autres, en particulier les familles vivant à l’étranger, elle introduira une étape bureaucratique inattendue.
Cette exigence de passeport s’inscrit dans un contexte politique plus large où les États renforcent le contrôle de la citoyenneté. Aux États-Unis, l’administration de Donald Trump avait déjà tenté de restreindre le droit de citoyenneté du droit du sol et d’étendre les pouvoirs de l’État pour révoquer la citoyenneté. Il ne s’agit peut-être pas d’un retrait de la double citoyenneté, mais plutôt d’une transformation, d’un contrôle accru par la bureaucratie. La citoyenneté n’est plus un statut juridique acquis une fois pour toutes, mais doit rester lisible pour les systèmes de frontières numériques et être constamment vérifiée.