Publié le 16 février 2026 à 12h18. Malgré l’opposition du gouvernement, le Congrès chilien a prolongé la validité des permis de conduire expirés jusqu’au 31 décembre 2026, une mesure justifiée par les difficultés persistantes rencontrées par les municipalités pour répondre à la demande de renouvellement.
- Le Congrès a approuvé une prolongation de la validité des permis de conduire jusqu’à fin 2026.
- Les difficultés de renouvellement persistent en raison de la saturation des services municipaux, un problème exacerbé depuis la pandémie.
- Des experts s’inquiètent des risques liés à cette prolongation, notamment en matière de sécurité routière.
La décision de prolonger la validité des permis de conduire, initialement mise en place pour faire face aux contraintes liées à la pandémie de Covid-19, a été reconduite par le Congrès chilien. Cette mesure, qui permet aux conducteurs dont les permis sont sur le point d’expirer de continuer à conduire jusqu’au 31 décembre 2026, intervient alors que les municipalités peinent à gérer l’afflux de demandes de renouvellement.
La situation est particulièrement préoccupante, car les délais d’obtention d’un nouveau permis de conduire se sont considérablement allongés. La procédure, qui comprend la prise de rendez-vous, la constitution d’un dossier, la réalisation d’examens médicaux et psychotechniques, le paiement des frais et la réception du nouveau document, est jugée lente et fastidieuse par de nombreux usagers. L’introduction d’un système numérique en 2025 n’a pas suffi à résoudre le problème.
Cette situation a suscité des critiques, notamment à travers une lettre intitulée « Prolongation qui légalise l’effondrement », publiée dans le journal El Mercurio par Alejandro Lizana. Celui-ci dénonce un problème structurel, estimant que
« La prolongation du renouvellement des permis de conduire ne peut plus être attribuée à la pandémie. C’est la conséquence d’un système mal conçu, basé sur la méfiance et une logique administrative obsolète. »
Alejandro Lizana
Selon M. Lizana, le système chilien impose des examens standardisés à tous les conducteurs, les obligeant à prouver des compétences déjà acquises, sans distinction entre les conducteurs prudents et ceux ayant un historique de risques. Cette approche génère une saturation permanente des services.
Des alternatives existent à l’étranger
Le débat a également porté sur les pratiques d’autres pays, où le renouvellement des permis de conduire peut se faire à distance, à condition qu’il n’y ait pas d’éléments préoccupants. Des pays comme la Suède, le Royaume-Uni, Singapour, les Pays-Bas, ainsi que certaines régions d’Australie, du Canada et des États-Unis, autorisent le renouvellement en ligne si le conducteur n’a pas commis d’infractions graves, ne souffre pas de problèmes de santé ou n’a pas d’antécédents nécessitant une évaluation plus approfondie.
Dans ces cas, les examens en personne ne sont requis que si des facteurs de risque sont identifiés. Alejandro Lizana souligne que
« L’expérience internationale montre qu’il existe une alternative raisonnable : séparer le renouvellement administratif de la réévaluation des compétences. »
Alejandro Lizana
et ajoute que
« dans les systèmes modernes, la licence est renouvelée à distance sauf alerte objective. »
Alejandro Lizana
Les experts mettent en garde contre les risques de la prolongation
Carlos Larravide, directeur général de l’Automobile Club du Chili, a vivement critiqué la prolongation approuvée par le Congrès, la qualifiant de
« décision dénuée de toute logique. »
Carlos Larravide, directeur général de l’Automobile Club du Chili
Il met en garde contre les conséquences négatives de cette mesure, déjà observées par le passé, et craint que le déséquilibre administratif ne persiste pendant des années.
M. Larravide insiste sur le fait que
« Ces contrôles ne sont pas une simple procédure bureaucratique »,
Carlos Larravide, directeur général de l’Automobile Club du Chili
car ils permettent de vérifier les aptitudes cognitives, psychologiques et motrices nécessaires à la conduite. Il considère qu’opter pour des solutions administratives rapides représente
« un signe inacceptable de négligence politique. »
Carlos Larravide, directeur général de l’Automobile Club du Chili
Le renouvellement automatique, une solution envisageable ?
Alberto Escobar, spécialiste de la sécurité routière, a souligné que dans des pays comme l’Allemagne, le permis de conduire n’expire pas, mais que les conducteurs sont soumis à un contrôle permanent.
« Chaque activité liée à la mobilité est surveillée en permanence par l’État »,
Alberto Escobar, spécialiste de la sécurité routière
a-t-il précisé, ce qui permet une supervision efficace et continue.
Cependant, M. Escobar a averti que le Chili ne dispose pas d’un tel niveau d’intégration institutionnelle ni d’échange d’informations, soulignant que l’application d’une mesure similaire serait risquée, car elle pourrait se traduire par des années sans évaluation formelle des conducteurs.
Álvaro Miranda, directeur du programme de transport et de logistique à l’UTEM, partage cet avis. Il estime que le renouvellement automatique
« pourrait être une contribution, mais nous en sommes loin. »
Álvaro Miranda, directeur du programme de transport et de logistique à l’UTEM
Il préconise des solutions à court et moyen terme, telles que la sous-traitance des examens médicaux et psychosensométriques à des centres certifiés, afin de permettre aux municipalités de se concentrer sur le processus administratif.
M. Miranda conclut que l’automatisation
« C’est une bonne idée, mais nous ne pouvons pas la mettre en œuvre aujourd’hui. »
Álvaro Miranda, directeur du programme de transport et de logistique à l’UTEM
, soulignant la nécessité de construire des bases de données et des systèmes d’information intégrés qui n’existent pas actuellement.