Publié le 25 octobre 2025. Des chercheurs de l’Université de l’Iowa suggèrent que la sclérose en plaques (SEP) pourrait être liée à des déséquilibres dans le microbiome buccal, ouvrant la voie à de nouveaux diagnostics et traitements basés sur la salive.
- Une étude révèle des différences significatives dans le microbiome oral des personnes atteintes de SEP par rapport aux individus sains.
- Ce déséquilibre se caractérise par une diminution des « bonnes » bactéries et une augmentation des bactéries potentiellement pathogènes, ainsi qu’une baisse d’un métabolite protecteur, l’hypotaurine.
- Ces découvertes pourraient mener à des tests diagnostiques non invasifs basés sur la salive et à de nouvelles approches thérapeutiques ciblées.
Si la communauté scientifique s’intéresse de plus en plus aux interactions entre notre corps et les milliards de micro-organismes qui le peuplent – le microbiome –, l’attention s’est longtemps concentrée sur l’intestin. Pourtant, d’autres zones, comme la bouche, abritent des écosystèmes microbiens complexes dont le rôle dans notre santé est progressivement révélé. Des chercheurs de l’Université de l’Iowa Healthcare ont mené l’analyse génétique et métabolique la plus exhaustive à ce jour du microbiote oral chez les patients atteints de sclérose en plaques (SEP), une maladie auto-immune affectant le système nerveux central.
Leur travail, publié dans la revue npj Biofilms and Microbiomes, met en évidence un microbiote buccal distinct chez les individus atteints de SEP. « Si le lien entre le microbiome intestinal et la SEP est connu depuis longtemps, le microbiome buccal, deuxième écosystème microbien le plus diversifié de l’organisme, a reçu beaucoup moins d’attention », explique Ashutosh Mangalam, professeur de pathologie à l’Université de l’Iowa et auteur principal de l’étude. Pourtant, il a déjà été associé à d’autres pathologies neurologiques, comme la maladie d’Alzheimer, et inflammatoires, telles que la polyarthrite rhumatoïde.
« Votre bouche peut en révéler plus sur votre état de santé général que vous ne le pensez. Notre étude montre que les personnes atteintes de SEP présentent des différences mesurables au niveau des bactéries et des métabolites présents dans leur salive. Et il ne s’agit pas seulement de perdre quelques bonnes bactéries ; cela suggère qu’il existe une dégradation de l’écosystème oral chez les personnes atteintes de SEP. »
Ashutosh Mangalam, PhD, professeur de pathologie à l’UI
À ce jour, il n’existe pas de remède curatif pour la SEP, bien que des traitements permettent de ralentir sa progression et d’atténuer ses symptômes tels que la faiblesse musculaire, les troubles de l’équilibre, de la vision et cognitifs.
Les résultats de cette nouvelle recherche pourraient ouvrir la voie au développement de tests salivaires simples pour la détection et le suivi de la maladie, ainsi qu’à de nouvelles classes de traitements visant à restaurer l’équilibre du microbiome oral.
La SEP caractérisée par une perte de bactéries bénéfiques et une prolifération de bactéries pathogènes
L’équipe du professeur Mangalam a utilisé des techniques de séquençage métagénomique et de métabolomique non ciblée pour examiner l’influence des communautés bactériennes buccales et de leurs métabolites sur la SEP. Les chercheurs ont analysé la salive de 50 patients atteints de SEP rémittente-récurrente (la forme la plus courante) et de 50 volontaires sains. Ils ont constaté que les personnes atteintes de SEP présentaient un microbiote buccal perturbé, marqué par une diminution des bactéries « colonisatrices précoces » bénéfiques, comme Streptococcus et Actinomyces, essentielles à la constitution d’une flore buccale saine. Parallèlement, une augmentation des bactéries potentiellement impliquées dans des maladies, notamment Fusobacterium nucleatum, Porphyromonas gingivalis et plusieurs espèces de Prevotella, a été observée.
Le profil métabolique de la salive, qui reflète les petites molécules produites par l’hôte et les micro-organismes, était également différent. Les patients atteints de SEP présentaient des niveaux réduits d’hypotaurine, un métabolite protecteur impliqué dans la défense antioxydante et la santé nerveuse. Cette diminution serait probablement liée aux altérations bactériennes observées dans le microbiome oral des personnes atteintes de SEP.
Collectivement, ces résultats suggèrent que les modifications microbiennes et métaboliques de la bouche pourraient contribuer à l’inflammation et aux processus pathologiques associés à la sclérose en plaques. En utilisant une approche d’apprentissage automatique novatrice, les chercheurs ont également identifié des communautés bactériennes qui coexistent. Cette analyse a révélé des réseaux microbiens spécifiques aux individus sains, et a mis en évidence la perte significative de cinq communautés microbiennes chez les patients atteints de SEP, indiquant une rupture fondamentale dans l’équilibre du réseau microbien oral.
« Cette approche multiomique a révélé comment la composition bactérienne, la fonction et les profils de métabolites sont interconnectés, mettant en évidence des taxons bactériens spécifiques et des signatures métaboliques susceptibles de façonner l’inflammation et la dérégulation immunitaire dans la SEP », précise Ashutosh Mangalam. « Ces résultats offrent une vue détaillée de la relation entre les microbes oraux, la fonction bactérienne et le métabolisme de l’hôte dans la SEP. Ils élargissent notre compréhension de la maladie au-delà de l’intestin et du cerveau, et soulignent l’importance de la bouche comme site d’interaction immuno-microbienne. »
Le microbiome oral : un potentiel pour de nouveaux diagnostics et thérapies
Ces découvertes ouvrent des perspectives prometteuses pour améliorer le diagnostic, le suivi et le traitement de la SEP. La facilité et le caractère non invasif de la collecte de salive en font un candidat idéal pour le développement de biomarqueurs. Le profilage du microbiome et du métabolome buccal pourrait ainsi permettre de surveiller l’activité de la maladie ou la réponse aux traitements. Par exemple, l’analyse de la salive pourrait servir à établir une signature diagnostique de la SEP, et la mesure des niveaux d’hypotaurine pourrait constituer un indicateur simple et non invasif pour faciliter le diagnostic ou le suivi.
De plus, étant plus accessible et manipulable que le microbiome intestinal, le microbiome oral pourrait être la cible de nouvelles approches thérapeutiques visant à remplacer ou restaurer les bactéries bénéfiques, améliorant ainsi la gestion de la maladie et le pronostic des patients.
L’équipe de recherche multidisciplinaire comprenait des scientifiques de divers départements de l’Université de l’Iowa, notamment le Carver College of Medicine, le College of Dentistry, le College of Public Health, le College of Nursing et le Holden Comprehensive Cancer Center. Outre le professeur Mangalam, l’étude a impliqué Rachel Fitzjerrells (auteure principale et doctorante), Leeann Aguilar Meza, Meeta Yadav, Heena Olalde, Mishelle Paullus, Jemmie Hoang, Catherine Cherwin, Tracey Cho, Grant Brown et Sukirth M. Ganesan.
Cette recherche a bénéficié en partie du financement des National Institutes of Health.